Le Parlement européen condamne les « thérapies » de conversion, enjoignant les Etats membres à légiférer

>> European Parliament takes a stance against LGBTI conversion therapies for the first time

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Extrêmement « nocives » sinon « préjudiciables », « favorisant l’émergence d’une dépression, recours à l’automutilation et au suicide », ces pratiques dispensées pour « guérir » les LGBTI sont déjà illégales dans plusieurs états américains (dont le Nevada, Connecticut, Rhode Island, Californie, New Jersey, New Mexico, Vermont, Oregon ou l’Illinois), deux provinces canadiennes, dans l’État australien de Victoria, à Taiwan, en Suisse et pour « l’Europe », à Malte, au Royaume-Uni et dans certaines régions d’Espagne.

Le Parlement européen vient pour la première fois de les condamner, par amendement voté ce 1er mars, à une très large majorité (435 voix contre 109), se félicitant, dans son rapport annuel sur les droits fondamentaux dans l’UE 2016, « des initiatives interdisant ces thérapies » ainsi que « la pathologisation des identités transsexuelle ».

Après le Comité de l’ONU contre la torture, celui pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et pour les droits de l´homme, le Parlement enjoint ainsi les Etats membres à légiférer en faveur de mesures similaires « qui respectent et défendent le droit à l’identité de genre et l’expression de genre ».

 

Au Royaume-Uni, plusieurs organismes médicaux, y compris le NHS, service public de la santé, ont signé un protocole d’accord désavouant ces « traitements » de « normalisation sexuelle », prétendument « réparateurs ». Mais charlatans et groupes confessionnels ou marginaux continuent de les prôner, s’y adonnant même en France, aucune législation ne les réprimant explicitement. La question est partout « en cours de révision ». Une pétition, initiée par Aurélien H., est toujours en ligne sur la plateforme Change.org

Le Parlement encourage également l’inclusion dans les programmes scolaires « d’une formation aux valeurs de tolérance afin de fournir aux enfants les outils pour détecter toutes les formes de discrimination », anti-LGBTI ou visant tout autre type de minorité.

La Commission est ainsi invitée à partager « les meilleures pratiques en matière de lutte contre les stéréotypes de genre » et les États membres, « à collaborer étroitement avec les organisations de la société civile défendant les droits des personnes LGBTI » et prendre les mesures législatives nécessaires afin d’œuvrer à l’élimination de l’homophobie et la transphobie.

Le rapport déplore d’ailleurs la déconsidération dont souffrent les transgenres, assimilés à des malades mentaux « dans la majorité des États membres ». Ils sont vivement conseillés « à réviser leurs répertoires nationaux », « reconnaître le changement de sexe » et « permettre l’accès à des procédures rapides, accessibles et transparentes de reconnaissance juridique de l’identité de genre sans conditions médicales telles que l’intervention chirurgicale, la stérilisation ou le consentement d’autorités psychiatriques. »

Le Parlement dénonce aussi les violations des droits des personnes intersexuées et réclame une « récolte des données », regrettant que les interventions chirurgicales de « normalisation » soient toujours pratiquées sur des enfants dans certains États de l’Union, « bien qu’elles ne soient pas nécessaires d’un point de vue médical et que les traitements médicaux provoquent des traumatismes psychologiques à long terme sur les enfants qui les subissent ».

Et puis, les couples de même sexe et leurs familles, citoyens de l’UE, doivent être protégés et pouvoir circuler et séjourner librement sur le territoire des États membres.

« Ce rapport est une évaluation clé », « un exemple de la façon dont l’UE peut être à l’avant-garde dans ce combat pour la défense des droits fondamentaux », se sont réjouis les eurodéputés de l’Intergroupe LGBTI, qui intervient au sein du Parlement, même si « discrimination, intimidation et violences restent une réalité », ajoute Terry Reintke, coprésident du groupement. Discours et crimes de haine, exclusion sociale, droits des victimes, lacunes dans les systèmes de protection, attention particulière pour les groupes vulnérables, « nous comptons désormais sur le Conseil et la Commission de l’Union pour persévérer dans ce sens », a-t-il conclu.

Terrence Katchadourian
stophomophobie.com