Turquie : au moins 50 militants LGBT+ interpellés au nom de la « protection de la famille »

La police turque a mené ce dimanche 13 septembre une vaste série de perquisitions et d’arrestations visant des militants et des organisations LGBT+. Au moins 50 personnes ont été interpellées selon l’association Kaos GL, tandis que les autorités ont confirmé 26 arrestations à Istanbul. L’opération est menée au nom de la « protection de la famille » et intervient après le blocage de nombreux comptes LGBT+ sur les réseaux sociaux.

Les opérations ont commencé dans la nuit de samedi à dimanche, simultanément dans plusieurs grandes villes turques, notamment Istanbul, Ankara, Izmir, Aydın et Mersin. Baptisées « Ailem Güvende » (« Ma famille est en sécurité »), elles ont été présentées par le gouvernement comme destinées à protéger « les enfants, l’institution familiale et l’ordre social ».

Le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, a annoncé que des procédures judiciaires avaient été engagées contre 162 personnes, neuf associations et 13 entreprises dans 15 provinces.

Plus de dix membres de Kaos GL arrêtés chez eux

L’une des organisations directement visées est Kaos GL, figure historique de la défense des droits des personnes LGBT+ en Turquie.

L’association confirme l’arrestation de plus d’une dizaine de ses membres à leur domicile. Ses bureaux ont également été fouillés. Kaos GL indique faire notamment l’objet d’une enquête pour « obscénité ».

L’organisation affirme par ailleurs qu’au moins 50 militants LGBT+ ont été interpellés ou sont concernés par des procédures judiciaires dans le cadre de cette vague d’interventions. Ce bilan diffère de celui communiqué par les autorités, qui font état de 26 interpellations à Istanbul.

Les enquêteurs turcs évoquent par ailleurs des soupçons de prostitution, de mise à disposition de lieux à cette fin, de diffusion de contenus considérés comme obscènes et d’exposition de mineurs à ces contenus. Les autorités affirment également examiner les financements étrangers de certaines structures, des organisations pourtant engagées de longue date dans la défense des libertés et des droits humains.

La « famille » au cœur du discours d’Erdoğan

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan assume depuis plusieurs années une politique conservatrice fondée sur la défense de la famille traditionnelle et la lutte contre le déclin démographique.

L’exécutif a fait de 2026-2035 la « Décennie de la famille et de la population », alors que la Turquie connaît une baisse importante de sa natalité. Le président turc présente régulièrement les personnes LGBT+ comme une menace pour les valeurs familiales et sociales.

Le ministre de la Justice a ainsi justifié les opérations par la volonté de protéger « nos enfants, l’institution familiale et l’ordre social ».

Derrière ce discours, les conséquences sont très concrètes pour la société civile : organisations perquisitionnées, militants arrêtés, rassemblements interdits et espaces d’expression progressivement réduits.

Des comptes LGBT+ bloqués avant les arrestations

La nouvelle vague d’interpellations intervient après une offensive sur Internet.

Samedi 12 septembre, l’accès à plusieurs comptes appartenant à Kaos GL, à d’autres organisations, à des militants et à des défenseurs des droits humains a été bloqué en Turquie. Plusieurs sites et comptes sur les réseaux sociaux ont également été visés.

La chronologie interpelle : blocage des moyens d’expression en ligne, puis perquisitions et arrestations. Pour les défenseurs des droits LGBT+, ces mesures témoignent d’une volonté croissante de réduire au silence les organisations qui documentent les discriminations et accompagnent les personnes concernées.

Une répression qui perdure

Si les relations homosexuelles entre adultes ne sont pas interdites par le droit turc, les libertés des personnes LGBT+ sont fortement limitées dans les faits.

La Pride d’Istanbul est interdite depuis 2015. Les autorités empêchent régulièrement les rassemblements et procèdent à des arrestations lorsque des participants tentent malgré tout de défiler.

En juin 2026, au moins 50 personnes avaient été interpellées lors de la Pride d’Istanbul organisée malgré l’interdiction. Début juillet, une croisière transportant quelque 2 000 passagers LGBT+ avait également été empêchée d’accoster à Kuşadasi.

Ces épisodes s’ajoutent aux pressions exercées sur les médias, les associations et les défenseurs des droits humains.

STOP homophobie condamne les arrestations

STOP homophobie dénonce ces arrestations et les perquisitions visant des organisations LGBT+ en Turquie.

Invoquer la protection de la famille ou des enfants ne peut justifier que des militants soient arrêtés à leur domicile, que des organisations soient perquisitionnées ou que leur liberté d’expression soit entravée.

La lutte contre les personnes LGBT+ ne protège ni les enfants ni les familles. Elle nourrit la stigmatisation, les discriminations et les violences. Les droits LGBT+ sont des droits humains et doivent être protégés partout, y compris lorsque des gouvernements cherchent à les remettre en cause au nom de la famille ou de la démographie.

Nous exprimons notre solidarité avec les personnes interpellées et avec les organisations turques qui poursuivent leur travail malgré ces pressions.

En Turquie comme ailleurs, défendre les droits des personnes LGBT+ ne menace pas la famille. C’est la répression qui menace les libertés.