Overdoses : combien de morts faudra-t-il pour que l’État regarde la réalité en face ?

À Paris, le parquet recensait 61 décès liés à une overdose au 7 octobre 2026, contre 30 sur l’ensemble de 2025. Ce bilan, publié le 12 octobre par Le Parisien, reste provisoire, plusieurs résultats toxicologiques étant encore attendus.

Depuis 2018, PlaySafe mène des actions de e-prévention et alerte sur les risques liés aux Nouvelles drogues de synthèse et à leur banalisation.

Depuis un an, ASSOMAX documente des situations individuelles de décès et les difficultés rencontrées par les proches. Ces deux engagements éclairent des aspects différents d’une même urgence : prévenir les dommages et comprendre ce que vivent les familles.

Ne pas attendre que les morts concernent tout le monde

Les personnes LGBTQIA+ et les associations qui les accompagnent alertent depuis des années sur les risques liés aux drogues, notamment dans le cadre du chemsex. Pourtant, certains décès ont été renvoyés à la sexualité des personnes concernées ou à leurs “choix individuels”. Les commentaires homophobes résumés par la formule « Un gay de moins » poussent ce mépris jusqu’à présenter une disparition comme souhaitable.

La hausse des overdoses à Paris rappelle que les risques liés aux substances concernent des personnes aux profils variés. Cette prise de conscience ne doit pas effacer les alertes antérieures ni donner le sentiment que ces morts deviennent préoccupantes seulement lorsqu’elles touchent un public plus large. Une vie LGBT+ ne mérite pas moins d’attention, de protection ou de compassion.

L’histoire de la lutte contre le VIH a montré combien les préjugés peuvent entraver la reconnaissance d’un problème sanitaire et l’accès à la prévention. Les situations sont différentes, mais une même exigence demeure : la protection de la santé ne doit pas dépendre de l’orientation sexuelle, des pratiques intimes ou du jugement porté sur les personnes.

Toxicophobie : quand la honte éloigne des soins

La toxicophobie désigne les préjugés, la stigmatisation et les discriminations visant les personnes qui consomment des drogues. Elle les réduit à leurs usages, les rend responsables de tout ce qui leur arrive ou les présente comme moins dignes d’être aidées. Ce jugement peut faire obstacle à une parole pourtant nécessaire pour prévenir les risques.

Pour certaines personnes LGBTQIA+, ces préjugés se cumulent avec les LGBTphobies. Dans le cadre du chemsex, le jugement sur les consommations peut se mêler à celui sur l’orientation sexuelle ou les pratiques intimes. La honte, la peur du rejet et la crainte de ne pas être prises au sérieux peuvent alors retarder une demande d’aide.

Toutes les personnes LGBTQIA+ ne consomment pas de drogues, et toutes les consommations ne conduisent pas à une addiction ou à une overdose. Le rejet, l’isolement et les violences peuvent aussi fragiliser certains parcours. Pour STOP homophobie, les personnes concernées doivent pouvoir parler de leurs usages et accéder aux soins sans être jugées sur leur vie intime.

Des morts qui restent trop souvent dans le silence

Pour les proches, parler des circonstances de la mort peut être difficile. Certains choisissent de ne pas les rendre publiques, par peur du jugement ou pour préserver l’intimité du défunt. D’autres attendent encore des réponses sur les causes du décès. Ce silence ne concerne pas toutes les familles et peut avoir des raisons différentes.

Les proches peuvent craindre que la personne disparue soit réduite à ses consommations ou que leur propre parole soit mise en doute. ASSOMAX accompagne des familles endeuillées et contribue à faire entendre ces difficultés, notamment lorsque les préjugés liés aux drogues se conjuguent aux LGBTphobies. Faire reconnaître ce qui s’est passé ne devrait pas obliger les familles à exposer toute la vie privée du défunt.

Recueillir leur parole, respecter leur intimité et leur permettre d’obtenir des réponses fait aussi partie de la prévention. Les familles doivent pouvoir être accompagnées pendant les investigations et lorsque des incertitudes persistent. Elles ne doivent pas avoir à établir elles-mêmes les causes médicales de la mort pour que leurs questions soient entendues.

Mieux compter pour mieux prévenir

DRAMES est une enquête de mortalité. Ce n’est pas un compteur exhaustif des décès liés aux drogues.

Le rapport de Thierry Boulat publié par l’OFDT en 2017 décrit des difficultés dès la constatation du décès. Page 13, il rapporte que des policiers ou des gendarmes exerçaient parfois des pressions sur des médecins pour qu’ils ne cochent pas l’obstacle médico-légal, lorsqu’ils estimaient qu’aucun tiers n’était intervenu. Certains décès pouvaient ainsi ne pas être portés à la connaissance du procureur.

Les pouvoirs publics doivent renforcer le suivi des décès, améliorer la coordination des investigations et faciliter l’accès aux données. Il faut identifier les substances impliquées et examiner les circonstances avec rigueur. La cause médicale et l’intention doivent être distinguées : une surdose peut être accidentelle, volontaire ou d’intention indéterminée. Cette connaissance doit permettre d’adapter la prévention aux risques observés.

Des produits dont on ne connaît pas toujours les risques

Dans son témoignage au Parisien, Thomas, 26 ans, raconte avoir cru mourir après quelques bouffées d’un joint dont la nature précise restait inconnue. Certains produits contiennent des substances inattendues ou présentent une puissance différente de celle à laquelle les consommateurs s’attendent. Les mélanges peuvent encore accroître les risques.

Fin 2025, l’Agence de l’Union européenne sur les drogues surveillait 1 050 nouvelles substances psychoactives, dont 50 signalées pour la première fois durant l’année. Toutes ne sont pas disponibles à la vente, mais cette diversité souligne les difficultés à connaître les produits. Comment évaluer les risques lorsque leur composition et leur puissance restent incertaines ? Une information fiable est indispensable, même si elle ne supprime pas tous les dangers.

La réduction des risques vise à limiter les dommages, à diffuser des informations fiables et à faciliter l’accès aux soins. Elle suppose des alertes rapides sur les produits dangereux et des dispositifs de prévention accessibles. Les applications de rencontre et les plateformes communautaires peuvent relayer ces messages et orienter les utilisateurs vers des ressources d’aide. Cette prévention doit permettre de demander conseil avant qu’une situation ne s’aggrave, sans craindre d’être humilié ou rejeté.

Pour STOP homophobie, les pouvoirs publics doivent donner des moyens durables à la prévention et aux associations de terrain. Les personnes concernées doivent savoir vers qui se tourner, et les professionnels pouvoir les accueillir sans jugement. La lutte contre les discriminations doit faire partie de cette réponse sanitaire, car une information utile ne suffit pas si la peur empêche de demander de l’aide.

La dignité d’une personne ne dépend ni de son orientation sexuelle, ni de ses pratiques intimes, ni de ses consommations. Aucune famille ne devrait avoir à justifier la valeur de la vie d’un proche. Comprendre les décès, reconnaître la souffrance des familles et agir pour éviter d’autres morts est une exigence de santé publique et de solidarité.