Texas : un juge fédéral invalide à nouveau la loi visant les spectacles de drag

La justice américaine a une nouvelle fois bloqué une loi texane qui restreint certains spectacles considérés comme « sexuellement orientés ». Pour le juge, le texte est trop vague et trop large et porte atteinte à la liberté d’expression garantie par la Constitution. Une décision qui intervient après plusieurs années de bataille judiciaire et dans un contexte de multiplication des restrictions visant les personnes LGBTQIA+ aux États-Unis.

Le 25 août 2026, le juge fédéral David Hittner a une nouvelle fois bloqué la Senate Bill 12 (SB 12), estimant qu’elle porte atteinte à la liberté d’expression garantie par le Premier Amendement de la Constitution américaine.

Le texte permettait notamment de sanctionner des établissements accueillant certaines performances en présence de mineurs. Les entreprises pouvaient être condamnées à des amendes allant jusqu’à 10.000 dollars, tandis que les artistes risquaient jusqu’à un an de prison.

Bien que la version définitive de la loi ne mentionne pas explicitement les spectacles de drag, ceux-ci étaient au cœur du débat lors de son adoption. Le juge estime surtout que le texte est trop vague et trop large : ses dispositions pourraient, selon lui, concerner aussi des spectacles de théâtre, de danse, de cheerleading ou d’autres formes de divertissement.

David Hittner avait déjà invalidé la loi en 2023. Mais après plusieurs recours, une cour d’appel fédérale avait permis son entrée en vigueur en mars 2026 et demandé au juge de réexaminer le dossier. Il vient donc de confirmer son opposition au texte après ce nouvel examen.

Dans sa décision, le magistrat répond également à celles et ceux qui considèrent ces spectacles offensants : « La solution est relativement simple… n’y allez pas. » Une manière de rappeler que le fait de désapprouver une expression artistique ne suffit pas, en principe, à justifier son interdiction.

Dolly Parton, une référence pour illustrer les dérives de la loi

Le juge cite notamment Dolly Parton, décédée le même jour à l’âge de 80 ans, pour illustrer les conséquences possibles d’une définition trop large de ce qui pourrait être considéré comme une performance « érotique ».

Mais Dolly Parton n’est pas le seul exemple cité par le magistrat. David Hittner évoque également Elvis Presley et Miley Cyrus, dont certaines performances ont, elles aussi, suscité des réactions indignées en raison de leur dimension sexuelle. Il rappelle notamment les critiques adressées aux mouvements de hanches d’Elvis, à l’image de Dolly Parton comme « sex-symbol voluptueux » en raison de ses cheveux, de ses vêtements flamboyants et de sa poitrine, ainsi que la polémique provoquée par le « twerk » de Miley Cyrus lors des MTV Video Music Awards en 2013.

Pour le juge, ces exemples illustrent un problème central de la SB 12 : des éléments considérés comme « érotiques » sont présents dans d’innombrables performances populaires. Avec des critères aussi larges, des spectacles très éloignés du drag pourraient donc eux aussi exposer leurs artistes ou leurs organisateurs à des sanctions civiles ou pénales.

La référence à Dolly Parton prend une dimension particulière alors qu’elle était depuis longtemps considérée comme une alliée de la communauté LGBTQIA+. L’icône de la country américaine avait notamment exprimé son soutien au mariage entre personnes de même sexe et défendu à plusieurs reprises l’égalité des droits. Son parc d’attractions, Dollywood, s’est également construit une réputation d’espace accueillant pour les personnes LGBTQIA+.

En citant Dolly Parton, Elvis Presley et Miley Cyrus, le juge met donc en évidence le paradoxe d’une loi présentée comme destinée à protéger les enfants : des critères suffisamment larges pour viser les spectacles de drag pourraient également s’étendre à une multitude de performances de la culture populaire.

Une bataille qui dépasse le Texas

Plusieurs États conservateurs ont adopté ces dernières années des restrictions similaires, souvent au nom de la protection des enfants. Ces mesures sont dénoncées par les associations de défense des droits LGBTQIA+, qui y voient une stigmatisation des personnes queer et une restriction croissante de leur expression artistique et de leur présence dans l’espace public.

Le procureur général du Texas, Ken Paxton, a annoncé son intention de faire appel. La bataille judiciaire autour de la SB 12 est donc loin d’être terminée.