VIH : Raphaëlle Primet révèle sa séropositivité et la mobilisation contre la sérophobie ouvre un dialogue avec l’État

L’élue communiste parisienne Raphaëlle Primet a rendu publique sa séropositivité alors que Christophe Paco et Nicolas Aragona, alias Supersero, se mobilisent depuis le 24 août contre la sérophobie. Les deux militants ont été reçus ce mercredi par la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations. Une rencontre placée sous le signe de l’écoute, avec la volonté affichée de poursuivre le travail.

Raphaëlle Primet a choisi de parler. Dans un entretien publié le 1er septembre par L’Humanité, la conseillère de Paris et co-présidente du groupe communiste au Conseil de Paris a révélé pour la première fois publiquement sa séropositivité.

« Je ne m’en suis jamais cachée, mais je ne l’avais jamais déclaré publiquement », explique-t-elle. Cette prise de parole intervient alors que deux militants vivant avec le VIH, Christophe Paco et Nicolas Aragona, alias Supersero, ont entamé le 24 août une grève de la faim pour dénoncer la sérophobie et demander une meilleure protection des personnes concernées.

En rencontrant les deux hommes à Paris, Raphaëlle Primet a souhaité apporter son soutien à leur mobilisation. Elle entend également contribuer à faire évoluer le regard porté sur le VIH, encore marqué par des préjugés et des représentations datant des premières années de l’épidémie.

« La sérophobie existe encore »

Pour l’élue, rendre publique sa séropositivité constitue un choix personnel, mais aussi un acte de visibilité. Elle souligne la persistance de représentations associant encore le VIH à l’homosexualité, à la sexualité ou à certains comportements.

Ces préjugés peuvent avoir des conséquences très concrètes sur la vie des personnes vivant avec le VIH : peur de révéler son statut, isolement, discrimination dans les soins ou l’emploi, violences verbales et harcèlement.

La situation est d’autant plus paradoxale que les connaissances scientifiques ont profondément changé. Une personne vivant avec le VIH qui suit un traitement efficace et maintient une charge virale indétectable ne transmet pas le virus par voie sexuelle. C’est le principe I=I, « Indétectable = Intransmissible ».

Pourtant, cette réalité reste insuffisamment connue et les discriminations continuent de toucher les personnes séropositives.

Une première réunion avec les pouvoirs publics

La mobilisation de Christophe Paco et Nicolas Aragona a permis d’ouvrir un premier dialogue avec l’État.

Les deux militants ont été reçus ce mercredi 2 septembre par Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations. Des représentants de la DILCRAH, du Défenseur des droits et du ministère de la Santé participaient également à la réunion, avec les associations Aides, Sidaction et STOP homophobie.

Les échanges se sont déroulés dans un climat particulièrement constructif. La ministre s’est montrée attentive aux témoignages et aux propositions présentées.

La rencontre a notamment permis d’aborder les difficultés rencontrées par les personnes vivant avec le VIH, la question de la reconnaissance de la sérophobie et les moyens de renforcer la protection et l’accompagnement des victimes.

Parmi les pistes défendues figure notamment l’examen d’une évolution du droit afin de mieux identifier les discriminations fondées sur le statut sérologique, réel ou supposé.

Aller au-delà des campagnes d’information

Pour STOP homophobie, l’information reste nécessaire, notamment pour faire connaître le principe I=I. Mais elle ne peut constituer à elle seule une réponse à la sérophobie.

Lorsqu’une personne voit son statut sérologique révélé sans son accord, subit des menaces, est victime de harcèlement ou rencontre une discrimination dans l’accès aux soins, à l’emploi, au logement ou à l’assurance, une campagne de communication ne suffit pas.

La réponse doit aussi passer par des droits clairement identifiés, des recours accessibles, un accompagnement des victimes et une meilleure prise en compte de la sérophobie dans les politiques publiques.

Christophe Paco et Nicolas Aragona demandent notamment la mise en place d’un dispositif national de signalement et d’accompagnement, une meilleure information sur les droits des personnes vivant avec le VIH et la reconnaissance juridique de la sérophobie.

Une mobilisation qui se poursuit

La rencontre avec les pouvoirs publics constitue une première étape. Elle ne clôt pas les revendications portées depuis le début de la grève de la faim.

Christophe Paco et Nicolas Aragona souhaitent désormais que les échanges engagés débouchent sur un travail concret et un calendrier d’actions. Leur mobilisation vise notamment à faire de l’objectif de « zéro discrimination » à l’horizon 2030 une réalité mesurable pour les personnes vivant avec le VIH.

La prise de parole de Raphaëlle Primet donne une visibilité nouvelle à cette mobilisation. En révélant publiquement sa séropositivité, l’élue rejoint celles et ceux qui choisissent de parler pour briser le silence et rappeler une réalité encore trop souvent oubliée : aujourd’hui, le VIH se traite. Ce sont les préjugés et les discriminations qui continuent de faire des victimes.