Rainbow Map 2026 : l’Espagne en tête, une Europe des droits LGBTQIA+ profondément inégale

La nouvelle édition de la Rainbow Map publiée mardi 12 mai par ILGA-Europe confirme une forte fragmentation des droits LGBTQIA+ en Europe, entre des pays qui poursuivent des réformes rapides et d’autres où les avancées restent limitées ou inexistantes. Le classement porte toujours sur 49 États européens et repose sur l’analyse de leurs législations et politiques publiques en matière de droits des personnes LGBTQIA+.

L’Espagne en tête pour la première fois

Pour la première fois, l’Espagne arrive en tête du classement avec un score de 90 %. ILGA-Europe souligne la mise en œuvre de plusieurs engagements récents, notamment l’adoption de lois sur l’égalité LGBTQIA+ et les droits des personnes trans, la création de plans d’action gouvernementaux, ainsi que la mise en place d’une autorité indépendante dédiée à l’égalité de traitement. Elle met également en avant la dépathologisation des personnes trans dans le système de santé espagnol, considérée comme un marqueur important de cette progression.

Malte recule, l’Islande reste stable

Malte recule à la deuxième place avec un score de 88 %, surtout pour l’absence de nouvelles réformes structurantes. Le pays ne dispose toujours pas d’un cadre global de lutte contre les discriminations, malgré un projet de loi évoqué depuis plusieurs années. L’Islande conserve la troisième place avec 86 %, portée par le renouvellement de son plan national pour l’égalité et la mise en œuvre progressive de plusieurs mesures publiques, notamment dans la formation des agents de l’État.

Une Europe très contrastée

Le classement révèle donc une Europe marquée par de fortes disparités. En haut du classement, des pays comme l’Espagne, Malte, l’Islande, mais aussi la Belgique, le Danemark ou encore la Finlande, qui poursuivent des politiques de renforcement des droits LGBTQIA+. En fin de liste, la Russie, l’Azerbaïdjan et la Turquie. Plusieurs États membres de l’Union européenne, dont la Roumanie, la Bulgarie et la Pologne, restent également en bas du classement.

Des écarts importants dans les droits fondamentaux

Le rapport met en évidence des différences majeures. La protection contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre et les caractéristiques sexuelles reste incomplète dans de nombreux États, tandis qu’elle est considérée comme pleinement couverte dans quelques pays comme l’Espagne, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l’Islande, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine.

Le mariage entre personnes de même sexe est reconnu dans 22 pays, parmi lesquels l’Espagne, la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, le Portugal, la Norvège, la Finlande, l’Islande ou encore l’Autriche. À l’inverse, 18 États ne prévoient toujours aucun cadre légal pour les couples de même sexe, notamment la Bulgarie, la Roumanie, la Pologne, la Slovaquie ou encore la Hongrie.

Les pratiques de conversion ne sont interdites que dans une minorité de pays, dont la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Portugal et Malte. La reconnaissance juridique des personnes trans fondée sur l’autodétermination n’existe que dans une douzaine d’États, parmi lesquels l’Espagne, le Danemark, l’Islande, la Finlande, l’Irlande, le Luxembourg ou encore Malte.

Les droits des personnes intersexes restent également limités, avec seulement quelques pays ayant interdit les interventions médicales non consenties, dont l’Allemagne, la Grèce, l’Islande, Malte, le Portugal et l’Espagne.

Des trajectoires politiques déterminantes

ILGA-Europe souligne enfin que ces évolutions sont étroitement liées aux choix politiques nationaux. Les progrès les plus marqués interviennent dans les pays où des réformes sont engagées de manière continue, tandis que les avancées ralentissent ou stagnent ailleurs. L’organisation observe également, dans plusieurs États, des restrictions concernant les libertés d’association et de rassemblement des personnes LGBTQIA+.

Le classement 2026 confirme ainsi une Europe profondément inégale, où les droits progressent de manière très variable selon les contextes politiques et la continuité des réformes engagées.