Bob Mackie, l’un des plus célèbres créateurs de costumes américains, est décédé lundi 14 septembre à 87 ans, à Palm Springs, en Californie, des suites d’une pneumonie. Son équipe a annoncé sa disparition sur Instagram. En plus de six décennies de carrière, il aura habillé une impressionnante partie du panthéon du spectacle américain : Cher, Diana Ross, Tina Turner, Dolly Parton, Barbra Streisand, Elton John, Madonna, Bette Midler ou encore Whitney Houston.
Il était un homme gay, qui a vécu et travaillé au plus haut niveau du spectacle américain à une époque où l’homosexualité était encore largement stigmatisée. Son parcours, sa longévité et son esthétique ont fini par faire de lui une figure importante de la culture LGBTQIA+, jusqu’à devenir une référence incontournable de la scène drag.
Né Robert Gordon Mackie le 24 mars 1939 à Monterey Park, près de Los Angeles, il grandit avec les comédies musicales et les grands spectacles hollywoodiens. Il quitte ses études d’art pour entrer dans les studios et se former auprès de costumiers réputés, notamment Jean Louis et Edith Head.
En 1962, il participe déjà à un moment qui entrera dans l’histoire de la culture américaine. À 23 ans, il dessine le croquis de la robe réalisée par Jean Louis pour Marilyn Monroe, lorsqu’elle chante « Happy Birthday » au président John F. Kennedy. Quelques années plus tard, la télévision va faire de son nom une référence.
Des dizaines de costumes par semaine
En 1967, Bob Mackie rejoint The Carol Burnett Show. Il y travaille pendant plus d’une décennie et produit parfois jusqu’à 60 costumes par semaine. Il ne se contente pas d’habiller les acteurs : il utilise le costume pour faire rire, transformer les personnages et pousser la caricature jusqu’au bout.
La « robe-rideau » de Carol Burnett, conçue pour une parodie d’Autant en emporte le vent, devient l’un de ses costumes les plus connus. La robe, accompagnée de sa tringle et de sa corniche, est aujourd’hui conservée au Smithsonian.
Avec Cher, son esthétique prend une dimension spectaculaire. Les deux artistes se rencontrent alors que la chanteuse n’a que 19 ans. Pour elle, Mackie imagine pendant des décennies des silhouettes transparentes, couvertes de cristaux et de plumes, des coiffes monumentales et des tenues qui jouent avec les limites de ce que la télévision et les cérémonies américaines acceptent de montrer.
La robe transparente portée par Cher au Met Gala en 1974 devient notamment l’une de ses créations les plus célèbres.
Mackie habille aussi Diana Ross, Tina Turner, Dolly Parton, Barbra Streisand, Elton John, Madonna, Bette Midler et Whitney Houston, entre autres. Il travaille pour la télévision, le cinéma, les concerts et Broadway. Ses costumes accompagnent certaines des images les plus reconnaissables de la culture populaire américaine.
Son travail lui vaut neuf Emmy Awards, trois nominations aux Oscars et un Tony Award pour The Cher Show. En 2019, le Council of Fashion Designers of America lui attribue également un prix pour l’ensemble de sa carrière.
Ray Aghayan, son compagnon pendant près de cinquante ans
Derrière cette carrière hors norme se trouve aussi une histoire personnelle : celle de Ray Aghayan, costumier et compagnon de Bob Mackie pendant près de cinq décennies.
Les deux hommes se rencontrent au début des années 1960. Ils deviennent partenaires dans la vie comme dans le travail et collaborent sur plusieurs productions, notamment The Sonny & Cher Comedy Hour et Lady Sings the Blues. Leur travail commun leur vaut notamment une nomination aux Oscars.
Aghayan meurt en 2011. Mackie perd alors celui qui avait partagé une grande partie de sa vie.
Cette relation de près de cinquante ans prend une résonance particulière lorsqu’on la replace dans l’époque où elle commence. Mackie et Aghayan se rencontrent alors que les relations homosexuelles entre adultes consentants sont encore criminalisées dans une partie des États-Unis et que l’homosexualité peut avoir de lourdes conséquences sociales et professionnelles.
Quelques années plus tard, Mackie devient pourtant l’un des créateurs les plus visibles d’Hollywood. Il habille les vedettes les plus célèbres du pays et travaille pour les grandes chaînes de télévision, sans jamais renoncer à l’extravagance qui fait sa signature.
Il ne fait pas de son homosexualité un discours militant. Sa trajectoire raconte autre chose : celle d’un homme gay de sa génération qui a construit une vie et une œuvre considérables au cœur d’une industrie extrêmement exposée.
Une référence de la culture queer et drag
L’influence de Bob Mackie ne s’arrête pas aux célébrités qu’il a habillées. Son esthétique dépasse largement Hollywood et devient une référence de la culture queer et drag.
Paillettes, silhouettes exagérées, transparences, plumes, jeux avec les codes du genre : chez Mackie, le vêtement devient spectacle. Ses créations inspirent des générations de drag-queens et continuent d’être reprises plusieurs décennies après leur création.
Mackie apparaît lui-même dans RuPaul’s Drag Race, où il devient une figure familière de cet univers.
RuPaul résume son influence par une formule devenue célèbre : « We’re all born naked. And the rest is Bob Mackie. »
La formule dit aussi quelque chose du pouvoir de son travail. Chez Mackie, le costume ne sert pas seulement à habiller. Il transforme, amplifie et attire le regard.
Son travail continue d’ailleurs à circuler. Miley Cyrus, Zendaya, Sabrina Carpenter ou Taylor Swift ont porté des créations de Mackie ou puisé dans ses archives. Son esthétique traverse ainsi plusieurs générations de la pop culture.
Plus que des paillettes
Bob Mackie a reçu de nombreuses récompenses et vu ses costumes entrer dans les collections de musées. Mais son héritage ne se mesure pas seulement au nombre de stars qu’il a habillées ou aux prix qu’il a remportés.
Pour les personnes LGBTQIA+, son parcours raconte aussi une histoire de visibilité.
Il était gay à une époque où il était plus difficile de vivre ouvertement son homosexualité. Il a partagé près de cinquante ans de sa vie avec un homme et construit, dans le même temps, une carrière au sommet du spectacle américain. Son travail a ensuite été adopté par la culture drag et par des générations d’artistes queer.
Bob Mackie n’a jamais cherché la discrétion. Ses vêtements faisaient exactement l’inverse : une plume de plus, un cristal, une transparence, une silhouette toujours plus spectaculaire. Tout était pensé pour attirer le regard.
À travers Cher, Tina Turner, Diana Ross, Elton John ou Carol Burnett, Bob Mackie a habillé une partie de l’histoire du spectacle américain. À travers son parcours personnel et l’influence de son travail sur la culture drag, il a aussi laissé une empreinte durable dans l’histoire queer.
À 87 ans, Bob Mackie laisse derrière lui des milliers de costumes, des générations de stars et une esthétique devenue un langage à part entière.
Une œuvre flamboyante, née dans une époque où il était encore difficile pour beaucoup de personnes LGBTQIA+ de vivre au grand jour, et qui continue aujourd’hui de faire briller la liberté d’être soi.
















