Taïwan : 51 personnes interpellées dans un bar LGBTQIA à Taipei

Cinquante et une personnes ont été interpellées samedi 3 octobre lors d’une opération de police dans un bar gay de Taipei. L’intervention suscite depuis une forte réaction des organisations LGBTQIA+ taïwanaises, qui dénoncent des méthodes humiliantes et réclament une enquête indépendante.

Le raid s’est déroulé au au Commander D, établissement du quartier de Ximending, connu pour sa vie nocturne et ses commerces LGBTQIA+. Selon la police, 58 clients et neuf employés se trouvaient sur place. Cinquante et un d’entre-eux ont ainsi été interrogés dans le cadre d’une enquête portant notamment sur de possibles infractions aux règles relatives à la décence publique. Le responsable du bar a également été arrêté.

La police affirme avoir agi après un signalement et sur la base d’un mandat délivré par un tribunal. Elle nie que l’orientation sexuelle des personnes présentes ait motivé l’opération.

Des témoins et plusieurs associations LGBTQIA+ contestent toutefois les méthodes employées. Ils rapportent que des personnes ont été contraintes de s’accroupir ou de rester à genoux, sommées de ne pas parler et empêchées d’utiliser leur téléphone. Des propos humiliants auraient également été adressés à des personnes handicapées.

La police a reconnu qu’un agent avait tenu des propos inappropriés envers une personne handicapée et a annoncé une sanction disciplinaire. Elle maintient que la perquisition était, elle, conforme au cadre judiciaire.

Le lendemain, environ une centaine de personnes se sont rassemblées devant le commissariat de Wanhua pour dénoncer l’opération. Dix organisations LGBTQIA+, parmi lesquelles la Taiwan Tongzhi Hotline Association, demandent une enquête indépendante, des explications sur le déroulement de la perquisition et des sanctions contre les agents éventuellement responsables d’abus.

Une opération qui ravive de vieilles inquiétudes

Le nombre de personnes interpellées est au cœur de la contestation. Les associations s’interrogent sur la nécessité de faire intervenir les forces de l’ordre auprès de dizaines de clients d’un même établissement et dénoncent des pratiques qui leur rappellent les contrôles policiers autrefois exercés à l’encontre des lieux fréquentés par les personnes homosexuelles.

L’affaire prend une dimension particulière à Taïwan. En 2019, le pays est devenu le premier d’Asie à légaliser le mariage entre personnes de même sexe, après une décision de la Cour constitutionnelle jugeant contraire à la Constitution l’exclusion des couples homosexuels du mariage. Cette avancée a largement contribué à faire de l’île une référence régionale en matière de droits LGBTQIA+.

Cette évolution n’a toutefois pas fait disparaître les discriminations ni les tensions autour des espaces communautaires. Pour les associations mobilisées après l’opération du Commander D, la question n’est pas de contester le principe d’une enquête judiciaire, mais de déterminer si les personnes présentes ont été traitées avec les mêmes garanties, le même respect de leur dignité et les mêmes droits que n’importe quel autre citoyen.

La police de Taipei affirme avoir agi dans le cadre fixé par la justice. Les organisations LGBTQIA+ demandent désormais que les circonstances de l’opération et le comportement des agents soient examinés de manière indépendante.