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Diffamation, menaces... L'homophobie a encore de beaux jours sur les réseaux

Diffamation, menaces... L'homophobie a encore de beaux jours sur les réseaux

La photo d'un cadavre lacéré au niveau de la gorge adressée à Vincent Boileau-Autin, accompagnée de la mention : « Tu ne perds rien pour attendre ».

« tu t’es cru un homme ? sa..pe ? Restes (sic) pas seul dans la rue… Le 12eme sera ton cimetière avant fin 2015. Sale victime », pour Jean-Luc Romero, à qui l'on a également promis de « trancher la gorge »...

Le premier a déposé plainte samedi. Le second l'a fait lundi, comme en témoigne la photocopie de son procès-verbal publié sur Twitter.

De quoi s'interroger sur les moyens dont disposent les autorités pour débusquer et poursuivre les auteurs

« Depuis le mariage pour tous, les insultes ne se sont jamais arrêtées. Mais depuis juillet, c'est vraiment violent. Si je dépose plainte, c'est parce que le type donne des informations sur où j'habite. Cela relève de l'obsession », souffle Jean-Luc Romero, joint par L'Express. Le militant et élu parisien en est à sa seconde plainte, Vincent Boileau-Autin à sa huitième. Une recrudescence de cas qui pose plusieurs questions.

Déposer une plainte contre un compte Twitter utilisant un pseudonyme n'est pas inutile. A ce jour pourtant, seules trois personnes ont été condamnées pour avoir utilisé des hashtags non seulement homophobes mais aussi incitant à la haine, comme "#BrulonsToutLesGaysSurDu". Une plainte avait été déposée par l'association Idaho. Si les trois mis en cause n'étaient pas les créateurs des hashtags, ils ont été identifiés par la police via leurs comptes.

agression-homophobe---jean-luc-romeroEn pratique, Twitter ne dispose pas de moyens de contrôle a priori des contenus homophobes ou discriminants. C'est après signalement qu'ils suppriment les messages ou suspendent les comptes. Lorsqu'une plainte est déposée, les enquêteurs peuvent demander à Twitter des informations non publiques: adresse IP, heures de connexion... C'est comme cela notamment que la police est remontée au harceleur de Jean-Luc Romero, un jeune homme de 29 ans vivant à Saint-Ouen, lors de sa première plainte. Il se connectait régulièrement dans un cybercafé mais a commis l'imprudence d'utiliser une fois son compte au domicile familial. Sans cette bourde, il aurait pu ne jamais être retrouvé. Il doit comparaitre le 1er octobre devant le tribunal correctionnel de Paris.

« Il faut leur montrer que l'anonymat est une illusion. Chaque chose que l'on écrit a des conséquences. Lui avait publié un montage avec un drap de marié tachée d'excréments avec la mention 'le mariage est consommé'», explique l'élu parisien.

En avril dernier, c'était Ian Brossat, l'adjoint PCF à la Mairie de Paris et élu du 18e arrondissement, qui portait plainte : "Tu te fais enfiler comme un clebs, tu te crois normal sale mysogine ? Pas de respect pour ces choses indiforme [sic.], non humaine, 2 cerveaux dans le calbard… Jlaisse pas le pouvoir aux chiens. Elu pd pouvoir danger. Le jour où jte plie ta seule gueule de petite trainée, c’est avec mes mains. »

Si Twitter coopère « plutôt bien » avec les autorités, les procédures d'identification des auteurs et les moyens d'enquête ne sont pas systématiques. Et le réseau social est critiqué pour son manque de communication et son attentisme. « Ils n'ont jamais eu une parole forte et publique pour dénoncer les propos homophobes. Quand j'ai été victime la première fois, je leur ai écrit une lettre et ils ne m'ont jamais répondu. Il y a un manque d'humanité », déplore Jean-Luc Romero. Du côté de Twitter France, on préfère ne pas commenter ces accusations.

Rappelons qu'une diffamation en raison de l'orientation sexuelle est passible d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende. Une menace de mort, elle, peut être punie jusqu'à 3 ans de prison. Mais dans les faits, les tribunaux ne sont pas si sévères. « Une blague potache, un moment d'égarement peuvent être invoqués par le prévenu, et dans la plupart des cas, le tribunal se montre clément », expliquait à L'Express l'avocat pénaliste maître Gregory Kagan au moment des débats sur le mariage pour tous. Les trois condamnés en janvier n'ont effectivement écopé que des amendes de 500 euros maximum, parfois avec sursis.

romero - hidalgoQuant aux profils des auteurs, il est difficile de les catégoriser précisément étant donné les rares condamnations. Lors du procès en janvier, deux des prévenus ont plaidé « la blague", le troisième a réfuté toute responsabilité. Une défense également adoptée par le mis en cause dans l'affaire Romero. « En garde à vue, il a nié. Mais son père, qui a entendu, a dit : 'Cela ne m'étonne pas de quoi il est accusé vu les propos qu'il tient à la maison'», indique une source proche.

Pour Nicolas Rividi, porte-parole de l'Inter-LGBT, les homophobes sur Twitter sont « souvent mais pas toujours », des fondamentalistes religieux ou des membres de l'extrême droite. Des références à Dieu ont ainsi été relevés sur certains comptes. « Il s'agit des gens désoeuvrés, en échec social », préfère observer Jean-Luc Romero. « Des gens qui sont mal dans leur peau et qui sont davantage à plaindre. »

Le conseiller régional et maire-adjoint du 12e arrondissement avait déjà déposé une plainte devant le procureur de la République de Paris en octobre 2013 après avoir fait l'objet d'attaques comparables sur Twitter.

Cette précédente plainte va donner lieu à une audience devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris le 1er octobre.

avec Jérémie Pham-Lê