Sénégal : perquisitions dans une affaire d’« homosexualité présumée », questions sur les droits LGBTQIA+ et la prévention

Au Sénégal, une enquête judiciaire visant plusieurs personnes soupçonnées d’« activités homosexuelles », à la suite de dénonciations, a donné lieu à des perquisitions et à la saisie de préservatifs et de lubrifiants, selon plusieurs médias locaux. Ces éléments ont été versés au dossier pour, selon les autorités, « approfondir les investigations » et « établir le contexte des faits présumés ».

L’affaire concerne notamment l’animateur de télévision Pape Cheikh Diallo (Cheikh Ahmadou Tidiane Diallo), présentateur de l’émission Quartier Général sur TFM, et l’artiste-chanteur Djiby Dramé, interpellés avec plusieurs autres personnes le 6 février. D’après les informations disponibles, ces interpellations auraient été déclenchées par les déclarations d’un autre mis en cause, ayant dénoncé leur relation.

Au total, une douzaine de personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette procédure, ouverte pour des faits qualifiés d’« actes contre nature », d’association de malfaiteurs et, pour certains, de mise en danger de la vie d’autrui. Certaines des personnes interpellées seraient séropositives au VIH, ce qui a conduit les autorités à retenir des qualifications supplémentaires. L’enquête est menée par la brigade de recherches de Keur Massar et demeure en cours.

Un cadre légal contesté

Au Sénégal, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont pénalement réprimées par l’article 319 du Code pénal, un texte hérité de la période coloniale. Les peines prévues peuvent aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Cette disposition est régulièrement critiquée pour son atteinte au droit à la vie privée et parce qu’elle favorise des arrestations basées sur des soupçons, plutôt que sur des faits établis.

Dans ce contexte, la mise en avant d’objets de prévention tels que des préservatifs ou du lubrifiant soulève des questions sur leur valeur probante dans le cadre d’une procédure pénale, alors que ces outils sont légaux et largement utilisés pour la santé sexuelle.

Des enjeux majeurs de santé publique

Des professionnels de santé et des organisations de la société civile alertent sur le risque que l’assimilation de matériels de prévention à des éléments « suspects » dissuade les populations concernées d’utiliser des moyens de protection, compromettant ainsi la prévention contre le VIH et d’autres infections.

Le Sénégal est engagé, avec l’appui de partenaires internationaux, dans des programmes de lutte contre le VIH/sida fondés sur la promotion de pratiques sexuelles protégées, sans distinction d’orientation sexuelle. Les Nations unies et plusieurs agences internationales rappellent que la criminalisation de l’homosexualité freine ces politiques de prévention et contribue à la stigmatisation des populations LGBTQIA+.

Une procédure en cours et des rappels nécessaires

À ce stade, aucune décision de justice définitive n’a été rendue. Les personnes interpellées demeurent présumées innocentes, et les autorités n’ont pas communiqué officiellement sur l’usage judiciaire précis des objets saisis.

Contrairement à certaines affirmations circulant sur les réseaux sociaux, aucun des individus interpellés n’est mineur. Selon les informations disponibles, ils sont âgés de 20 à 43 ans et exercent des professions diverses.

Aucune accusation de viol ni de pédocriminalité n’a, à ce jour, été établie judiciairement. L’emploi de ces termes dans certains discours publics relève d’un amalgame infondé, fréquemment observé dans des contextes de criminalisation de l’homosexualité, où des qualifications graves sont parfois mobilisées pour stigmatiser davantage les personnes mises en cause.

STOP homophobie rappelle que l’orientation sexuelle ne peut en aucun cas être assimilée à des violences sexuelles, et que toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence, principe fondamental de l’État de droit.

Précision contextuelle

Cette affaire coïncide avec une enquête distincte concernant quatorze personnes accusées de pédophilie en bande organisée, totalement séparée des interpellations liées à des accusations d’activités homosexuelles. La diffusion simultanée de ces deux affaires, avec la même photo publiée par certains médias, a contribué à alimenter des confusions et des amalgames sur les réseaux sociaux, que STOP homophobie dénonce avec fermeté.