Cannes 2026 : « La Bola negra » ovationné, un film sur la mémoire LGBT espagnole

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, La Bola negra, réalisé par Javier Ambrossi et Javier Calvo, a été accueilli par une très longue ovation au Grand Théâtre Lumière (plus de 20mn selon les médias), confirmant l’intensité des réactions suscitées par l’œuvre.

Le film suit trois récits masculins situés à différentes périodes de l’histoire espagnole, en 1932, 1937 et 2017. Ces trajectoires entremêlées explorent les liens entre désir, mémoire et violence sociale, dans une Espagne traversée par ses fractures politiques et culturelles.

Au cœur du récit se trouve la figure de Federico García Lorca, poète majeur de la littérature espagnole, assassiné en 1936 durant la guerre civile. Son œuvre et son destin servent de point d’ancrage à une réflexion sur l’effacement des récits homosexuels dans l’histoire officielle et sur la manière dont certaines vies ont été rendues invisibles.

Un duo de réalisateurs ancrés dans les récits queer contemporains

Javier Ambrossi et Javier Calvo, connus sous le nom de « Los Javis », sont devenus des figures centrales de la création audiovisuelle espagnole contemporaine. Leurs séries Paquita Salas, Veneno et La Mesías ont contribué à renouveler la représentation des identités LGBT dans la fiction européenne, en donnant une place centrale à des récits longtemps marginalisés.

Avec La Bola negra, ils poursuivent ce travail de réappropriation narrative à travers une œuvre cinématographique ambitieuse, produite notamment par El Deseo, la société de Pedro Almodóvar.

Une fresque historique autour de l’invisibilisation des vies homosexuelles

Le film construit un récit à trois temporalités qui met en perspective les continuités de l’oppression et de la mémoire. Il explore la manière dont les vies homosexuelles ont été contraintes au silence, en particulier sous la dictature franquiste, et comment ces histoires continuent de résonner dans l’Espagne contemporaine.

La figure de Lorca traverse l’ensemble du film comme un symbole à la fois artistique et politique, incarnant une mémoire longtemps fragmentée et partiellement effacée des récits nationaux.

Un casting international

Le film réunit Penélope Cruz, Glenn Close, Miguel Bernardeau, Lola Dueñas et le musicien Guitarricadelafuente, qui signe ici ses débuts au cinéma. Cette distribution associe des figures reconnues du cinéma international et des artistes issus de la scène espagnole contemporaine.

Ce choix renforce la construction du film, qui suit plusieurs trajectoires entremêlées à travers le temps.

Une prise de parole marquante sur la Croisette

À l’issue de la projection, Javier Ambrossi a pris la parole dans la salle pour évoquer Federico García Lorca et rappeler les violences subies par les personnes homosexuelles au XXe siècle en Espagne. Il a également souligné la nécessité de défendre les droits LGBT face aux discours de recul observés dans plusieurs contextes internationaux.

Cette intervention a été largement relayée, prolongeant ainsi la portée politique du film.

Une œuvre centrée sur la mémoire et la visibilité LGBT

Au-delà de son accueil, La Bola negra s’inscrit dans une démarche de réinterrogation de l’histoire à travers les récits LGBT. Le film met en lumière des existences longtemps invisibilisées et interroge la manière dont les sociétés construisent, ou effacent, leurs propres mémoires.

Dans une édition 2026 marquée par plusieurs films abordant les questions d’identité et de transmission, l’œuvre de Javier Ambrossi et Javier Calvo s’impose comme l’une des propositions les plus commentées du festival, autant pour sa portée artistique que pour sa dimension mémorielle et politique.