Projet de loi anti-LGBT au Sénégal : jusqu’à 10 ans envisagée

Le gouvernement du Sénégal a annoncé mardi 24 février le dépôt d’un projet de loi visant à renforcer les peines prévues pour les relations sexuelles entre personnes de même sexe, déjà réprimées par l’article 319 du code pénal. Le texte doit désormais être débattu à l’Assemblée nationale.

Actuellement, l’article 319 sanctionne les « actes contre nature avec un individu de son sexe » d’un à cinq ans de prison, et les « attentats à la pudeur » sur des enfants de moins de 13 ans de deux à cinq ans. Selon le Premier ministre Ousmane Sonko :

« Toute personne qui aura commis un acte contre nature sera puni d’un emprisonnement de cinq à dix ans. »

Le projet de loi prévoit également d’élargir la définition des actes concernés et d’inclure dans les sanctions l’« apologie » ou le « financement » de relations homosexuelles.

Arrestations et climat de peur

Cette initiative intervient dans un contexte tendu, marqué par plusieurs arrestations récentes. Le 7 février, la gendarmerie sénégalaise a interpellé douze hommes, dont deux personnalités locales, accusés d’« actes contre nature » et de « transmission volontaire du VIH-sida par rapports sexuels non protégés ». Quelques jours plus tard, cinq autres personnes ont été arrêtées pour les mêmes motifs, dont un journaliste de la télévision publique.

Parallèlement, la police sénégalaise a démantelé un réseau international de pédocriminalité entre le Sénégal et la France, entraînant l’arrestation de quatorze personnes. Les médias locaux ont largement relayé les deux affaires simultanément, créant un amalgame dangereux entre homosexualité et pédocriminalité. Les réseaux sociaux ont été saturés d’appels à la dénonciation et de messages homophobes.

Réactions internationales

L’ONG Human Rights Watch a dénoncé ces arrestations et appelé le gouvernement à protéger les droits des personnes LGBTQIA+. Dans un communiqué, elle a souligné :

« Les arrestations pour homosexualité en vertu de lois sévères ravivent les inquiétudes concernant la sécurité des personnes LGBTQ et des personnes vivant avec le VIH. Utiliser des préservatifs ou des traitements antirétroviraux comme preuves viole le droit à la vie privée et compromet la prévention. »

Fama, militante sénégalaise de STOP homophobie, ajoute :

« Depuis l’annonce de ce projet, nous voyons déjà ses effets. Des personnes nous contactent pour signaler des menaces, des violences ou des expulsions familiales. La loi ne fera pas disparaître des citoyens : elle les rend simplement plus vulnérables. »

Elle précise également :

« Le mélange des questions d’homosexualité et de pédocriminalité est dangereux. Les crimes contre les enfants doivent être combattus avec la plus grande fermeté. Confondre ces réalités crée un climat de peur et de stigmatisation pour des personnes innocentes. »

Contexte politique et social

Le Sénégal, pays majoritairement musulman et conservateur, connaît depuis plusieurs années des débats vifs sur l’homosexualité. L’argument d’une influence étrangère est régulièrement invoqué par certains responsables religieux et politiques pour justifier la criminalisation. Des manifestations en faveur du durcissement des sanctions ont déjà eu lieu.

Alors qu’il était encore dans l’opposition, le Premier ministre Ousmane Sonko s’était déclaré favorable à un renforcement de la répression. La mise en place de cette loi pourrait accroître les risques pour les personnes LGBTQIA+, déjà confrontées à des discriminations et à des violences, et fragiliser davantage les associations locales qui travaillent à leur protection.

Conséquences humanitaires et sécuritaires

Ce durcissement de la législation entraînerait une augmentation des demandes d’aide et de protection :

« Certaines personnes sont contraintes de fuir leur pays ou vivent dans la peur d’être arrêtées, exposées à des violences ou à des discriminations liées à leur statut sérologique. Cela a des conséquences graves sur la santé physique et psychologique des victimes », insiste Fama.

Le projet de loi n’a pas encore de date de vote fixée à l’Assemblée nationale, mais son adoption pourrait marquer un tournant dans la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal, avec des conséquences concrètes pour la vie quotidienne et la sécurité des personnes LGBTQIA+ dans le pays.