Dolly Parton nous a quittés ce mardi 25 août 2026, à Nashville, à l’âge de 80 ans. Sa famille a annoncé sa disparition, précisant qu’elle était morte paisiblement et qu’une cérémonie privée serait organisée conformément à ses dernières volontés.
Dans le message annonçant son décès, ses proches ont choisi trois mots pour résumer son héritage : amour, compassion et résilience. Trois mots qui font particulièrement écho à la place que l’artiste a occupée auprès de plusieurs générations de personnes LGBTQIA+.
Chanteuse, compositrice, actrice et productrice, Dolly Parton laisse derrière elle une carrière de près de sept décennies, plus de 100 millions de disques vendus et quelque 3 000 chansons, parmi lesquelles « Jolene », « 9 to 5 », « Coat of Many Colors » et l’éternel « I Will Always Love You », écrit en 1973 et devenu, dans la version interprétée par Whitney Houston pour le film The Bodyguard, l’un des plus grands succès de l’histoire de la musique.
Mais Dolly Parton était bien davantage qu’une légende de la country. Son personnage, immédiatement reconnaissable avec ses robes à paillettes, ses perruques extravagantes, son humour et son autodérision, a traversé les générations. Derrière cette image flamboyante se trouvait une artiste profondément attachée à ses origines, à sa foi chrétienne et à une conception très personnelle de la générosité.
Pour les publics LGBTQIA+, son héritage dépasse pourtant largement la musique. Sans jamais se présenter comme une militante au sens traditionnel du terme, Dolly Parton a multiplié pendant des décennies les prises de position en faveur de l’acceptation des personnes gays, lesbiennes et transgenres. Elle a également utilisé son œuvre et son influence pour donner une place à des récits LGBTQIA+.
Son parcours est d’autant plus singulier qu’elle n’a jamais renié sa foi chrétienne ni cherché à dissimuler ses convictions religieuses. Elle a au contraire régulièrement contesté l’idée que la religion puisse servir à juger ou à exclure les personnes LGBTQIA+.
« Family » : une famille dont personne n’est exclu
En 1991, Dolly Parton publie sur l’album Eagle When She Flies la chanson « Family ». Elle y évoque une famille composée de personnes aux parcours très différents, parmi lesquelles des personnes gays.
Le message est simple : les différences ne doivent pas conduire à l’exclusion et aucun membre de la famille ne doit être rejeté.
À une époque où les représentations des personnes homosexuelles restent rares dans la musique country grand public, cette chanson constitue l’une des premières manifestations explicites de son approche inclusive.
Une voix pour les personnes trans
En 2005, Parton écrit et interprète « Travelin’ Thru » pour Transamerica, film consacré au parcours d’une femme transgenre.
La chanson accompagne l’histoire du personnage principal et évoque notamment le cheminement personnel, l’incertitude et la nécessité de poursuivre sa route malgré le regard des autres. Elle vaut à Parton une nomination à l’Oscar de la meilleure chanson originale, puis une nomination aux Grammy Awards.
Le choix d’une artiste country aussi populaire était alors particulièrement significatif. Parton ne s’est pas contentée d’apporter son nom à la bande originale : elle a écrit une chanson spécifiquement pour cette histoire.
« Love is love » : son soutien au mariage pour tous.tes
Dolly Parton s’est également prononcée à plusieurs reprises en faveur du mariage entre personnes de même sexe, avant même que la Cour suprême des États-Unis ne légalise celui-ci dans l’ensemble du pays en 2015.
Elle défendait une conception très simple de l’égalité : les personnes doivent pouvoir aimer et se marier avec celle ou celui qu’elles ont choisi.
En Australie, alors que le pays débattait de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, elle résumait sa position par une formule devenue emblématique : « Love is love ».
À Dollywood, elle refuse qu’un couple lesbien soit discriminé
En 2011, une visiteuse de Dollywood’s Splash Country affirme avoir été invitée par un employé à retourner son T-shirt portant un message favorable au mariage pour tous.tes.
Dolly Parton intervient publiquement après la médiatisation de l’affaire. Elle présente ses excuses et rappelle son soutien personnel à la communauté gay et lesbienne. Elle insiste également sur le fait que Dollywood est un parc familial où toutes les familles sont les bienvenues.
L’épisode est important : Parton ne cherche pas à minimiser l’incident et ne se retranche pas derrière la responsabilité de l’employé. Elle prend publiquement ses distances avec la discrimination.
Une foi chrétienne qui ne justifie pas le rejet
Sa position est d’autant plus notable qu’elle s’appuie régulièrement sur sa propre foi.
En 2014, dans une interview accordée à Billboard, elle répond aux critiques de chrétiens qui lui reprochent son soutien aux personnes LGBTQ+. Son raisonnement est clair : personne ne devrait utiliser la religion pour condamner les autres. Elle explique alors qu’elle essaie « d’aimer tout le monde ».
Cette ligne ne changera pas au fil des années. Pour Parton, la foi ne donne pas aux individus le droit de décider qui mérite le respect ou l’amour.
Une alliée des personnes trans
En 2016, alors que la Caroline du Nord vient d’adopter une loi restreignant notamment l’accès des personnes transgenres aux toilettes publiques correspondant à leur identité de genre, Parton est interrogée sur le sujet.
Elle répond que tout le monde doit être traité avec respect et qu’elle espère que chacun puisse être « qui et ce qu’il est ». Elle ajoute, avec l’humour qui la caractérisait, qu’elle-même utiliserait simplement les toilettes dont elle avait besoin.
Parton avait choisi de maintenir ses concerts en Caroline du Nord alors que plusieurs artistes avaient décidé de les annuler pour protester contre la loi. Son choix ne signifiait pas qu’elle approuvait le texte : elle avait au contraire clairement exprimé son opposition à la stigmatisation des personnes trans.
La même année, après la tuerie du Pulse à Orlando, elle exprime également sa solidarité avec les personnes LGBTQ+ victimes de l’attaque.
Une relation assumée avec la culture drag
Dolly Parton entretenait par ailleurs une relation particulière avec la culture drag.
Elle racontait avoir participé incognito à un concours de sosies de Dolly Parton à West Hollywood, face à des drag-queens qui avaient reproduit son apparence. Elle n’avait pas remporté le concours.
L’anecdote résume assez bien son rapport à cette culture : loin de considérer les imitations comme une moquerie, elle les a souvent accueillies avec humour et affection.
Elle revendiquait également son immense popularité auprès du public gay. Dans une interview au New York Times en 2016, elle expliquait être fière de compter « une énorme communauté gay » parmi ses admirateurs.
« Two Doors Down » : donner une histoire aux familles LGBTQIA+
En 2019, Dolly Parton franchit une nouvelle étape avec Dolly Parton’s Heartstrings, série d’anthologie produite pour Netflix.
L’un des épisodes, « Two Doors Down », raconte notamment l’histoire d’un couple d’hommes confronté au rejet familial à l’occasion d’un mariage.
Parton assume cette représentation et explique vouloir montrer les situations que traversent toutes les familles, y compris lorsque certains de leurs membres sont gays.
L’épisode reçoit en 2020 un GLAAD Media Award, récompensant sa représentation LGBTQIA+.
Là encore, Dolly Parton utilise son influence autrement que par une déclaration : elle contribue à faire entrer une histoire queer dans une production destinée à un très large public.
En 2023, elle défend encore les personnes trans dans son Tennessee natal
La dernière partie de sa vie confirme cette continuité.
En 2023, alors que le Tennessee, son État natal, adopte plusieurs mesures visant les personnes transgenres, Parton est interrogée sur ces lois. Elle explique connaître et aimer des personnes trans, gays et lesbiennes parmi ses proches et ses employés.
Elle refuse de les juger et insiste sur la nécessité de les traiter avec respect et dignité.
Cette prise de position est particulièrement significative dans un État où les droits des personnes LGBTQIA+ font alors l’objet d’une offensive législative importante.
Une alliée, plutôt qu’une militante
Dolly Parton n’a jamais été une militante LGBTQIA+ au sens classique du terme. Elle n’a pas consacré sa carrière à l’activisme politique et s’est souvent tenue à distance des affrontements partisans.
Mais cette nuance ne doit pas conduire à minimiser la portée de ses prises de position.
Elle a défendu une même idée : les personnes LGBTQIA+ doivent pouvoir vivre sans être rejetées, humiliées ou condamnées au nom de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Elle l’a fait dans ses chansons, dans ses films, dans ses productions télévisuelles, dans ses prises de parole publiques et, parfois, en intervenant directement lorsque des personnes LGBTQIA+ étaient victimes de discrimination.
Cette constance a contribué à faire d’elle une figure particulièrement importante pour de nombreux publics LGBTQIA+, notamment dans le Sud des États-Unis, où elle est née et où elle a construit une partie considérable de son œuvre.
Une icône qui laisse une place à chacun
Dolly Parton disparaît à 80 ans, après une carrière exceptionnelle et une influence qui dépasse largement la musique country. Sa voix, ses chansons et son personnage flamboyant ont traversé plusieurs générations.
Mais son héritage est aussi celui d’une personnalité qui, sans abandonner ses convictions religieuses ni chercher à devenir une porte-parole politique, a refusé de faire de la différence un motif d’exclusion.
Pour les personnes LGBTQIA+ qui l’ont aimée et suivie, c’est peut-être l’un des aspects les plus précieux de son héritage.
Dolly Parton n’a jamais demandé aux autres de lui ressembler. Elle a défendu leur droit à être eux-mêmes.
We will always love you, Dolly.















