VIH : La solitude des militants de la lutte contre le sida en Russie

VIH : La solitude des militants de la lutte contre le sida en Russie

>> Russian HIV-Aids epidemic worsening under Kremlin policies, says expert

Avec une seringue propre, un préservatif ou un conseil, Maxime Malychev œuvre auprès des toxicomanes pour lutter contre la propagation dramatique du sida en Russie. Et il se sent bien seul.

"Les autorités ne soutiennent pas nos activités", soupire ce volontaire lors d'une distribution de seringues devant une pharmacie de la banlieue de Moscou. "Tous leurs efforts sont dirigés vers les cures de désintoxication ou des campagnes pour dire aux gens de ne pas prendre de drogue", poursuit-il.

ffa9a2032bf42afe390d1a3696b1eLui-même ancien toxicomane, Maxime Malychev milite pour la Fondation Andreï Ryjkov, qui mène le seul programme de sensibilisation à destination des toxicomanes dans la capitale russe. "Nous allons là où les toxicomanes traînent, où ils passent, où ils achètent, et nous leur donnons des seringues propres pour éviter qu'ils soient infectés", explique-t-il.

Une telle action préventive semble banale à première vue mais en Russie, où les idées conservatrices ne cessent de progresser sous le président Vladimir Poutine, elle ne dispose d'aucun appui des pouvoirs publics.

Les chiffres semblent montrer que cette politique, qui se concentre sur le traitement plutôt que la prévention, a des conséquences catastrophiques. Le nombre de Russes séropositifs est passé d'environ 500.000 en 2010 à environ 930.000 aujourd'hui, selon des statistiques officielles récentes qui pour de nombreux experts sous-estiment la réalité.

Selon le spécialiste du sida Vadim Pokrovski, 90.000 personnes ont contracté le VIH sur la seule année 2014 et le nombre total de séropositifs pourrait atteindre jusqu'à trois millions dans les cinq prochaines années.

"Les cinq dernières années, marquées par une approche conservatrice, ont conduit à un doublement du nombre de personnes infectées", a dénoncé Vadim Pokrovski, qui dirige le Centre fédéral russe de lutte contre le sida, mettant directement en cause la politique du Kremlin de promotion des valeurs traditionnelles et conservatrices.

La Russie bannit ainsi la méthadone, substitut à l'héroïne qui s'administre par voie orale et qui pour nombre de spécialistes internationaux réduit le risque de contamination du VIH chez les personnes vulnérables.

Sous l'influence de la puissante Eglise orthodoxe, les campagnes en faveur du port du préservatif et l'éducation sexuelle à destination des jeunes n'ont plus le vent en poupe, remplacés par des appels à l'abstinence. Par conséquent, le VIH touche de manière croissante les femmes hétérosexuelles.

Selon Vadim Pokrovski, sur un budget annuel de 21 milliards de roubles (330 millions d'euros) consacré à la lutte contre le sida, seuls 400 millions de roubles (6,3 millions d'euros) servent à informer sur la maladie.

Du côté des personnes infectées, si obtenir des antirétroviraux combattant le virus n'est pas un problème, on souligne que la connaissance du virus reste très faible et que le sujet est tabou pour nombre de Russes. "Je comprends ces gens: il n'y a pas d'information, ils ont peur et sont sur la défensive", reconnaît Alexandre Savitski, séropositif depuis 1999 et aujourd'hui à la tête de l'organisation Pays en bonne santé.

Devant la pharmacie de Moscou où Maxime Malychev distribue des seringues, un jeune toxicomane, Dima, en prend plusieurs. "C'est pour ne pas être contaminé", explique cet homme de 33 ans, t-shirt jaune et casquette sur la tête. "Parfois, les gens utilisent des seringues usagées qu'ils trouvent dans des cages d'escalier, c'est la réalité".

Les volontaires reconnaissent être totalement dépassés par l'ampleur des besoins et regrettent que le gouvernement ne le aide pas. "C'est triste, très triste", soupire Assia Sosnina. "Surtout quand on voit les gens qu'on connaît qui commencent à en mourir".

>> Russia’s top Aids expert has lambasted the Kremlin’s increasingly conservative agenda, saying the HIV-Aids epidemic is worsening and at least two million Russians are likely to be infected in about five years.

Vadim Pokrovsky, head of the country’s state Aids centre, said the Kremlin’s policies promoting traditional family values had failed to halt the spread of the deadly virus.

“The last five years of the conservative approach have led to the doubling of the number of HIV-infected people,” he told Agence France-Presse.

“It has not justified itself,” Pokrovsky said, noting that the official number of Russians with HIV has grown to some 930,000 people from around 500,000 in 2010.

President Vladimir Putin, who enjoys unstinting support from the Russian Orthodox church, has over the past years been promoting increasingly conservative values in a bid to rally support from his core constituents of middle-aged Russians and blue-collar workers.

The last five years of the conservative approach have led to the doubling of HIV-infected people :

Pokrovsky said that some 90,000 people contracted HIV in Russia last year, compared with fewer than 3,000 people in Germany, which has one of the lowest rates of HIV infection in Europe.

He chalked up Germany’s success in fighting Aids to drug replacement therapy for addicts – banned in Russia – as well as the legalisation of prostitution and sex education in schools.

“Children are taught to use condoms there,” Pokrovsky said, indicating that was hardly imaginable in modern Russia where the Orthodox church is growing increasingly influential.

Russia has registered more than 930,000 people with HIV, of whom some 192,000 have already died, said Pokrovsky.

Pokrovsky said he expected those numbers to rise to about one million people by the end of the year or early 2016 as the virus increasingly affects the heterosexual population.

He estimated that there would be about two million people registered as HIV carriers and about three million Russians with HIV in total in about four to five years unless tough measures are taken to halt the spread of the virus.

“This means that the measures being taken now are ineffective,” Pokrovsky said, noting that even if the government takes drastic measures to curb the epidemic now the HIV rate would still be rising for the next two to three years “by inertia”.

This year the government plans to spend 21bn rubles (US$418m) to fight the disease, up from 18bn rubles a year earlier.

Pokrovsky said that the lion’s share of that amount is spent on antiretroviral therapy, stressing that authorities are not paying enough attention to preventive measures including education.

He said the Russian health ministry did not have a single expert in charge of HIV prevention.

“This is an infection that affects people aged 25-35,” Pokrovsky said. “They die when they are around 35. And they could have worked for a long time.”

“It’s a serious cause of death for Russians, young Russians,” he added.

More than 60 per cent of those affected are believed to have used drugs at least once.

But Pokrovsky said that heterosexual intercourse appears to be the most common route of HIV transmission in Russia, drawing parallels with Africa, the epicentre of the HIV-Aids epidemic.

Nationwide adult HIV prevalence is around 1.0 per cent in Russia. Some of the worst affected locales include the Volga city of Tolyatti with a whopping 3.0 per cent prevalence, and the Irkutsk region in Siberia with 1.5 per cent, Pokrovsky said.

Since the start of the worldwide epidemic, about 78 million people have been infected by the human immunodeficiency virus (HIV), which can destroy immune cells and leaves the body exposed to tuberculosis, pneumonia and other opportunistic diseases.

Thirty-nine million people have died, according to UN estimates.

Antiretroviral drugs, invented in the mid-1990s, can treat infection, but cannot cure it or prevent it.

AFP