La Ligue de Football Professionnel (LFP) a décidé de ne plus faire figurer les couleurs arc-en-ciel sur les maillots des joueurs lors de la journée annuelle de sensibilisation organisée en Ligue 1 pour la lutte contre l’homophobie. Cette décision a été annoncée lors d’une réunion avec les associations partenaires de la Ligue au mois de mars 2026. L’instance du football professionnel explique travailler à un nouveau dispositif de communication qui regrouperait la lutte contre plusieurs formes de discrimination, notamment le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie.
Depuis plusieurs saisons, cette journée organisée autour du 17 mai, Journée internationale contre les LGBT+phobies, consistait notamment à faire apparaître les couleurs du rainbow flag sur les maillots ou les numéros des joueurs. Mais l’initiative a été régulièrement perturbée par des refus individuels de certains joueurs.
En 2022, Idrissa Gueye et Abdou Diallo, alors joueurs du Paris Saint‑Germain, avaient été absents lors de la rencontre organisée. À partir de 2023, l’attaquant du FC Nantes Mostafa Mohamed a refusé à plusieurs reprises de participer à cette journée afin de ne pas porter le maillot arborant les couleurs arc-en-ciel. D’autres joueurs ont ensuite manifesté leur opposition en masquant le symbole sur leur équipement, comme Mohamed Camara avec l’AS Monaco, Ahmed Hassan au Le Havre AC ou encore Nemanja Matić à l’Olympique Lyonnais.
Face à ces polémiques répétées, la LFP affirme vouloir repenser son dispositif de sensibilisation en privilégiant une campagne plus globale contre l’ensemble des discriminations. L’objectif serait de combiner les messages liés au racisme, à l’antisémitisme et à l’homophobie dans une communication unique, accompagnée d’actions pédagogiques et d’ateliers de sensibilisation auprès des clubs professionnels.
Dans un contexte où l’homophobie reste un sujet sensible dans le football masculin professionnel, cette décision apparait comme un recul symbolique. L’arc-en-ciel, largement reconnu à travers le monde comme un signe de soutien à la diversité et à l’égalité, constituait un message clair. Son retrait donne le sentiment que la pression d’une minorité de joueurs opposés a fini par l’emporter sur la volonté d’affirmer publiquement un engagement contre la haine.
Malgré plusieurs campagnes menées depuis la fin des années 2010, les témoignages et les enquêtes sur la culture des vestiaires montrent que les joueurs ouvertement homosexuels restent extrêmement rares dans les grands championnats européens. La visibilité et les symboles jouent pourtant un rôle important pour faire évoluer les mentalités, notamment auprès des jeunes pratiquants et des supporters.
STOP homophobie s’est d’ailleurs déjà mobilisée à plusieurs reprises sur ces enjeux en déposant des plaintes visant la Ligue de Football Professionnel dans des affaires liées aux discriminations dans le football. La question dépasse largement celle d’un simple badge ou d’un détail graphique sur un maillot : elle interroge la capacité des institutions sportives à assumer pleinement la lutte contre l’homophobie dans un milieu où les résistances demeurent fortes.
Si la lutte contre toutes les formes de discrimination est évidemment nécessaire, on peut craindre qu’une communication trop globale ne dilue la visibilité de certaines problématiques spécifiques, dont l’homophobie dans le sport. L’enjeu reste donc de savoir si les instances du football professionnel seront prêtes à maintenir des actions fortes et visibles pour lutter contre ces discriminations, ou si la volonté d’éviter les controverses finira par l’emporter.













