Don de sang des gays : Cinq associations LGBT demandent l’abrogation de l’arrêté fixant les critères de sélection

Alors que l'Etablissement français du sang a lancé une « campagne d'urgence » le 9 janvier 2017, l'arrêté du 5 avril 2016 impose encore une abstinence sexuelle de 12 mois pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes souhaitant donner leur sang.

Cette interdiction revient dans les faits à exclure 93,8% d’entre eux du don du sang [1].

L'essentiel est et reste la sécurité des receveurs de dons du sang. Cependant, une sanction de 12 mois pour les gays, au lieu de 4 pour les hétérosexuels, n'a aucune incidence sur les risques de contamination. Les tests actuels permettent en effet de dépister avec certitude le VIH dans le sang des donneurs, à moins que ceux-ci n'aient été infectés depuis moins de 12 jours [2], durée de la « fenêtre silencieuse », période pendant laquelle le virus n'est pas détectable.

Ce délai peut justifier une exclusion temporaire du don du sang, mais elle doit être proportionnée. Or, sa durée est aujourd’hui en France 10 fois supérieure à la celle de la fenêtre silencieuse pour les hommes hétérosexuels et 30 fois supérieure pour les hommes homosexuels.

Selon Me Etienne Deshoulières, avocat des associations, « cette distinction n'est fondée sur aucune justification médicale ou épidémiologique. Il s'agit d'une discrimination pure et simple opérée en raison de l'orientation sexuelle, qui tend à stigmatiser les rapports sexuels entre hommes et à faire des gays des citoyens de seconde zone ».

De nombreux donneurs ne courant aucun risque de contamination par des maladies sexuellement transmissibles sont ainsi empêchés de participer à cette action citoyenne et altruiste. C'est pourquoi, les associations Mousse, Sida Info Service, Comité Idaho France, Elus locaux contre le SIDA et Stop Homophobie demandons à la Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, d'abroger l'arrêté du 5 avril 2016 sur le don du sang. A défaut, nous engagerons un recours devant le Conseil d'Etat pour le faire annuler.

[1] Annie VELTER et Alice BOUYSSOU-MICHEL, « Relations stables et comportements sexuels à risques : enquête Anrs presse gay 2004 », in Sexualité, relations et prévention chez les homosexuels masculins : un nouveau rapport au risque, Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales, 2007

[2] « Surveillance épidémiologique des donneurs de sang et risque résiduel de transmission du VIH, de l’HTLV, du VHC et du VHB par transfusion en France entre 2008 et 2010 », J. Pillonel, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2012

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