L’arrestation de huit femmes à Pikine-Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, suscite de nouvelles inquiétudes. Selon plusieurs médias locaux, deux femmes ont d’abord été interpellées par la Brigade de recherches de Keur Massar avant que six autres personnes ne soient arrêtées dans le cadre de la même procédure. Les enquêteurs auraient notamment exploité les données contenues dans leurs téléphones afin d’identifier d’autres personnes.
Les femmes concernées ont été présentées au parquet de Pikine-Guédiawaye. Les autorités évoquent plusieurs chefs d’accusation, dont des faits qualifiés d’« actes contre-nature ». Ces accusations, ainsi que les éléments de l’enquête, devront être examinés dans le cadre de la procédure judiciaire en cours.
Pour STOP homophobie, au-delà de cette affaire particulière, ce sont les méthodes utilisées et leurs conséquences humaines qui inquiètent. Encore une fois, dans un contexte où l’homosexualité est pénalisée au Sénégal, l’exploitation de données privées et l’exposition publique de personnes soupçonnées d’être LGBT peuvent avoir des conséquences immédiates et parfois irréversibles.
Un climat de peur qui s’étend
Depuis la promulgation, le 30 mars 2026, d’une loi aggravant la répression de l’homosexualité et de sa « promotion », les témoignages recueillis font état d’une inquiétude grandissante parmi les personnes LGBT et leurs proches.
STOP homophobie est régulièrement sollicitée par des personnes vivant au Sénégal, mais aussi par des familles, des membres de la diaspora et des acteurs associatifs, qui décrivent une dégradation rapide de leur situation : peur d’être dénoncé, rupture des liens familiaux, difficultés professionnelles, renoncement à certains déplacements ou à certaines démarches de santé.
Cette situation ne concerne pas uniquement des militants ou des personnes visibles publiquement. Des personnes insérées dans la société, y compris des salarié·es d’entreprises présentes au Sénégal, ont également sollicité de l’aide face aux risques auxquels elles se sentent exposées.
Les risques pour la vie privée et la santé publique
L’utilisation des téléphones personnels dans ce type de procédure soulève des inquiétudes particulières. Dans un contexte de criminalisation, des contacts, conversations ou relations privées peuvent devenir des éléments d’exposition susceptibles d’entraîner une mise en danger sociale.
Même en l’absence de condamnation, les conséquences peuvent être lourdes : rejet familial, perte d’emploi, isolement ou violences. La publication d’informations personnelles avant toute décision de justice peut également produire une forme de condamnation sociale difficilement réversible.
La peur d’être identifié ou dénoncé peut éloigner certaines personnes des dispositifs de prévention, de dépistage et de prise en charge du VIH, fragilisant des années d’efforts menés par les acteurs de santé publique au Sénégal.
Une mobilisation africaine et internationale
Face à cette évolution, des voix africaines et diasporiques appellent à une mobilisation pour défendre les droits fondamentaux des personnes LGBT+ sur le continent. Des militants, intellectuels, artistes, juristes et acteurs associatifs demandent que la question soit portée par les sociétés africaines elles-mêmes, sans que la défense de la dignité humaine soit présentée comme une influence extérieure.
Les autorités sénégalaises doivent garantir le respect de la vie privée, de la présomption d’innocence et de la dignité de toutes les personnes, indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Ce qui est en jeu aujourd’hui dépasse une communauté particulière : il s’agit de savoir si une société peut protéger ses citoyens sans transformer une partie d’entre eux en cibles.
STOP homophobie poursuit son accompagnement des personnes en danger et travaille avec ses partenaires afin d’identifier des solutions de soutien, de protection et d’urgence pour les personnes exposées.
Vous pouvez nous aider et soutenir nos actions pour renforcer les dispositifs d’écoute, d’accompagnement et de mise en sécurité de personnes. Les fonds collectés doivent également permettre de couvrir des besoins matériels immédiats, notamment l’hébergement d’urgence, les frais de déplacement et l’accès à une assistance juridique.
















