Turquie : 81 personnes placées en détention après l’offensive anti-LGBT+, les 106 manifestants interpellés libérés

La répression anti-LGBT+ lancée le 13 septembre en Turquie se poursuit avec une nouvelle vague de décisions judiciaires. Au moins 81 personnes ont été placées en détention provisoire, tandis que les 106 personnes arrêtées lors d’une manifestation à Istanbul ont toutes été libérées.

La semaine de répression contre les personnes LGBT+ et leurs défenseurs en Turquie connaît une nouvelle étape. Après les perquisitions et arrestations menées dans plusieurs villes, au moins 81 personnes ont désormais été placées en détention provisoire, d’après les informations communiquées par l’association Kaos GL et les organisations qui suivent les procédures judiciaires.

Ces personnes font partie de celles visées par l’opération baptisée « Ailem Güvende » (« Ma famille est en sécurité »). Lancée le 13 septembre, elle concerne plusieurs villes et vise notamment des militants LGBT+, des associations et des lieux fréquentés par la communauté.

À Istanbul, 20 personnes ont été placées en détention parmi celles présentées à un juge. À Ankara, 13 personnes ont également été incarcérées, dont plusieurs membres de Kaos GL. D’autres détentions ont été signalées dans différentes provinces. Le chiffre de 81 reste susceptible d’évoluer au fil des audiences.

Les manifestants finalement libérés

Mardi 15 septembre, 106 personnes avaient été interpellées devant le tribunal de Çağlayan, à Istanbul, alors qu’elles tentaient de protester contre les arrestations et de demander la libération des personnes détenues. Parmi elles figuraient des militants, des avocats et des journalistes.

Après plus de 24 heures de garde à vue, les 106 personnes ont finalement été libérées, a annoncé l’Association des avocats progressistes (ÇHD).

Cette libération ne signifie pas pour autant la fin des poursuites. Les procédures engagées contre les personnes arrêtées dans le cadre de l’opération du 13 septembre se poursuivent et plusieurs dizaines d’entre elles restent détenues.

Kaos GL au cœur de la répression

L’association Kaos GL, l’une des plus anciennes organisations LGBT+ de Turquie, est particulièrement touchée. Ses locaux ont été perquisitionnés et plusieurs de ses membres arrêtés à leur domicile.

L’organisation dénonce une procédure fondée notamment sur des accusations d’« obscénité ». Elle estime que ces poursuites servent à criminaliser son travail de défense des droits LGBT+.

La répression touche aussi l’espace numérique. Des comptes et sites internet appartenant à des organisations LGBT+, mais aussi à des journalistes, des médias et des associations de défense des droits humains, ont été bloqués ou restreints ces derniers jours.

La « protection de la famille » comme justification

Les autorités turques présentent l’opération comme une mesure destinée à protéger les enfants, les familles et les « bonnes mœurs ». Elle intervient alors que le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a fait de la défense de la famille traditionnelle et de la natalité une priorité politique.

Le pouvoir turc a lancé en 2026 une « Décennie de la famille et de la population », qui doit courir jusqu’en 2035. Dans ce cadre, les discours officiels présentent régulièrement les droits LGBT+ comme contraires aux valeurs familiales défendues par le gouvernement.

Pour autant, les relations entre adultes de même sexe ne sont pas interdites par la loi turque. Mais les personnes LGBT+ font face depuis plusieurs années à des restrictions croissantes. La Marche des fiertés d’Istanbul est interdite depuis 2015 et les rassemblements LGBT+ sont régulièrement dispersés par la police.

Des inquiétudes au niveau européen

Le Conseil de l’Europe a demandé la libération des personnes détenues en raison de leur activité en faveur des droits humains et de la société civile. Le Parlement européen et la Commission européenne ont également exprimé leur inquiétude face aux arrestations, aux procédures judiciaires et aux restrictions visant des organisations et des médias.

L’enjeu dépasse donc les seules personnes arrêtées. La liberté d’association, la liberté d’expression et le droit de manifester sont également concernés.

En Turquie, malgré la répression, des militants continuent de se mobiliser. À l’étranger, une mobilisation internationale est par ailleurs prévue ce 18 septembre, à la demande de militants locaux, afin de dénoncer les arrestations et d’afficher leur soutien aux personnes et organisations ciblées.

En France, le rassemblement commencera à 19 heures, place de la Bolivie, dans le 16e arrondissement de Paris, à proximité de l’ambassade de Turquie.

La situation reste évolutive : alors que 106 manifestants ont retrouvé la liberté, au moins 81 personnes restent détenues dans le cadre de l’offensive anti-LGBT+ lancée quatre jours plus tôt.