L’arrestation du journaliste turc Yıldız Tar, rédacteur en chef de Kaos GL, média de référence consacré aux droits des personnes LGBTQIA+ en Turquie, suscite de nouvelles inquiétudes sur la liberté de la presse et la situation des défenseurs des droits LGBTQ+ dans le pays.
Interpellé le 23 juin à Ankara, lors d’une opération policière menée à l’aube, Yıldız Tar a été placé en détention provisoire le 25 juin. Il est poursuivi pour « appartenance à une organisation terroriste », une accusation qu’il rejette fermement.
Selon les éléments rendus publics concernant son interrogatoire, les enquêteurs ne l’auraient pas interrogé sur d’éventuels actes violents ou activités liées au terrorisme, mais principalement sur ses activités journalistiques et ses publications, notamment le partage d’un entretien critiquant la politique gouvernementale de « l’Année de la famille » (« Year of the Family »).
Lancée en 2025 par les autorités turques, cette initiative promeut une conception traditionnelle de la famille et s’inscrit dans un contexte marqué par une rhétorique politique de plus en plus hostile envers les personnes LGBTQIA+ et les organisations qui défendent leurs droits.
Dans sa déclaration de défense, Yıldız Tar a rappelé que Kaos GL est une organisation légalement enregistrée et un média reconnu en Turquie. Il a affirmé que ses publications relevaient pleinement de son travail journalistique et de son droit à participer au débat public.
« Je pratique le journalisme pour défendre les droits fondamentaux et les libertés de la communauté LGBTQ+ et lutter contre les préjugés », a déclaré Yıldız Tar, rejetant toute accusation de propagande ou d’incitation à la violence.
Une nouvelle affaire visant un journaliste enquêtant sur les droits LGBTQIA+
Le journaliste de T24 Can Öztürk fait également l’objet d’une procédure judiciaire après la publication d’une enquête consacrée à des accusations de harcèlement et d’abus dans le cadre de pratiques présentées comme des « thérapies de conversion » visant des jeunes LGBTQIA+.
À la suite d’une plainte déposée par le professeur mis en cause dans son article, Can Öztürk est poursuivi pour « diffusion publique d’informations trompeuses » et « diffamation ». Son enquête reposait notamment sur des témoignages de jeunes affirmant avoir subi des violences lors de ces séances, ainsi que sur les réponses apportées par la personne concernée.
Rappelons que ces pratiques dites de « conversion », qui visent à modifier soi-disant l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, sont dénoncées par de nombreuses organisations médicales et internationales comme « dépourvues de fondement scientifique et susceptibles de provoquer de graves dommages psychologiques ».
Une mobilisation internationale face aux atteintes aux libertés
Plusieurs organisations internationales de défense de la liberté de la presse et des droits humains ont exprimé leur inquiétude face à ces procédures et, plus largement, face aux pressions exercées ces dernières années contre des journalistes, militants et organisations de la société civile en Turquie.
La liberté de défendre les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et des minorités sexuelles et de genre ne saurait être assimilée à une activité criminelle. Les journalistes qui enquêtent sur les discriminations et les violences, comme les associations qui accompagnent les personnes victimes d’atteintes à leurs droits, doivent pouvoir exercer leur mission sans intimidation ni poursuites fondées sur leurs opinions ou leur travail.
La libération de Yıldız Tar et le respect de ses droits fondamentaux doivent être garantis, dans l’attente d’un examen équitable de son dossier par la justice.
Partout dans le monde, lorsque les journalistes et les défenseurs des droits LGBTQIA+ sont réduits au silence ou menacés pour avoir documenté des discriminations et des violences, ce sont les libertés publiques dans leur ensemble qui se trouvent fragilisées.
Il est possible d’agir concrètement pour soutenir ces journalistes. Relayer leur situation sur les réseaux sociaux contribue à briser l’isolement et à renforcer la vigilance internationale. Il est également possible d’interpeller ses représentants politiques, notamment les députés et les eurodéputés, afin qu’ils prennent position en faveur de la liberté de la presse et des droits fondamentaux en Turquie. Enfin, soutenir des organisations comme Reporters sans frontières, Amnesty International ou Kaos GL, par des dons ou en relayant leurs campagnes, permet d’appuyer concrètement celles et ceux qui défendent les journalistes et les droits LGBTQIA+. Vous pouvez également soutenir STOP homophobie.















