Appel aux démocrates Tunisiens : Il faut abolir l’article homophobe du Code pénal !

Farhat Othman est juriste, politiste et chercheur en sociologie. Consul-Adjoint au Consulat à Strasbourg : 1983-1984, Consul au Consulat Général à Paris : 1984-1992, Conseiller social de l’Ambassade à Paris : 1992-1996, il a été écarté injustement du cadre diplomatique en 1996 par l’administration de l’ancien régime pour ses positions humanistes. Chercheur, auteur… il est surtout un militant et cyberactiviste, animant le blog : Tunisie Nouvelle République. Il estime que la postmodernité, notre époque actuelle, impose une révolution mentale à tous les niveaux, à laquelle la religion islamique n’échappera pas, et ce dans le cadre de rapports internationaux renouvelés, l’altermondialisme devant évoluer vers une mondianité où prime la solidarité humaine et les valeurs humanistes.

Dans une tribune sur le site contrepoints.org, Farhat Othman appelle « les démocrates de Tunisie qui se taisent, sinon se terrent dans l’ignominie de la démission, alors que les militants démocratiques de par le monde dénoncent une pratique moyenâgeuse, celle du test anal, ayant valu à un innocent jeune étudiant d’être condamné… d’homosensualité« , à prendre position sur l’abolition impérative de l’antédiluvien article 230 et des pratiques immorales qu’il autorise.

Il faut abolir l’article homophobe du Code pénal tunisien !

Il est pour le moins surprenant que les démocrates de Tunisie se taisent, sinon se terrent dans l’ignominie de la démission, alors que les militants démocratiques de par le monde dénoncent une pratique moyenâgeuse, celle du test anal, ayant valu à un innocent jeune étudiant d’être privé de la fête de l’Aïd dans sa famille, condamné pour homosexualité ; ou plutôt homosensualité, terme plus adéquat que je propose.

Car on a condamné à un an de prison ferme un jeune homme bel et bien innocent, n’ayant rien commis de répréhensible, juste coupable d’amour, s’étant juste conformé à la nature placée en lui par Dieu et la nature.

Une loi scélérate anti-islamique

L’article 230 du Code pénal date de la colonisation et a été conservé par la dictature pour contrôler la société, brimer la jeunesse. Il est scélérat, n’ayant rien d’éthique dans sa condamnation injuste des rapports sexuels de même sexe. Non seulement il viole les articles 23 et 24 de la Constitution, il bafoue aussi l’Islam dont il prétend appliquer la morale.

Car l’Islam authentique n’est pas homophobe1 ; la condamnation qui s’y est imposée est une fausse interprétation de ses préceptes, imposée par des jurisconsultes influencés par la tradition judéo-chrétienne. Les rapports entre même sexe sont parfaitement naturels et le Coran n’y a prévu aucune prescription, se limitant à rappeler la condamnation biblique expresse sans toutefois la confirmer. Or, en droit islamique, le principe est la licéité en l’absence d’interdiction expresse.

L’anathème qui prévaut actuellement est le fait de jurisconsultes ayant eu l’imaginaire influencé par la Bible, la plupart étant des non-Arabes. Des sommités de docteurs de la Loi ont aussi attesté qu’il n’est aucun dire véridique en la matière dans la tradition du prophète. Les deux compilations majeures de Boukhari et Mouslem ne comportent d’ailleurs aucun hadith sur l’homosensualité.

Une loi qui fait le lit de l’intégrisme

L’article 230 est donc anti-islamique ; il est surprenant sinon révoltant qu’on continue à l’utiliser pour harceler des innocents. C’est lui qui est immoral et non les pratiques reprochées aux femmes et hommes homosensuels !

Le plus offensant est de voir nos médecins et nos juges participer à l’ignominie des tests anaux, véritable torture morale ! Ces derniers, surtout, ont eu tort d’offenser de la sorte l’innocence et l’amour. D’autant plus qu’on a vu la magistrature relaxer des tenants de discours haineux dont le seul but est de semer haine et violence. Depuis quand l’amour doit-il être traité plus sévèrement que la haine ?

L’article 230 du Code pénal est à abolir maintenant, car il fait le lit de l’intégrisme par la répression qu’il permet et les sentiments de haine qu’il cultive. L’intégrisme est rampant dans les têtes qu’il pollue et vicié par de fausses vérités, à tort supposées éthiques. Or, la Tunisie est en guerre contre le terrorisme ; c’est en abolissant ses germes qu’elle la réussira, le terrorisme physique étant alimenté par le terrorisme mental.

Il faut abolir sans plus tarder le honteux article 230, négation de l’État de droit et du vivre-ensemble démocratique. Que le ministre de la Justice sauve l’honneur bafoué de la Tunisie de la Révolution en faisant appel du jugement inique et en exigeant la libération immédiate du jeune innocent, quelle que soit la formule juridique à utiliser !

Pour un humanisme intégral

On ne peut plus se voiler la face : l’homophobie en Tunisie est une tare juridique, survivance de la colonisation maintenue par la dictature. On y tient au prétexte que la société serait conservatrice ; une telle analyse est absolument fausse.

Ce sont bien nos élites qui ne sont pas prêtes à la démocratie, manifestant de l’intégrisme religieux, du rigorisme moral et un antidémocratisme évident. Celles au pouvoir souhaitent ne pas se dessaisir d’une arme redoutable pour contrôler une jeunesse de plus en plus turbulente.

Il a été prouvé2 que notre société dans sa majorité est tolérante, acceptant dans les faits, mais en catimini, les rapports entre personnes de même sexe, la vision du sexe en terre arabe étant total, bisexuel comme on dit. Si à la surface on a un comportement de rejet, ce n’est qu’une apparence trompeuse, la manière sociale de s’adapter au milieu de contraintes légales et morales. Surtout que la minorité activiste homophobe est violente et n’hésite pas à recourir aux plus graves extrémités.

Une conscience endormie

Ce qui encourage une léthargie, la conscience démocratique étant endormie, anesthésiée chez des élites incapables de répondre adéquatement au discours machiavélique des tenants d’un islam frelaté, supposé modéré.

On l’a vu avec le chef islamique, bien conseillé par ses soutiens américains, qui a su manœuvrer en prenant les devants pour se dédouaner, déclarant, mais à l’étranger, n’être pas opposé à l’abolition de l’article 2303. Ainsi, le moment venu, lui sera-t-il un jeu d’enfant de rappeler cette attitude de pure jonglerie.

Une telle position est effectivement purement tactique, M. Ghannouchi n’ayant rien fait pour la confirmer par des actions concrètes, les seules qui comptent. Ainsi n’a-t-il accordé aucun intérêt à la proposition de loi4 qui lui a été soumise, et communiquée à ses députés.

Le plus grave, c’est que pendant ce temps les démocrates acceptent un tel jeu du tabou de l’homophobie défigurant l’islam et la démocratie. Ils gardent un silence honteux, comme ce mutisme de la LTDH (Ligue Tunisienne de défense des Droits de l’Homme) bien qu’officiellement interpellée !5 À moins que la Ligue ne se décide dans les heures qui viennent, il s’agira de sa part d’une forfaiture, son devoir étant de réagir, au risque d’un sérieux dévergondage des droits de l’Homme en Tunisie.

Saluons, à cette occasion, le sursaut salutaire venant des jeunes du parti Al-Massar, les seuls politiques à s’être signalés par une attitude honorable depuis le jugement de la honte. Les adultes de ce parti ont le devoir de suivre leur exemple ; s’ils ne le font pas, il en sera fini de l’honneur du parti.

Appel aux démocrates

Aujourd’hui, l’histoire est en marche dans notre pays et celui qui n’est pas dans son carrosse sera réduit à la poussière que soulèvent ses roues.

Tous les démocrates sans exception doivent prendre position sur l’abolition impérative de l’antédiluvien article 230 et des pratiques immorales qu’il autorise.

Demain commence maintenant et c’est dans nos têtes que tout se joue ; la pensée étant en mesure de transformer en réel du virtuel.

Qu’on n’oublie surtout pas qu’abolir l’article 230, c’est servir la vraie éthique de l’islam, abandonnant une interprétation qui en vicie les vraies valeurs, celles de l’humanisme et de la tolérance ! Et c’est surtout se conformer à la Constitution en édifiant véritablement l’État civil et de droit. C’est ainsi qu’on stoppera daéchisation en cours des mentalités.