À la veille des Fiertés rurales organisées à Chenevelles (Vienne), la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a présenté les grandes lignes du « Plan national pour l’égalité, contre la haine et les discriminations anti-LGBTI+ 2026-2029 » dans un entretien accordé à Libération.
Cette feuille de route intervient dans un contexte de forte hausse des actes LGBTphobes. « Nous avons recensé un nombre record de 4 900 infractions anti-LGBT+ en 2025 », a indiqué la ministre, pointant également le rajeunissement des auteurs présumés : un quart des mis en cause ont entre 13 et 17 ans.
Pour y répondre, le gouvernement entend s’appuyer davantage sur les associations de terrain. Le plan est le fruit de six mois de concertation avec les acteurs associatifs, les administrations concernées, la Commission nationale consultative des droits de l’homme et le Défenseur des droits.
Un suivi annuel confié à la CNCDH doit permettre d’en mesurer l’impact au fil de sa mise en œuvre.
Renforcer l’accompagnement des victimes
L’accueil des victimes constitue un axe central. Beaucoup hésitent encore à porter plainte ou à faire reconnaître le caractère LGBTphobe des faits.
Les ministères de l’Intérieur et de la Justice ont ainsi élaboré une doctrine commune pour harmoniser les pratiques. Un interlocuteur dédié aux associations sera désigné au ministère de la Justice, tandis qu’un point de contact pour l’aide aux victimes sera identifié dans chaque département.
Autre priorité : les guets-apens via les applications de rencontre. La charte d’engagement conclue en mars avec plusieurs plateformes, dont Tinder, Grindr, Happn et Bumble, prévoit notamment la conservation de données liées aux faux profils, afin de faciliter les enquêtes judiciaires.
Personnes trans : vers une simplification des démarches d’état civil
La ministre a annoncé la mise en place d’un formulaire Cerfa et d’une notice rappelant qu’aucun justificatif médical ne peut être exigé pour modifier son prénom ou la mention du sexe à l’état civil.
Elle a également évoqué la perspective d’une déjudiciarisation des procédures d’ici la fin du plan, afin de réduire des parcours encore jugés lourds et dissuasifs.
Cette orientation s’inscrit dans un cadre européen en mutation. Dans un arrêt récent, la Cour de justice de l’Union européenne a consacré le principe d’autodétermination des personnes trans, intersexes et non binaires, rappelant que les États ne peuvent imposer de contraintes disproportionnées à la reconnaissance de l’identité de genre.
« De la même manière qu’on ne choisit pas son orientation sexuelle, on ne choisit pas son identité de genre », a déclaré Aurore Bergé.
STOP homophobie salue ces annonces, qui répondent à des difficultés constatées au quotidien dans l’accompagnement des personnes concernées. L’association insiste néanmoins sur la nécessité de garantir des procédures réellement simples, rapides et respectueuses.
Elle relève également l’intégration du « I » dans l’intitulé du plan, marquant une meilleure prise en compte des personnes intersexes.
Prévention et politiques publiques
Le gouvernement prévoit de renforcer la prévention en milieu scolaire, avec un vadémécum à destination des personnels et l’intégration d’un module dédié dans la formation des cadres de l’Éducation nationale.
Dans le sport, les actes homophobes sont encore considérés comme un « angle mort ». Une convention-cadre doit associer ministères, DILCRAH et fédérations afin d’améliorer la prévention et le suivi des sanctions, qui feront l’objet d’une publication annuelle.
Le volet santé est également renforcé, notamment autour de la santé mentale. La ministre rappelle que le risque suicidaire chez les jeunes LGBT+ demeure deux à sept fois supérieur à celui de la population générale.
Des structures locales à consolider
L’exécutif ambitionne par ailleurs de doter chaque département d’un centre LGBT+ d’ici 2029. Leur nombre est passé de 32 en 2022 à 59 aujourd’hui, en métropole et en outre-mer.
Un label national est à l’étude pour mieux reconnaître leur rôle auprès des victimes, des familles et des institutions.
Pour STOP homophobie, ces structures constituent un maillon essentiel de l’accompagnement juridique, social et psychologique. Leur développement devra s’appuyer sur des moyens pérennes.
Face à la progression continue des violences et discriminations, ce plan se veut une réponse structurée. Reste à en mesurer les effets concrets dans la durée, au-delà des annonces.
















