Entretien avec Ian Brossat : « Je veux agir pour une action plus ambitieuse en faveur des LGBT+ à l’échelle du continent »

Entretien avec Ian Brossat : « Je veux agir pour une action plus ambitieuse en faveur des LGBT+ à l’échelle du continent »

Désigné en juin tête de liste du PCF aux élections européennes de mai 2019, Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris, promet, s'il décroche le siège, d'être « un eurodéputé lanceur d’alertes », au sein d'un parlement aujourd’hui « dominé par la droite la plus réactionnaire ». Dans le groupe majoritaire, on y retrouve en effet, le parti Fidesz de Viktor Orban, le très homophobe et ultraconservateur Premier Ministre hongrois. Ou encore la formation au pouvoir en Pologne, « qui ne se distingue pas non plus par une vision très progressiste des droits des LGBT+. »

« Ce sont ceux-là qui tiennent les rênes, commente l'élu. Mais « il faut des voix pour défendre la cause des minorités sexuelles. Il se passe des choses dramatiques en Europe de l’Est, ou en Tchétchénie par exemple. S’il y a bien une chose que l’Europe peut faire, c’est peser de tout son poids pour faire cesser les persécutions. Mais aujourd’hui, elle se tait ! »

Les agressions contre la communauté LGBT+ se sont multipliées, en France par ailleurs. Vous les avez dénoncées. Comment agir pour que la justice européenne soit plus efficace ?

« Il y a plusieurs niveaux d’action. Les eurodéputés ont un pouvoir d’interpellation. Je veux agir pour une campagne de prévention des agressions et de sensibilisation aux discriminations LGBTphobes à l’échelle du continent. Nous devons pouvoir imposer aux pays ultraconservateurs d’Europe de l’Est des campagnes d’affichages qui montrent l’existence des couples LGBT+, là où ils veulent absolument nier cette réalité.

D’autre part, ce sont les députés européens qui valident les orientations budgétaires imposées par la Commission européenne aux États. Et là nous avons besoin d’une petite révolution pour en finir avec l’austérité budgétaire. C’est elle qui empêche qu’on réalise les investissements nécessaires pour une action plus ambitieuse en faveur des LGBT+, et notamment pour une justice plus rapide, plus accueillante et plus efficace. »

Quelle ligne politique à l’égard de l’UE ?

« Il faut transformer cette Europe de fond en comble. Elle est aujourd’hui complètement paralysée par l’ultralibéralisme et par la xénophobie. Elle impose partout la même politique économique, à coup de coupes budgétaires et de casse des services publics. Et, elle se referme sur ses frontières, refusant toute notion d’accueil, d’hospitalité pour ceux qui fuient les guerres, la misère ou les persécutions. On a donc une Europe qui coupe toutes les dépenses sociales utiles, mais qui a mis 15 milliards d’euros en dix ans pour bétonner ses frontières. Ce n’est pas l’idée que je me fais des valeurs européennes. »

Vous avez annoncé vous engager à porter un projet pour une dépénalisation universelle des orientations sexuelles et de genre...

« L’Europe actuelle est très frileuse pour imposer l’égalité des droits à l’échelle de l’Union. C’est d’ailleurs révélateur : la Commission européenne s’arroge le droit de décider des politiques économiques destructrices contre la volonté de peuples entiers comme en Grèce, mais quand il s’agit d’assurer des droits très simples et qui ne coûtent rien comme la dépénalisation universelle de l’homosexualité, il n’y a plus personne, elle ne peut plus rien imposer et elle se tait… Pourquoi l’harmonisation européenne irait toujours dans le mauvais sens ? Il faut créer des droits et non en supprimer. Comme député européen, j’activerai une alliance internationale et transpartisane pour travailler à cette cause. »

Stop Homophobie reçoit régulièrement des demandes de réfugiés LGBT+ persécutés dans leur pays d'origine. L'association a d'ailleurs une commission dédiée. Mais, sans soutien, la situation devient de plus en plus difficile à gérer.

« Si on fait la liste des difficultés et des discriminations que subissent les migrants LGBT+, c’est tout simplement effarant. D’abord, ils prennent le risque de l’exil, de la traversée. Ensuite, celui de se retrouver placé en centre de rétention, dans des conditions catastrophiques, et expulsés vers leur pays d’origine où ils sont exposés aux discriminations LGBTphobes. Mais pour ceux qui restent en France, il y a ici aussi une double peine : discrimination comme personne migrante et comme personne LGBT+. Et le rejet peut venir aussi bien de la population locale que des autres migrants… Cela veut dire qu’ils doivent se taire sur leur identité ou leur orientation sexuelle.
Nous devons exiger que le gouvernement français se bouge. Quand je vois que Macron n’accepte les réfugiés qu’au compte-goutte, comme Orban et Salvini, je ressens une révolte. Il y a urgence ! »

Mathieu Mercuri
stophomophobie.org

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