Le chanteur turc Mabel Matiz risque jusqu’à trois ans de prison après la préparation d’un acte d’accusation visant son clip « Ha Leylim ». Le parquet d’Istanbul lui reproche notamment une scène dans laquelle deux hommes dansent ensemble, au nom de la législation turque sur l’« obscénité ».
Publié en août 2026, le clip met en scène une cérémonie de mariage. Dans une séquence située vers 3 min 51, deux hommes dansent face à face, l’un étant présenté comme le marié. Le parquet estime que cette scène porte atteinte à la « morale publique » et demande une peine de six mois à trois ans de prison, ainsi qu’une amende, sur le fondement de l’article 226 du Code pénal turc.
Mabel Matiz, de son vrai nom Fatih Karaca, conteste les accusations. Entendu le 21 août, il avait notamment déclaré que « deux personnes qui se regardent et dansent » ne commettent pas un crime. Il a également dénoncé le fait que son travail soit régulièrement interprété à travers son identité. Le chanteur reste soumis à une interdiction de quitter la Turquie. L’affaire doit désormais être examinée par un tribunal : aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade.
Cette procédure fait suite à son acquittement dans une autre affaire pour « obscénité », concernant sa chanson « Perperişan ».
Elle s’inscrit surtout dans un durcissement de la répression visant les personnes LGBT+ en Turquie. En septembre, des opérations ont visé plusieurs associations et militants dans différentes villes. Human Rights Watch fait état de 112 arrestations, dont au moins 24 visant des militants, responsables ou fondateurs d’organisations LGBT+, ainsi que des restrictions contre plusieurs médias et comptes en ligne.
Fin septembre, un tribunal d’Istanbul a également ordonné le blocage du site du média indépendant T24 et de ses comptes sur les réseaux sociaux, après la publication de contenus qualifiés de « propagande LGBT+ » par les autorités. Le média conteste cette décision.
Les autorités turques présentent cette politique comme une défense de la famille et de la jeunesse. Les organisations de défense des droits humains dénoncent, elles, une utilisation croissante de la notion de « morale publique » pour restreindre la liberté d’expression, les activités associatives et la visibilité LGBT+.
L’affaire Mabel Matiz confirme la pression croissante exercée sur les expressions LGBT+ dans l’espace public turc, alors même que le chanteur n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune condamnation.
STOP homophobie apporte son soutien à Mabel Matiz et rappelle que la visibilité des personnes LGBT+ et leur représentation dans la création artistique ne peuvent constituer, en elles-mêmes, des infractions.








