Christophe Paco et Nicolas Aragona, alias Supersero, militant et créateur de contenus vivant avec le VIH, entameront ce lundi 24 août une grève de la faim devant le palais de justice de Reims. Ils demandent aux pouvoirs publics de mieux prendre en compte les discriminations liées au VIH et de concrétiser l’objectif de « zéro discrimination » fixé pour 2030.
« On a fini de se taire. » C’est avec ce message que Christophe Paco et Nicolas Aragona annoncent leur mobilisation. À partir de lundi, les deux hommes cesseront de s’alimenter à Reims pour dénoncer la persistance de la sérophobie, mais aussi pour porter des propositions dépassant leurs situations personnelles.
La sérophobie désigne les discriminations, préjugés et violences visant les personnes vivant avec le VIH. Elle peut se traduire par des insultes, du rejet, la révélation du statut sérologique sans consentement, des discriminations dans l’accès aux soins ou à l’emploi, du harcèlement ou des violences.
Christophe Paco a été confronté à plusieurs de ces situations après la révélation de sa séropositivité par un voisin. Son statut sérologique aurait ensuite été divulgué dans son quartier. Une plainte déposée à la suite de ces faits a été classée sans suite. Il a depuis engagé une mobilisation publique pour demander une meilleure prise en compte de la sérophobie.
Nicolas Aragona, qui utilise le pseudonyme Supersero sur les réseaux sociaux, témoigne lui aussi publiquement depuis plusieurs années de sa vie avec le VIH. Cette démarche de sensibilisation l’a exposé à des insultes, des menaces et du harcèlement, dont une partie sur internet.
Les progrès médicaux n’ont pas effacé les préjugés
Leur mobilisation intervient alors que les connaissances scientifiques sur le VIH ont profondément évolué. Une personne vivant avec le VIH qui prend correctement son traitement et maintient une charge virale indétectable ne transmet pas le virus. C’est le principe « Indétectable = Intransmissible », ou I=I.
Cette réalité demeure pourtant insuffisamment connue. La stigmatisation peut avoir des conséquences directes sur la vie quotidienne, l’accès aux soins et le bien-être des personnes concernées. Elle peut aussi dissuader certaines personnes de se faire dépister, de recourir aux soins ou de parler de leur statut sérologique.
À l’échelle internationale, l’ONUSIDA considère la lutte contre les discriminations comme l’un des leviers indispensables pour mettre fin au sida comme menace de santé publique. L’objectif mondial fixé pour 2030 associe trois ambitions : zéro nouvelle infection, zéro décès lié au sida et zéro discrimination.
« Zéro discrimination » à l’horizon 2030
La France s’est elle aussi engagée sur cette trajectoire dans le cadre de sa stratégie nationale de santé sexuelle. À quatre ans de l’échéance, Christophe Paco et Supersero demandent que cet objectif trouve une traduction concrète dans les politiques publiques.
Ils formulent trois demandes : reconnaître pleinement la sérophobie comme un enjeu de santé publique et de lutte contre les discriminations, lancer une campagne nationale d’information et réunir personnes concernées, associations, professionnels et pouvoirs publics afin de définir des mesures assorties d’un calendrier et d’une évaluation.
Leur travail porte notamment sur les refus de soins, les discriminations dans l’emploi, l’outing, l’accompagnement des victimes, la haine en ligne et la formation des professionnels.
Pour STOP homophobie, la sérophobie ne peut rester invisible
Cette mobilisation rejoint directement le travail mené par les associations de lutte contre les discriminations. STOP homophobie apporte son soutien aux revendications portées par Christophe Paco et Supersero et appelle les pouvoirs publics à leur répondre rapidement.
L’association considère que les progrès médicaux accomplis dans la lutte contre le VIH doivent nécessairement s’accompagner d’une évolution des représentations et des pratiques. La diffusion du message I=I constitue à cet égard un enjeu majeur : une personne vivant avec le VIH, sous traitement efficace et avec une charge virale indétectable, ne transmet pas le virus.
Pour STOP homophobie, la réponse ne peut toutefois pas être uniquement juridique. Elle doit également passer par l’information du public, la prévention, la formation des professionnels et un meilleur accompagnement des personnes victimes d’outing, de harcèlement ou de discrimination.
La sérophobie ne constitue pas une réalité isolée des autres discriminations. Elle peut se conjuguer avec l’homophobie, la transphobie, le racisme, le sexisme ou la précarité. Elle relève donc pleinement d’une politique globale de lutte contre les discriminations.
L’association est également disponible pour participer à un travail collectif réunissant personnes vivant avec le VIH, associations, professionnels et pouvoirs publics, afin de contribuer à des propositions concrètes et à une meilleure protection des victimes.
Une pétition pour une campagne nationale et une évolution du droit
Cette mobilisation prolonge une démarche engagée plusieurs mois auparavant par Christophe Paco. En mars 2026, il a lancé une pétition adressée au Parlement français réclamant une campagne d’information sur la sérophobie et une loi permettant de mieux sanctionner les comportements sérophobes.
La pétition avait recueilli plus de 2 600 signatures au 22 août, selon son compteur en ligne.
Signer la pétition « Campagne d’information sur la sérophobie et loi punissant les sérophobes »
Pour les deux militants, l’enjeu dépasse donc leurs propres affaires. Il s’agit de faire émerger un travail collectif sur une discrimination encore trop peu visible et de rapprocher les politiques publiques de la réalité vécue par les personnes concernées.
Ils demandent notamment à pouvoir présenter leurs propositions aux pouvoirs publics. Ils assurent ne pas réclamer un soutien à leur grève de la faim, mais l’ouverture d’un dialogue suffisamment rapide pour que cette action puisse devenir inutile.
À quatre ans de 2030, leur mobilisation pose ainsi une question simple : comment faire de l’objectif de « zéro discrimination » autre chose qu’un engagement de principe ?

















