La Commission européenne a annoncé mercredi 13 mai qu’elle ne proposerait pas, à ce stade, de législation européenne visant à interdire les « thérapies de conversion » des personnes LGBT+. Une décision prise malgré une mobilisation citoyenne inédite, qui suscite de nombreuses réactions parmi les associations, les militants et les victimes.
Ces pratiques, fondées sur l’idée selon laquelle l’orientation sexuelle ou l’identité de genre pourraient être modifiées, sont largement dénoncées par les institutions internationales. Elles prennent différentes formes, allant de pressions psychologiques à des violences physiques, et sont qualifiées par des experts de l’ONU de traitements « cruels, inhumains et dégradants ».
Dans un message publié en réponse à une Initiative citoyenne européenne ayant recueilli plus d’un million de signatures, la Commission affirme ne pas disposer des compétences juridiques nécessaires pour intervenir efficacement à l’échelle de l’Union. Elle indique toutefois vouloir encourager les États membres à interdire ces pratiques et envisage de proposer, d’ici 2027, une recommandation non contraignante.
Une position insuffisante !
Le collectif de victimes « Rien à guérir » a fait part de sa « profonde incompréhension et colère », dénonçant un renoncement face à une urgence pourtant largement documentée. « Il ne s’agissait pas d’ouvrir de nouveaux droits ni de trancher des débats moraux. Il s’agissait de protéger des personnes contre des pratiques dangereuses », souligne le collectif, rappelant que la dignité humaine et l’intégrité des personnes figurent au cœur des valeurs de l’Union européenne.
Cette décision de Bruxelles met en évidence un décalage entre les principes affichés et les actes. Alors que la Commission qualifie elle-même ces pratiques de « honteuses » et « inacceptables », elle choisit de ne pas proposer d’interdiction commune, laissant chaque État libre d’agir, ou non.
Aujourd’hui, seuls huit pays de l’Union européenne ont adopté une interdiction complète des thérapies de conversion, dont la France, l’Espagne ou l’Allemagne. Dans les autres États membres, ces pratiques demeurent possibles, parfois dans un cadre informel ou difficile à identifier, exposant les victimes à des situations de grande vulnérabilité.
Cette absence d’harmonisation entretient une Europe à plusieurs vitesses en matière de protection des personnes LGBT+. Elle intervient dans un contexte où les reculs sur les droits des minorités sexuelles sont régulièrement dénoncés dans plusieurs pays européens, comme le confirme le dernier classement d’ILGA-Europe.
La mobilisation citoyenne reste, elle, sans précédent. Lancée en 2025, l’initiative visant à interdire ces pratiques a franchi le seuil du million de signatures requis, contraignant la Commission à se positionner officiellement. Elle avait également reçu le soutien d’une majorité d’eurodéputés à travers une résolution appelant à une interdiction à l’échelle européenne.
De son côté, STOP homophobie dénonce aussi une réponse « en décalage avec l’urgence et les réalités vécues par les victimes ». Elle rappelle que ces pratiques constituent des violences graves, déjà reconnues et sanctionnées en France, et estime que l’Union européenne dispose de leviers pour agir, notamment en matière de lutte contre les discriminations et de protection des droits fondamentaux.
L’organisation appelle ainsi à une interdiction claire et contraignante à l’échelle européenne, ou à défaut à l’activation de tous les outils juridiques existants pour garantir une protection effective dans l’ensemble des États membres. Elle alerte également sur le risque d’un signal politique négatif, dans un contexte marqué par la montée des discours hostiles aux personnes LGBT+ dans plusieurs pays européens.
« En 2026, des personnes continuent d’être exposées à ces pratiques en Europe », rappelle le collectif « Rien à guérir ». « L’Europe ne peut pas affirmer défendre la dignité humaine tout en refusant d’agir. »
À quelques jours du 17 mai, Journée internationale contre les LGBTphobies, cette décision apparaît comme une occasion manquée pour de nombreux acteurs associatifs. Tous appellent désormais les États membres à prendre leurs responsabilités et à combler, sans attendre, ce vide juridique.

















