Saint-Étienne : Des affiches homophobes placardées sur les murs de la ville

Saint-Étienne : Des affiches homophobes placardées sur les murs de la ville

>> Un affichage sauvage principalement effectué autour du quartier du Zénith stéphanois. Sur ces affiches, un singe tirant la langue et ce texte : “Leur mariage pour tous… et pourquoi pas pour lui tant qu’on y est.”

“Un message inquiétant qui porte atteinte à la dignité humaine”. C’est la première réaction de Philippe Chastel, le directeur du festival de cinéma stéphanois Autrement Gay. Il s’interroge.

D’abord pourquoi de telles affiches fleurissent aujourd’hui en octobre 2014, près d’un an et demi après l’adoption de la loi du mariage pour tous. Et puis surtout, quel groupuscule a bien pu les coller.

Cette affichage sauvage n’est pas véritablement signé, même si, sur certains panneaux, ces affiches homophobes ont été placardées juste au dessous d’autres affiches. Cette fois-ci un message identitaire inscrit autour d’une croix celtique, croix associée aux mouvances néo-fascistes.

C’est ce qui fait dire au directeur du Festival Autrement Gay que cette affichage est l’oeuvre d’un petit groupe, pas directement lié au mouvement de la Manif’ pour tous : “La manif pour tous? On a rencontré des gens qui sont dans un échange, qui utilise la parole même si on n’est pas d’accord. Là, quand on pose ces affiches il n’y a pas d’échange possible. On est dans des groupes extrêmes.”

Même réaction inquiète et indignée du président de l’association Face à Face qui défend les droits des homosexuels. “Cette affiche je l’avais déjà vue à Paris et je pensais qu’à Saint-Etienne on serait épargnés”, explique Antoine Blanchard avant de préciser : ” ça reste de petits groupuscules très minoritaires qui profitent de cette fenêtre médiatique.” Il a d’ailleurs hésité avant de commenter ces affiches, “histoire de ne pas leur donner plus d’importance qu’ils n’en ont”.

De possibles poursuites judiciaires ?

Ce mardi les affiches avaient (quasi) toutes été retirées ou recouvertes. D’abord par quelques passants, confie Cyril. Sa société colle des affiches pour le compte des salles de spectacle de la ville. ” Mardi matin lors de ma tournée, je suis tombé sur ces affiches choquantes. Je me suis empressé de les recouvrir, même si je ne fais pas de politique. Mais avant moi des gens les avaient déchirées, ce genre de message ne reste jamais longtemps.”
Et celles que Cyril n’a pas recouvertes, la mairie s’en est chargé. D’ailleurs, elle affirme intervenir en moins de 24 heures dans ce genre de cas, “dès qu’on nous prévient”.

La réactivité des services municipaux et du colleur d’affiches culturelles ont eu un inconvénient dans cette affaire. La police, qui n’avait pas été prévenue, va avoir le plus grand mal à réunir des preuves maintenant que les affiches en question ont été détruites. Pourtant selon le procureur de la République, à qui nous avons transmis la photo de l’affiche, “elle tombe sous le coup de la loi sur la presse. C’est un délit de provocation à la discrimination à l’égard d’un groupe de personne en raison de son orientation sexuelle.” Délit qui peut valoir jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Pour l’instant le procureur de la République de Saint-Étienne se reserve le droit d’ouvrir une enquête.

par Paul Ferrier
francebleu.fr