Retour sur un court-métrage : « Pourquoi mon fils ? » ou l'éternel appréhension du « coming out »

Retour sur un court-métrage : « Pourquoi mon fils ? » ou l'éternel appréhension du « coming out »

Lucas Morales est un jeune comédien/réalisateur de 19 ans, qui a déjà signé plusieurs court-métrages, dont « Pourquoi mon fils ? », sur le thème du coming out, sélectionné notamment en mai 2015 au Short Film Corner du festival de Cannes, et que le jeune homme a choisi de diffuser gratuitement sur Internet depuis le 27 novembre dernier.

>> C’est le moment venu pour Thomas et Louis d’annoncer à leurs parents leur liaison. Si pour Louis tout semble aller pour le mieux, en revanche pour le père de Thomas, Hervé, rien ne va plus. Il entre dans un état de rage incontrôlable, mais jusqu’où est-il prêt à aller face à cette révélation ?

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« J’avais envie de faire un film sur l’homosexualité et j’ai imaginé la réaction d’un père face au coming out de son fils. J’ai des amis qui continuent de vivre dans la peur du rejet ou de la discrimination et je voulais les soutenir en leur donnant un peu d’espoir, malgré toutes les affres de la vie », nous confie Lucas. « C’est la première fois que j’abordais la thématique et j’ai essayé de rester le plus sincère, le plus juste, en évitant de tomber dans les clichés, même si j’ai constaté que c’est bien souvent les mêmes types de situations qui malheureusement se répètent. J’ai bien conscience que dévoiler son orientation sexuelle est risqué chez certaines personnes encore aujourd’hui. J’ai d’ailleurs eu l’opportunité de rencontrer lors des différentes projections, des militants associatifs, j’ai entendu des témoignages éprouvants, et notamment des jeunes du Refuge, à qui je dédie ce film. Mais, je pense aussi que l’invisibilité est un obstacle pour changer l’opinion publique. »

Jouer et réaliser, tout en dirigeant d’autres comédiens, comme notamment Yann Babilèe, qui incarne votre père dans le film et que l’on a pu voir récemment dans la série La loi d’Alexandre, « Comme des frères », aux côtés de Gérard Jugnot, c’était pas un peu impressionnant ?

« Disons que c’était très enrichissant et une opportunité formidable. Mais c’est un grand acteur et donc plutôt motivant de lui donner aussi la réplique. Nous avons tourné des scènes très intenses. Je pense notamment à celle de la gifle qu’il me balance dans la cuisine. Et je vous assure qu’il n’a pas fait semblant. J’aime aussi les émotions qu’il dégage quand nous sommes sur la colline, avec la caméra qui tourne sans cesse autour de nous, perdus dans les pensées. »

Il y a comme une sorte de malaise à la Xavier Dolan…

« C’est un de mes réalisateurs préférés. J’ai énormément d’admiration, quel talent ! Je trouve qu’il a une maitrise parfaite de l’image et des émotions qu’il veut transmettre aux spectateurs. C’est un exemple mais ce n’est pas pour autant que je ferais la même chose… »

C’est ton 17eme court-métrage et le premier sur l’homosexualité… Pour le prochain ?

« Sans doute également le dernier. Je pense avoir exprimé mes sentiments sur ce registre. Je ne vais pas m’approprier le « genre ». Et puis, il faut savoir se renouveler. J’ai encore de nouvelles choses à découvrir et à raconter. Je me lance d’ailleurs dans l’aventure d’une comédie qui s’intitulera « Les mamies se font la malle », sur le quotidien de quatre grands-mères qui montent un plan d’évasion pour « se tirer d’une maison de retraite ». Si tout va bien, le tournage devrait démarrer dans quelques mois. Je suis à la fois excité et très nerveux. Réaliser un premier long-métrage demande une certaine maitrise. Ça passe ou ça casse comme on dit. Et vu l’investissement, je travaille d’arrache-pied. Je ne tiens pas non plus à décevoir les personnes qui me soutiennent. »

Un message pour conclure ?

« J’ai bien conscience là encore que ce ne sera certainement pas un court-métrage qui pourra miraculeusement, changer les mentalités. Mais j’espère vivement que « Pourquoi mon fils ? » apportera un peu de réconfort à tous les jeunes LGBT qui se sentent isolés et qui ont été dans une mauvaise passe et d’autres qui n’osent pas s’affranchir pour vivre leur sexualité en toute liberté. C’est difficile d’en parler mais si vous êtes prêts et avez besoin de le faire, n’oubliez pas non plus que la vie continue et qu’il y aura toujours des personnes autour de vous qui seront là pour vous soutenir. Soyez toutefois prévoyants et dites-vous bien que l’amour triomphe toujours si on le désire réellement ! »

Propos recueillis pas Terrence Katchadourian
stophomophobie.org