Des policiers Qataris accusés d'un viol homophobe

Des policiers Qataris accusés d'un viol homophobe

Ali, originaire des Philippines, s’est installé en 2018 à Doha, la capitale du Qatar, attiré par les promesses d’une vie meilleure, avec emploi et rémunérations, pour soutenir sa famille, après le décès de son père. On lui avait également assuré que la communauté LGBT+ y était sous-jacente mais vivace, si l’on savait être prudent. Ali s’est d’ailleurs lié d’amitié avec d’autres travailleurs étrangers LGBT+, jusqu’à se risquer sur des applications, où il va rencontrer un prétendant, qui va l’inviter à le rejoindre à son hôtel, avec quelque 70 euros pour éluder toute suspicion et le défraiement de son déplacement. De quoi arrondir son salaire d’employé de bureau. Mais c’est un piège.

Des « opérations d’infiltration » pour piéger les LGBT+

Le jeune homme va tomber face à six officiers de police, en pleine « opération d’infiltration », affirme-t-il. Elles sont courantes et discrètement colportées dans le milieu, pour prévention. Mais Ali pensait que c’était qu’une rumeur.

« Ils se sont jetés sur moi et poussé sur le lit pour me violer. ». Tous sauf son interlocuteur, « qui regardait en se moquant », raconte Ali dans un entretien sur Inews. « Il y avait une fenêtre ouverte. J’aurai voulu m’enfuir, sauter. Mais nous étions au dixième étage. Alors ils m’ont giflé lorsque j’ai pleuré, tandis qu’ils fouillaient dans mes affaires en quête d’autres preuves. Ils ont fait des captures d’écran de nos échanges pour la soirée et m’ont indiqué que j’étais arrêté pour « prostitution homosexuelle ». Un jeune indonésien est arrivé ensuite. Il avait répondu à l’un des messages envoyés depuis mon compte par les agents. Nous avons tous les deux été interrogés puis placés en détention. ».

Toutes les relations extraconjugales sont illégales au Qatar

Deux jours plus tard, Ali sera expulsé et renvoyé à Manille, aux Philippines. Il encourait des années d’emprisonnement autrement, avec coups de fouet, en vertu de la charia. Et, bien qu’aucune exécution n’ait été officialisée, la peine de mort peut être appliquée pour les musulmans en cas de condamnation.

C’est pour cette raison que le jeune homme a accepté de témoigner. Il souhaite alerter sur « la réalité plus permanente vécue par les résidents et ressortissants LGBT+ Qataris », outre l’attention portée par les médias sur les fans et supporteurs, à quelques jours du coup d’envoi du Mondial.

Le Qatar se donne « une image progressiste », s’engageant à réserver « un bon accueil » à tous ses visiteurs. Mais c’est une monarchie quasi absolue et des plus restrictives. Les autorités ne tolèrent aucune manifestation d’aucune sorte. Le militant britannique Peter Tatchell en a encore fait l’expérience la semaine dernière, encerclé par une dizaine de policiers, alors qu’il tentait de dénoncer les violences physiques et morales infligées aux personnes LGBT+ dans l’émirat. Plusieurs cas ont été confirmés et documentés par Human Rights Watch (HRW), « avec la certitude que ces abus ne seront ni signalés ni interdits », précise l’ONG dans son rapport. Le dernier témoignage remonte à septembre 2022.  Les accusations d’Ali ne sont donc pas infondées.

Une exception aux lois et pratiques le temps d’un tournoi

Et pourtant, plutôt que de presser le Qatar dans ses réformes, le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, s’en est fait le relai cette semaine, exhortant les homosexuels à plus de « souplesse et compromis » et « au respect » des normes culturelles du pays hôte. « Ils œuvrent pour que les spectateurs puissent être eux-mêmes et profiter du football… Cela peut être une Coupe du monde sûre, sécurisée et passionnante. ».

Mais après ? Le drapeau arc-en-ciel a focalisé le débat symbolique et c’est déjà tout un dilemme. Le brandir dans un stade reste aléatoire et pourrait « offenser la sensibilité d’un autre spectateur pour découler sur une agression », avait prévenu Abdullah Al Ansari, responsable de la sécurité de l’événement. Il avait estimé que « la cause LGBT » était « une insulte à la société » qui ne pouvait pas « changer les lois ou la religion pour les 28 jours de la Coupe du monde ».

Que de controverses pour les dirigeants de la FIFA qui, en appelant au respect de la « diversité » : « valeur fondamentale du football », exhortent pareillement, dans une lettre révélée ce vendredi 4 novembre par Sky News, les 32 fédérations participantes à ne pas se confondre dans des questions idéologiques et politiques, mais laisser le sport occuper le devant de la scène. Il faut « se concentrer sur leur jeu », a insiste Gianni Infantino, le président de l’organisme, en réaction aux prises de position de plusieurs équipes, australienne notamment, les Socceroos, sur le coût humain, environnemental et les droits des personnes LGBT+.

Dix sélections européennes, dont la France, l’Allemagne ou l’Angleterre, ont également annoncé rejoindre la campagne anti-discrimination « One Love », pour « promouvoir l’inclusion et l’égalité, et essayer de changer les choses par le pouvoir du football ». Leurs capitaines devraient arborer un même brassard multicolore pendant les matchs.

De nouveau, si vous avez l’intention de faire le voyage et d’assister au tournoi depuis le Qatar, nous vous invitons à nous contacter pour que nous puissions vous délivrer quelques conseils et notre guide.