Une trentaine de personnalités panafricaines appellent à suspendre l’application de la loi criminalisant les relations entre personnes de même sexe au Sénégal. Dans une tribune publiée dans Libération, elles dénoncent un climat de peur et de violences croissantes visant les personnes LGBTQIA+.
Le texte, présenté comme une lettre ouverte au président Bassirou Diomaye Faye, rassemble des intellectuels, juristes, responsables associatifs, artistes et responsables politiques issus de plusieurs pays africains et de diasporas.
Parmi les signataires figurent notamment la célèbre avocate camerounaise Alice Nkom, le diplomate sénégalais Doudou Diène, le président de SOS Racisme Dominique Sopo, le cinéaste Jean-Claude Barny, l’activiste Brahim Naït-Balk, ainsi que plusieurs élus ultramarins français, dont Marcellin Nadeau et Olivier Serva. Le collectif revendique une parole panafricaine, critique de la répression des minorités sexuelles.
Violences, arrestations et climat de peur au Sénégal
Dans leur texte, les signataires décrivent une situation marquée par des agressions physiques, des arrestations et des exclusions familiales visant les personnes perçues comme LGBTQIA+.
Ils évoquent notamment le cas d’un jeune homme poignardé en pleine rue après avoir été identifié comme homosexuel, ainsi que des personnes battues, emprisonnées ou contraintes de fuir leur environnement.
Au-delà des violences directes, la tribune alerte sur un climat général de peur qui pousse certaines personnes à disparaître de l’espace public ou à vivre dans la clandestinité.
Un impact direct sur la santé et l’accès aux soins
Le texte souligne également des conséquences sanitaires préoccupantes. Des personnes vivant avec le VIH renoncent à se rendre dans les structures de santé par peur d’être stigmatisées.
Les associations de prévention et d’accompagnement rapportent, elles aussi, des difficultés croissantes pour intervenir auprès des publics concernés, dans un contexte de forte pression sociale et politique.
Une loi pénale qui renforce la stigmatisation
La tribune s’inscrit dans un contexte de durcissement du cadre légal au Sénégal, où les relations entre personnes de même sexe sont criminalisées et désormais passibles de peines jusqu’à 10 ans d’emprisonnement.
Pour les signataires, ce cadre juridique contribue à légitimer les violences et à renforcer la marginalisation des personnes LGBTQIA+ dans l’espace social.
Ils contestent également l’idée selon laquelle l’homosexualité serait étrangère aux sociétés africaines, rappelant que de nombreux travaux historiques et anthropologiques documentent la diversité des identités et des pratiques sur le continent.
Appel à un moratoire et ouverture d’un débat apaisé
Le collectif appelle à un moratoire sur l’application de la loi, présenté comme une mesure minimale pour interrompre la spirale de violences et ouvrir un espace de dialogue.
Cette suspension permettrait, selon les signataires, de rétablir des conditions de débat apaisées et de limiter les conséquences humaines du cadre actuel.
Une alerte suivie par STOP homophobie
STOP homophobie suit de près l’évolution de la situation au Sénégal et indique être régulièrement sollicitée par des personnes confrontées à des violences, des menaces ou des situations d’urgence.
Les témoignages reçus font état de ruptures familiales, de menaces physiques et de difficultés d’accès à toute forme de protection.
Dans ce contexte, l’association poursuit son action de terrain et son travail d’accompagnement des personnes LGBTQIA+ en danger.
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Droits LGBTQIA+ au Sénégal : une situation sous tension
Cette tribune intervient alors que la situation des personnes LGBTQIA+ au Sénégal continue de susciter des inquiétudes à l’international.
Pour les organisations de défense des droits humains, la combinaison d’un cadre pénal répressif et d’un climat social hostile contribue à exposer davantage les personnes concernées aux violences et à l’isolement.
Face à ces évolutions, les signataires comme les associations de terrain appellent à ne pas détourner le regard et à renforcer les mécanismes de protection et de soutien.
















