Procès en appel de Christine Boutin : « C'est une femme politique, elle a conscience de la portée des mots ! »

Procès en appel de Christine Boutin : « C'est une femme politique, elle a conscience de la portée des mots ! »

Mme Boutin « n'a pas dit ce qu'elle a dit » et on lui prête des intentions malhonnêtes. Elle ne déteste pas les gays. D'ailleurs l'un de ses compagnons de campagne, chargé de sa communication, est justement « homosexuel » et les associations LGBT sont bien mal venues à parler « d'incitation à la haine lorsqu'il s'agit de sa liberté d'expression ». Si on ne peut plus porter de jugement moral sur l'homosexualité, « autant retirer des étagères la nouvelle édition de la Bible », a expliqué l'avocat de Christine Boutin qui devait comparaître ce mercredi devant la 7e chambre de la cour d’appel de Paris.

Condamnée en décembre 2015 par le tribunal correctionnel à 5 000 euros d’amende pour « provocation publique à la violence » pour avoir dit que « l’homosexualité est une abomination », l’ex-présidente du Parti chrétien démocrate (PCD) n'aura finalement pas assisté à l'audience. Mais après avoir contesté la recevabilité de deux des associations constituées parties civiles, son avocat a de nouveau plaidé la relaxe : « Si Mme Boutin estime que l'homosexualité n'est pas une bonne chose, elle a le droit de le dire ! »

« Alors qu'elle l'assume ! », a poursuivi l'avocate de l'interassociative Me Karine Geronimi, « parce que la parole d'un ancien ministre est entendue et devient vérité ».

Pour preuve, une attestation adressée au Procureur en soutien à Madame Boutin, qui suggère l'ouverture des «  fours » pour les homosexuels. C'est une des répercussions de ses exhortations. Elle l'avait d'ailleurs reconnu en première instance : « Je sais que mes propos seront mal interprétés. » Alors, « on s'abstient ! », insiste encore Me Geronimi. Et on évite de dire qu'on ne voulait pas nuire aux homosexuels « lorsqu'on se bat contre leurs droits depuis 1999 et le pacs. »

Mme Boutin a en effet axé sa défense sur le fait qu'elle s'inspire de la Bible et condamne l'acte mais pas les personnes. C'est pourtant « rarement les hétérosexuels qui la pratiquent », ironise Me Geronimi, qui rappelle que l'homosexualité n'est pas un choix mais un « état » : « On découvre son homosexualité et on choisit de l'assumer ou pas. En s'efforçant de faire comprendre aux autres que ce que l'on est, est la normalité... Et ce n'est pas parce que la Bible dit que c'est une abomination que c'est vrai. Mme Boutin aura sans doute oublié que la justice est rendue ici au nom du peuple et non de Dieu. »

Mais peu importe ce qu'elle pense vraiment, ce sont ses affirmations qui posent des difficultés. Christine Boutin élude le meilleur de la Bible en se justifiant du Lévitique, « qui en tire pourtant des conséquences gravissimes, puisque la condamnation conduit à la mort », dénonçait déjà Me Charles Bernier, l'avocat du Refuge. Elle en avait bien conscience et « ces mots de la bouche d'une ancienne ministre de la République est quelque chose de choquant ! » Un représentant de l'état est censé assurer la protection de tous les citoyens. Et les provocations de Mme Boutin sont « extrêmement significatives ». Même si plus subtil que des coups physiques, « c'est d'une violence inimaginable. » Surtout lorsqu'on est jeune et en pleine construction de son identité, ajoute t-il. « Avec ce genre de propos vous confortez les gens dans leurs certitudes. Mais être homosexuel n'est pas abominable : c'est être avocat, magistrat... »

Une sollicitation explicite « à la haine de soi », soutient également Me Etienne Deshoulières, qui plaidait pour l'association Mousse : « les discours homophobes ont une influence directe sur la santé des homosexuels. » Mme Boutin assure ne pas viser la communauté, mais « lorsque le comportement est inhérent à l'appartenance du groupe, la critique du comportement est une critique du groupe ». Il regrette lui aussi, avec témoignages de victimes à l'appui, les ravages des propos de l'accusée au sein des foyers notamment catholiques, et insiste : « il est grand temps de dire que les chrétiens peuvent vivre librement leur homosexualité et les homos leur spiritualité, et que ce n'est pas une abomination ».

Suivant les plaidoiries, la procureure a requis la confirmation de la condamnation de première instance, invitant Mme Boutin à assumer ses déclarations. « C'est une femme politique, elle a conscience de la portée des mots qu’elle prononce. Ses propos et réponses aux questions lors de la première audience sont lourds de sens. Je me suis demandée à quelle date ils avaient pu être proférés ?! L'abomination n’est pas une notion abstraite comme l’entend la défense. C'est d'une violence incroyable. Elle compare en outre l'homosexualité à un "concept", un "péché de gourmandise", en référence biblique... Des arguments qui ne sauraient être acceptés », a conclu la magistrate.

Verdict au 2 novembre prochain.

Terrence Katchadourian
Stophomophobie.org

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