Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, ce 3 novembre 2026, Guillaume Jourdain de Thieulloy, directeur de publication du site Le Salon Beige, pour injure publique et provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’orientation sexuelle. Il avait publié en juillet 2022 un article appelant notamment à créer des « camps d’internement pour homosexuels ». STOP homophobie et l’association Mousse, parties civiles, obtiennent réparation.
Publié le 26 juillet 2022 par Jean-Pierre Aussant sous le titre « Variole du singe : faudrait-il enfermer les gays ? », l’article présentait les homosexuels comme une menace sanitaire et appelait à les enfermer. Il affirmait notamment : « Nous ne voulons pas que les homosexuels contaminent nos enfants. »
À l’été 2022, l’épidémie de mpox touchait particulièrement les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Les autorités sanitaires avaient alors déployé des actions ciblées de prévention et de vaccination. Mais l’article ne se limitait pas à évoquer des comportements à risque : il désignait les homosexuels dans leur ensemble comme un danger pour la population.
La justice retient l’injure et la provocation à la haine
À l’audience, la défense soutenait que l’article visait uniquement les hommes ayant des rapports sexuels non protégés avec d’autres hommes. Le tribunal a écarté cet argument, considérant que les propos s’adressaient aux homosexuels dans leur ensemble, présentés comme des vecteurs potentiels de contamination.
Les juges ont également retenu que l’appel à leur enfermement les désignait comme une menace justifiant des mesures de contrainte. La phrase évoquant la contamination des enfants a, quant à elle, été jugée insultante, en ce qu’elle suggérait un rapprochement entre homosexualité et pédophilie.
La défense invoquait aussi la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a rejeté cet argument, rappelant que les propos incitant à la haine bénéficient d’une protection plus limitée.
Guillaume Jourdain de Thieulloy a été condamné à une amende. Le tribunal a également reconnu le préjudice subi par les deux associations.
Les contestations de la défense concernant la régularité de la plainte et la recevabilité de l’action des associations ont également été rejetées.
Plusieurs procédures visant le Salon Beige
Cette décision intervient après plusieurs affaires judiciaires concernant des propos homophobes publiés sur Le Salon Beige.
Le 11 septembre 2024, Guillaume Jourdain de Thieulloy avait déjà été condamné pour injure publique en raison de l’orientation sexuelle, à la suite de la publication d’un article intitulé « Il est interdit de quitter la secte LGBT ». Le texte qualifiait notamment les personnes LGBT d’« inverties » et défendait les thérapies de conversion. Le tribunal avait estimé que la référence à une doctrine religieuse ne pouvait justifier de tels propos.
Un autre dossier concernait l’abbé Guy Pagès, auteur d’un article publié le 2 août 2022 sur le même site, intitulé « L’homosexualité, ses raisons ». Il y comparait notamment les personnes homosexuelles à des « bêtes », à des pédocriminels et à des personnes incestueuses, affirmant que « l’homosexualité déshumanise, abêtit, rend indigne de la vie éternelle ».
Le 21 décembre 2023, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné l’abbé Guy Pagès et Guillaume Jourdain de Thieulloy, en qualité de directeur de publication, pour injure publique en raison de l’orientation sexuelle. Mais la cour d’appel de Paris les avait relaxés le 19 décembre 2024, considérant que les propos relevaient d’un débat d’intérêt général sur la doctrine de l’Église catholique.
Saisie par STOP homophobie, Mousse et Quazar, la Cour de cassation a censuré cette analyse le 9 juin 2026. Elle a considéré que les propos ne se limitaient pas à une critique de l’homosexualité, mais visaient les personnes homosexuelles elles-mêmes, en les déshumanisant et en les qualifiant notamment de pervers. Elle a estimé qu’ils dépassaient les limites admissibles de la liberté d’expression. La cassation porte toutefois sur les dispositions civiles de l’arrêt : l’affaire doit être réexaminée par une autre formation de la cour d’appel pour statuer sur les demandes des associations.
Ces procédures s’ajoutent à une plainte déposée en septembre 2019 par STOP homophobie et Mousse contre l’abbé Guy Pagès, à la suite de plusieurs commentaires visant les personnes LGBTQ+ et les présentant notamment comme dangereuses pour les enfants.
Pour Me Étienne Deshoulières, avocat des associations, cette nouvelle décision rappelle les limites de la liberté d’expression lorsqu’elle devient un instrument de stigmatisation : « Désigner les personnes homosexuelles comme un danger sanitaire et appeler à les enfermer n’est pas une opinion : c’est un délit. Aucune crise sanitaire ne justifie de faire d’un groupe de personnes un coupable ou une menace. »
STOP homophobie poursuit ses actions judiciaires contre les discours et les publications qui contribuent à alimenter la haine et les discriminations envers les personnes LGBT+.
Le jugement est susceptible d’appel.







