À partir de 2018, les personnes séropositives au VIH ou à une hépatite pourront bénéficier de soins funéraires (VIDEO)

À partir de 2018, les personnes séropositives au VIH ou à une hépatite pourront bénéficier de soins funéraires (VIDEO)

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a signé ce 12 juillet un arrêté, paru jeudi 20 au journal officiel, autorisant dès janvier 2018, les soins funéraires, pour les personnes porteuses du VIH ou d'une hépatite.

Visant à retarder le processus de décomposition des corps, ils étaient jusque-là interdits en vertu de deux textes datant de 1986 puis 1998, par crainte de contamination. Aucun cas de transmission du virus à un professionnel de ces soins n’avait pourtant été rapporté dans le cadre de son activité.

« Après 20 ans de combats! Les séropositifs ne sont plus discriminés après leur mort », a réagi Jean-Luc Romero-Michel, conseiller régional d'Ile-de-France et président-fondateur d'ELCS (Élus locaux contre le sida).

« C’est un combat que je menais depuis longtemps, et qui me tenait bien sûr à cœur personnellement. Après, cela fait très longtemps que nous attendions la levée de cette interdiction, qui arrive enfin. C’est une avancée contre la sérophobie : on ne peut pas dire aux personnes porteuses du VIH "ne soyez pas honteux", et dans le même temps continuer à tolérer ces discriminations », a-t-il estimé sur 20minutes, rappelant que « nous étions en France parmi les derniers pays à maintenir cette interdiction : C’est une barrière qu’il fallait faire tomber, cela a mis du temps, soi-disant par précaution, mais pour un risque qui n’a en fait jamais été avéré. Il n’y a jamais eu de cas référencé de thanatopracteur qui aurait été contaminé en administrant le produit qui permet de conserver les corps en l’état. »

« C'était une insulte. De quel droit une société qui nous bassine avec le mot "respect" ne respecte pas les morts du sida ? », a également expliqué sur franceinfo Fred Navarro, ancien président d'Act Up-Paris, qui a perdu son compagnon, atteint du sida, en août 2010, et se dit soulagé par cette annonce.

« Christian est resté 13 jours à l'institut médico-légal, dans un frigo à 2 degrés. Quand je l'ai vu dans cet état, j'ai eu des haut-le-cœur, je me tenais le nez... Quelle horreur ! Cela a été très violent », se souvient Fred, « on l'exposait au vu de tous, dans un état abominable... Cela me fait du bien de savoir que plus personne ne sera choqué par cela. C'était comme si nos morts étaient des parias. Ça y est, c'est terminé ! »

De précédents ministres de la Santé, Xavier Bertrand en 2012 puis Marisol Touraine en 2014, s'étaient déjà prononcés en faveur de cette levée d'interdiction. Elle avait en outre été recommandée par le Haut conseil à la santé publique et d'autres organismes, et aurait dû aboutir avec la loi de modernisation du système de santé.

En mai dernier, dans un communiqué commun, les associations Act Up-Paris, Actions Traitements, AIDES, Sidaction, SOS Hépatites et ELCS ont interpellé Emmanuel Macron, après le renforcement des conditions d'intervention des thanatopracteurs (information des familles, équipement des lieux, précautions d'hygiène, soins funéraires à domicile sous certaines conditions). Et Mousse et Stop Homophobie ont saisi en juin le Conseil d'Etat pour vice de « légalité externe ».

Nos associations feront désormais preuve d’une grande vigilance pour que cette nouvelle réglementation soit appliquée sur l’ensemble du territoire, indique Act Up Paris. Aucun « droit de retrait » ne saurait en effet servir de prétexte à la perpétuation d’une discrimination sérophobe et à la diffusion d’informations mensongères et stigmatisantes sur le VIH et les hépatites virales.

Les soins funéraires restent toutefois interdits dans le cas de personnes qui seraient décédées de la maladie de Creutzfeld-Jakob, de tout « état septique grave », de la rage, du choléra ou de la peste.

Mathieu Mercuri
stophomophobie.com