Sénégal : la répression des personnes LGBT s’intensifie, Human Rights Watch alerte sur une crise des droits humains

Arrestations, accusations liées au VIH, atteintes à la vie privée : depuis le durcissement de la législation en mars 2026, les personnes LGBT au Sénégal sont confrontées à une multiplication des risques. Les témoignages recueillis par les organisations appellent à une réponse urgente, notamment pour celles et ceux qui cherchent à fuir les menaces.

Au Sénégal, la peur gagne du terrain. Depuis plusieurs mois, les arrestations visant des personnes soupçonnées d’homosexualité se multiplient, dans un climat où les dénonciations et l’exposition de données personnelles peuvent avoir de lourdes conséquences. Pour celles et ceux qui craignent d’être identifiés, demander de l’aide, consulter un médecin ou solliciter un avocat peut désormais sembler risqué.

Selon la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), au moins 212 personnes ont été arrêtées entre février et juillet 2026. Le HIV Justice Network avance un bilan supérieur à 300 interpellations sur la même période. Ces chiffres, établis selon des méthodes de recensement qui peuvent différer, donnent une mesure de l’ampleur des événements.

Dans un rapport publié le 12 octobre, Human Rights Watch (HRW) documente plusieurs pratiques préoccupantes : exploitation de téléphones saisis, pressions sur des détenus pour qu’ils renoncent à un avocat et poursuites associant homosexualité et transmission du VIH. Ces constats rejoignent les inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois par les acteurs mobilisés auprès des personnes menacées.

Un durcissement législatif aux conséquences directes

Adoptée en mars 2026, la réforme de l’article 319 du Code pénal porte à dix ans la peine maximale encourue pour des relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe. Elle prévoit également des sanctions visant la promotion ou le soutien aux personnes et organisations LGBT.

Dans un contexte politique où la criminalisation de l’homosexualité occupe une place croissante dans le débat public, en 2024, élu président, Bassirou Diomaye Faye avait défendu, avec son Premier ministre Ousmane Sonko, un renforcement de la législation. La réforme donne une traduction pénale à cette orientation et fait craindre des conséquences jusque pour les professionnels et les associations qui accompagnent les personnes concernées.

L’enjeu dépasse donc les seules poursuites judiciaires. Lorsque l’aide apportée à une personne LGBT peut elle-même susciter des soupçons, l’accès à un soutien juridique, médical ou social devient plus incertain.

Le VIH au cœur d’une stigmatisation accrue

Le rapport de HRW souligne un autre aspect particulièrement inquiétant : 82 personnes auraient été inculpées pour « transmission volontaire du VIH ». Les chefs d’accusation correspondants ont ensuite été rejetés par un tribunal.

L’association entre homosexualité et transmission du virus nourrit des préjugés dangereux. Elle risque aussi de dissuader les personnes concernées de recourir au dépistage ou de poursuivre un traitement. La peur des conséquences judiciaires et sociales peut ainsi compromettre la prévention et l’accès aux soins.

Les difficultés rencontrées par les avocats constituent une autre source d’inquiétude. Des professionnels interrogés par HRW rapportent des pressions destinées à les dissuader de défendre des personnes poursuivies pour homosexualité. Sans assistance juridique effective, celles-ci disposent de moins de moyens pour contester les accusations et faire respecter leurs droits.

Des demandes d’aide qui nécessitent des réponses

Depuis le début de la crise, STOP homophobie reçoit des sollicitations de Sénégalais et de Sénégalaises préoccupés pour leur sécurité. L’association a mis en place une permanence dédiée, recueilli des témoignages et constitué des dossiers nécessitant un accompagnement. Des démarches ont également été engagées auprès des interlocuteurs français compétents pour rechercher des solutions, notamment pour les cas les plus urgents.

L’objectif est concret : permettre aux personnes exposées à des menaces de bénéficier d’un soutien adapté et, lorsque leur sécurité l’exige, étudier les possibilités de mise à l’abri. Chaque situation doit être examinée au regard des risques encourus, sans attendre nécessairement une condamnation ou de nouvelles violences.

La prudence est également indispensable dans le traitement des informations recueillies. Dans un contexte où un téléphone peut devenir un moyen d’identification et où une divulgation peut mettre une vie en danger, la confidentialité des échanges et des dossiers constitue une condition essentielle de l’accompagnement.

La France face à ses responsabilités

Les liens entre Paris et Dakar donnent une portée particulière aux démarches engagées auprès des autorités françaises. La coopération bilatérale ne se limite pas aux intérêts économiques ou sécuritaires : le respect des droits fondamentaux doit aussi pouvoir être abordé dans le dialogue entre les deux pays.

Les organisations internationales demandent aux autorités sénégalaises de mettre fin aux arrestations arbitraires, de garantir l’accès à un avocat et de prévenir les violences. Leurs constats renforcent la nécessité d’un dialogue diplomatique qui ne se limite pas à des déclarations générales.

Pour les personnes directement menacées, les enjeux sont immédiats. L’examen des demandes de protection, l’accès aux soins et la possibilité de se défendre doivent faire partie des réponses apportées. Les démarches de mise à l’abri ne préjugent pas de l’issue d’une procédure judiciaire : elles visent à prévenir un danger lorsque les éléments disponibles le justifient.

Le rapport de HRW apporte une documentation supplémentaire à des faits déjà signalés par les acteurs de terrain. Il rappelle surtout que la criminalisation de l’homosexualité ne reste pas confinée aux textes : elle peut affecter tous les aspects de la vie quotidienne, jusqu’à la possibilité de se soigner ou de demander de l’aide.

Pouvoir vivre sans craindre une arrestation en raison de son orientation sexuelle, bénéficier d’une défense juridique et accéder aux soins sont des droits fondamentaux. Face à leur remise en cause, la mobilisation internationale doit désormais contribuer à des mesures concrètes, à la hauteur des risques encourus.

Agir face aux violences

Face à ces réalités, il est possible d’agir concrètement. STOP homophobie a lancé une campagne de soutien aux victimes de violences LGBT au Sénégal afin d’apporter une aide directe aux personnes concernées, un accompagnement juridique et un soutien d’urgence.

Soutenir cette campagne permet de transformer l’analyse en action, en apportant une réponse concrète à celles et ceux qui vivent aujourd’hui les conséquences de cette criminalisation.