Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné jeudi 16 avril trois jeunes hommes à des peines allant jusqu’à quatre ans d’emprisonnement pour une série d’agressions visant des hommes homosexuels, piégés via des applications de rencontre.
Les deux principaux prévenus, deux frères, âgés de 19 et 20 ans, ont été condamnés à quatre ans de prison, dont deux assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans. Leur complice, qui filmait les agressions, a écopé de 18 mois d’emprisonnement, dont 12 mois avec sursis probatoire.
Les trois hommes, au casier judiciaire jusque-là vierge, étaient jugés pour des violences en réunion, avec arme, aggravées par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des victimes. Les faits portent principalement sur deux agressions commises en janvier à Vedène, dans le Vaucluse, et Avignon, mais l’enquête a établi un mode opératoire répété depuis 2022.
Les prévenus utilisaient de faux profils sur des sites de rencontre pour entrer en contact avec des hommes homosexuels, leur proposer un rendez-vous, puis les attirer dans des lieux isolés. Sur place, les victimes étaient rouées de coups, parfois sous la menace d’armes, et les scènes filmées avant d’être diffusées en ligne.
Au moins cinq hommes auraient ainsi été piégés au fil des années. Lors de l’enquête, les agresseurs avaient évoqué une volonté de « traquer des pédophiles », reprenant un amalgame infondé fréquemment utilisé pour justifier des violences visant les personnes homosexuelles.
À l’audience, la défense a mis en avant l’influence de contenus consultés sur les réseaux sociaux, évoquant une fréquentation de sphères dites « masculinistes », parfois en lien avec des comptes basés à l’étranger. Les avocats ont assuré que leurs clients s’étaient inspirés de ces discours en ligne, sans pour autant contester la matérialité des faits. Aucun appel n’a été annoncé à ce stade.
Cette affaire illustre ce phénomène de convergence entre discours de haine diffusés sur les plateformes numériques et passages à l’acte violents. Les guet-apens via applications exploitent l’isolement des victimes, rendant ces violences plus difficiles à prévenir et à documenter.
Le jugement rendu à Avignon constitue aussi un signal : les actes ciblant des personnes en raison de leur orientation sexuelle ne relèvent ni de faits divers isolés, ni de dérives individuelles, mais d’un climat qui appelle des réponses structurelles, à la fois judiciaires, éducatives et numériques.
















