De plus en plus de LGBT Ivoiriens enclins à rejoindre l’Europe « pour fuir leur marginalisation »

C'est l'un des pays considérés parmi les plus « libéraux » d'Afrique de l'Ouest, du moins en en matière de mœurs. « Terre d'accueil et d'hospitalité », « ilot ou refuge » pour les homosexuels... Mais le traumatisme des débats autour du mariage pour tous en France s'est également exporté en Côte d'Ivoire, jusque dans les écoles et lycées.

Diallo en a d'ailleurs fait les frais. Il avait 12/13 ans à l'époque. Un enseignant a abordé la question avec hostilité, tout en le pointant, après avoir accusé la France d'« encourager l'homosexualité », cette « abomination ». Il n'a plus jamais retrouvé de sérénité, harcelé en permanence. Alors « quand Madame Boutin, ancienne ministre de la République, l'évoque chez vous, sachez qu'ici, en Afrique, le discours va s'amplifier. Et si même à Paris, les victimes hésitent encore à se manifester, en dépit de toutes les protections que vous avez réussi à acquérir, imaginez chez nous. Tout le monde se connait, les langues sont méchantes, les gens parlent pour vous descendre, vos familles vont subir la pression. Un homosexuel qui va déposer plainte est voué aux représailles. Au mieux il tombe en dépression, comme moi. Et ça continue », insiste le jeune homme. « On m'a consigné parmi les malades mentaux. Je n'ai aucune opportunité d'avenir, si ce n'est fuir. Je rêve d'immigrer en France. »

Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à vouloir rejoindre l'Europe, « l'eldorado », pour y déposer une demande d'asile. Plusieurs dizaines l'ont déjà fait en 2017, selon l'ONG Alternative Côte d'Ivoire, qui milite depuis sa création en 2010 en faveur de la communauté.

L'homosexualité, considérée comme « d'importation » occidentale, n'est pourtant pas érigée en infraction dans le pays. Mais en novembre 2016, deux hommes, de 31 et 19 ans, ont pour la première fois été condamnés à 18 mois de prison ferme pour « outrage public à la pudeur, acte impudique ou contre-nature avec un individu du même sexe ». Selon l'agence de presse ivoirienne, ils auraient été « surpris » en plein ébats et dénoncés par l'oncle du plus jeune, qui « choqué par le spectacle », a pu, lui, déposer plainte auprès de la gendarmerie. La décision du tribunal n'a fait exacerber les tensions. Le procureur a, dans la foulée, estimé que « s'il existe des homosexuels » en Côte d'Ivoire, la loi qualifiant « de contre nature cet acte impudique », les rapports sexuels entres deux personnes du même sexe devaient être « sanctionnés ».

Beaucoup de personnes LGBT voudraient donc s'expatrier, persuadées que ce sera plus simple. « Ce sont des questions dont on débat tous les jours », confie Philippe Jagouet d'Alternative Côte d'Ivoire, sur la Deutsche Welle. Aucune législation favorable ni projet de réforme ou volonté politique de développer notamment des structures appropriées. « Comment vivre dans un pays où l'on doit constamment avoir peur de se faire lyncher ou arrêter par la police ? »

Claver Touré, président de l'organisation, se voudrait néanmoins rassurant. « Les autorités ivoiriennes sont prêtes à nous aider », dit-il, appelant la communauté à la patience. « Nous voulons que les choses changent et continuons le plaidoyer pour être pris en compte. Ce n’est pas facile. Certaines personnes n’arrivent toujours pas à nous comprendre à cause de notre orientation sexuelle. Mais nous ne baissons pas les bras. »

Un atelier de sensibilisation a été organisé cette semaine à Abidjan, en collaboration avec l’Institut Panos et le Réseau des professionnels de Médias. Le sujet demeure tabou. Mais que l'on soit contre ou pour, c’est déjà bien d'en parler, insiste le militant sur lasynthese.net.

« Je me souviens à la création de notre structure, tous les journalistes qui s’intéressaient à nous, étaient taxés de gay (...) Ils existent encore de pires cas de violences et d’agressions que nous rencontrons dans plusieurs pays. Le combat va aboutir dans les années à venir (...) Aujourd’hui nous avons 200 à 300 adhérents qui sont très actifs et se sentent vraiment heureux d’appartenir à la communauté. Et c’est surtout par la communication de proximité que nous arrivons à atteindre nos objectifs. Nous avons plusieurs fois eu des séances de travail avec les professionnels de la santé. Ils sont prêts à nous recevoir. Au début c’était plus difficile. »

En janvier 2014, les locaux d'Alternative Côte d’Ivoire ont été vandalisés et pillés. Les manifestants homophobes « ont tout emporté sauf les préservatifs ».

Valentine Monceau
stophomophobie.com

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