Homophobie ordinaire au sein de la contestation contre la réforme des retraites : appel aux responsables syndicaux et politiques

Homophobie ordinaire au sein de la contestation contre la réforme des retraites : appel aux responsables syndicaux et politiques

Depuis le début des mouvements contre le projet de réforme des retraites, nous sommes confrontés à des vidéos choquantes, où, de manière décomplexée et naturelle, en public, des individus tiennent des propos homophobes. Ces incidents sont une nouvelle démonstration de l’ancrage de l’homophobie ordinaire dans le langage courant.

Le 11 décembre dernier, un agent non-gréviste de la RATP a ainsi été la cible d’injures de la part de collègues grévistes alors qu’il sortait un bus du dépôt de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. La scène filmée a été diffusée sur les réseaux.

« On n’aime pas les suceurs de bites, les gros suceurs de bites », « Qu’est ce qu’il y a ? Sale pédé va ! Suceur de bites ! Enculé ! »

Trois agents ont été convoqués par la RATP, ce lundi 13 janvier 2020, pour un « entretien préalable à sanction ». Ils sont soupçonnés d’avoir proféré les insultes à l’encontre de leur collègue. Ils réfutent les accusations et affirment avoir seulement « répété les paroles d’une chanson validée par la Sacem, et d’un chanteur que Macron lui-même a emmené en Côte d’Ivoire », en référence à « La Fuite », du chanteur Vegedream.

L’agent insulté a porté plainte. La RATP a fait un signalement auprès du procureur de la République.

Rappelons que les propos homophobes n’affectent pas seulement les individus qu’ils visent. Leur portée et leur impact sont bien plus larges. D’abord, ils atteignent les personnes LGBTQI+ qui se perçoivent à travers eux, les intériorisent, générant de la honte et nuisant à la perception qu’elles ont d’elles-mêmes.

En effet « l’insulte homophobe constitue la partie visible de l’interpellation plus profonde que les structures sociales, mentales et sexuelles préexistantes ont déjà opérée » sur celui qui la reçoit (Didier ERIBON, Réflexion sur la question gay, 1999).

Ensuite, ils participent aux préjugés, qui accentuent les discriminations, qui elles-mêmes encouragent les violences dont sont victimes les personnes LGBTQI+. Pourtant, dans les différentes vidéos qui ont été tournées lors de ces dérapages homophobes, on constate l’absence de réaction des personnes présentes, quand ce ne sont pas des rires de responsables politiques alors qu’on s’attendrait à ce qu’ils combattent ces discriminations.

Lutter pour un projet de société ne peut se faire au détriment des personnes LGBTQI+, du respect qui leur est dû, ainsi que de celui de leurs droits.

Quelle que soit l’appréciation que l’on ait de ce mouvement social, la lutte et la grogne ne sauraient légitimer de telles attitudes ni atténuer la gravité de ces faits, qui viennent en outre polluer le message de fond.

Comme le montre le soutien de responsables politiques et syndicaux exprimé à l’encontre des grévistes convoqués pour injures homophobes, cette homophobie ordinaire est trop souvent minimisée et mise de côté. Comme si les mots employés n’avaient pas de sens ni d’impact. Nous regrettons que les insultes homophobes soient tolérées alors qu’elles devraient être systématiquement condamnées.

C’est pourquoi, nous, associations de défense des droits des personnes LGBTQI+ appelons l’ensemble des responsables syndicaux et politiques, toutes obédiences confondues, à tenir une position claire et à condamner sans réserve les incidents homophobes ayant eu lieu lors des mobilisations précédentes, à donner aux manifestants des instructions publiques non-équivoques pour les prochaines manifestations, ainsi qu’à mettre en place des sensibilisations de leurs militant.e.s.

Les Associations : STOP Homophobie, Association Mousse, Urgence Homophobie, Le Refuge, SOS Homophobie, Rouge Direct, Familles LGBT, France TV Pour Tou.te.s, et Flag.