Le Collectif Rouge Direct contre l'homophobie, renforcé en vue de la Coupe du Monde en Russie (VIDEO)

Le Collectif Rouge Direct contre l'homophobie, renforcé en vue de la Coupe du Monde en Russie (VIDEO)

En mai dernier, après la nomination de Laura Flessel comme Ministre des Sports, déclarant « la lutte contre l’homophobie et la transphobie comme l’une de ses priorités », le collectif Rouge Direct, lanceur d'alertes, fort d'une expertise acquise depuis plus de 10 ans par ses membres, lui adressait dans une lettre ouverte, mais restée vaine, « un cadre et une base de travail, correspondant réellement aux urgences de la situation ».

Les militants souhaitaient l'organisation « d'un plan de sensibilisation » avec les partenaires européens et mondiaux, en vue du contexte très particulier de la Coupe du Monde 2018 en Russie.

Seule action identifiée pour le moment : un Guide de « précautions » de la FIFA produit par le réseau FARE (Football Against Racism in Europe) pour les minorités LGBT et ethniques, « invitées à baisser les yeux pour se protéger des violences homophobes » ou encore éviter toute manifestation d'affection en public : « une injure faite aux combats pour le respect et l’égalité », estime dans son communiqué le Collectif, désormais rejoint dans ses actions par l'ancien directeur de la Communication et Directeur de la sécurité du PSG, Jean-Philippe d’Hallivillée.

« Nous avons pu travailler avec lui pendant plus de 12 ans contre les discriminations avec la Licra et SOS Racisme, ce grand professionnel du monde du football et de la communication est un spécialiste de toutes ces questions et nous sommes très heureux de pouvoir compter sur son soutien et son expertise sur tous les sujets qui nous sont chers ».

Un appui qui arrive à un moment important. « La Coupe du Monde 2018 est lancée, elle se déroulera en juin prochain au sein de la Fédération de Russie dont fait partie la Tchétchénie, État qui pratique actuellement les persécutions et les crimes contre la population LGBT », poursuit le Collectif, rappelant que la Russie se distinguait également d'une législation qui, selon la Cour européenne des droits de l’Homme, « stigmatise les homosexuels » et « encourage l’homophobie ».

Le Mondial de Rio en 2014 avait été le lieu de manifestations d’homophobie non sanctionnées, dans cette même « logique » d’inaction qui caractérise l'univers du football mondial et national, malgré l’annonce d'une mise en place de commissions d’observation prenant en compte ces comportements, pour les identifier et les sanctionner. Le vice-président de la FIFA en charge des discriminations de l’époque, Jeffrey Webb, a lui-même reconnu que rien n’avait évolué dans le domaine.

Selon une enquête de 2013 lancée par l'association Paris Foot Gay, 41 % des joueurs de football professionnel et 50% des jeunes footballeurs en centres de formation déclaraient des opinions hostiles aux homosexuels. Et entre le mois de décembre 2016 et avril 2017, le Collectif a pour sa part signalé auprès de la Délégation interministérielle de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) des chants homophobes de supporters dans des stades de football, allant jusqu'à l'appel au meurtre en raison de l'orientation sexuelle. « Des phénomènes qui s'accentuent, se nourrissent de l'indifférence, de l'inaction et de l'impunité totale », avait déjà dénoncé Rouge Direct, déplorant « l'absence de réaction » des instances concernées sur ces faits, ainsi que du Procureur de la République.

Le Collectif interpelle donc à nouveau la Ministre des Sport, dans cet espoir d'une mise en place d’un véritable plan d’action, « afin que cette Coupe du Monde 2018 ne soit pas celle du renoncement et de l’acceptation des discriminations homophobes. »

Alexeï Smertin, ancien milieu de terrain russe des clubs de Chelsea et Bordeaux, nommé inspecteur en charge des questions de racisme et de discrimination au sein de la Fédération de Russie de football, a essuyé, ce 5 décembre, toutes les inquiétudes autour des menaces que pourraient encourir les supporters LGBT.

Ils devraient pouvoir brandir des drapeaux arc-en-ciel dans les stades, « personne n'ira en prison pour avoir exprimé des sentiments », a-t-il assuré, la loi ne réprimant que la « promotion des relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs, je ne vois pas comment un supporter pourrait y contrevenir à moins d'en débattre dans une école. »

Sans doute, mais dans la rue, rien n'est moins certain. Le réseau FARE devrait prochainement publier sa liste des lieux à éviter, « le danger évoluant en fonction des villes et du moment de la journée ». Ils devraient pouvoir brandir des drapeaux arc-en-ciel dans les stades, a annoncé l'Union de football russe.

Suite à l'interview de Julien Pontes de Rouge Direct sur Brut et So Foot, ce 19 décembre, le Collectif est assailli d'injures et menaces, appelant au meurtre des gays.