Homosexuels en Tchétchénie : Un « rescapé » russe témoigne à visage découvert des violences policières

Si des victimes ont déjà parlé à des médias sous couvert d'anonymat ou après avoir fui la Russie, Maxime Lapounov est « le premier » à s'exprimer publiquement et à déposer une plainte depuis les révélations du journal indépendant russe, « Novaïa Gazeta », sur les persécutions subies par les personnes LGBT en Tchétchénie.

« L'accusation principale contre moi était d'être homosexuel », a-t-il assuré, ce lundi 16 octobre, lors d'une conférence de presse dans les locaux du quotidien.

Originaire d'Omsk, en Sibérie, le militant de 30 ans dit avoir travaillé en Tchétchénie depuis 2015, notamment en tant que vendeur, près d'un centre commercial à Grozny, la capitale tchétchène, et affirme avoir été arrêté le 16 mars dernier par des personnes en civil et emmené vers un poste de police où il a passé 12 jours dans une cellule.

« Toutes les 10 ou 15 minutes, ils (policiers, ndlr) venaient dans ma cellule en me disant que j'étais gay et qu'il fallait tuer des gens comme moi », a-t-il expliqué, évoquant de longues séances de tortures, les coups de bâtons « sur les jambes, les cuisses, les fesses et le dos ». Il se souvient aussi des « cris », entendus quotidiennement, et « les demandes de grâce », des autres détenus.

Il a précisé avoir en outre été « contraint de laisser ses empreintes sur une arme et admettre dans une vidéo qu'il était gay », avant d'être libéré le 28 mars et de quitter la Tchétchénie. « La seule chose que je souhaite maintenant, c'est que justice soit faite ! »

Il n'y avait jusque-là « aucune plainte officielle » selon les enquêteurs russes.

La déléguée des droits de l’Homme auprès du Kremlin, Tatiana Moskalkova, qui avait, en mai 2017, qualifié ces exactions de « rumeurs », a finalement annoncé avoir reçu cette première plainte et l'avoir remise au Comité d'enquête russe, chargé des principales investigations dans le pays, rapporte l'AFP.

Le président tchétchène avait maintes fois démenti ces accusations, s'indignant que l'on puisse imaginer qu'il y ait des homosexuels dans sa République, « pas ce genre de personnes ici », avait-il lancé, suggérant autrement une épuration.

Trois associations LGBT françaises, Mousse, le Comité Idaho France et STOP homophobie, ont déposé plainte pour « génocide », le 16 mai dernier, devant la Cour pénale internationale. La procédure pourrait mener, à terme, à une peine de prison pour le président Ramzan Kadyrov.

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