Hommage : Hélène Hazera, journaliste et militante trans, nous a quittés à 74 ans

Hélène Hazera nous a quittés ce lundi 5 octobre 2026, à l’âge de 74 ans. Journaliste, productrice de radio, actrice et militante trans, elle aura traversé plus d’un demi-siècle de l’histoire LGBT+ française, de la contre-culture des années 1970 aux mobilisations contre le sida et pour les droits des personnes trans.

Née en 1952, Hélène Hazera fait sa transition au début des années 1970. Elle fréquente alors le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), puis les Gazolines, collectif qui rassemble des personnes homosexuelles et trans autour d’une contestation joyeuse et radicale des normes sociales et sexuelles.

En 1978, elle rejoint Libération. Elle y travaille notamment sur la télévision et la chanson et devient l’une des premières journalistes trans ouvertement visibles dans une grande rédaction française. Elle y restera jusqu’en 1999.

La chanson occupera ensuite une place centrale dans son parcours. Sur France Culture, elle anime pendant de nombreuses années « Chanson Boum ! », émission consacrée à la chanson française et francophone. Elle y reçoit artistes, auteurs et interprètes, avec cette curiosité et cette liberté qui caractérisaient son travail. En 2020, la Scam lui attribue un prix pour l’ensemble de son œuvre sonore.

Mais Hélène Hazera n’a jamais séparé son activité professionnelle de ses engagements. Dans les années 1990, alors que l’épidémie de sida frappe durement les communautés LGBT+, elle rejoint Act Up-Paris et participe notamment à la création de sa commission trans. Elle s’engage également en faveur des travailleuses et travailleurs du sexe.

« Hélène Trésore Transnationale », le portrait d’une vie

Son parcours a été raconté cette année dans Hélène Trésore Transnationale, le documentaire réalisé par Judith Abitbol et sorti en salles le 1er avril 2026.

Le film est bien davantage qu’un simple portrait biographique. À travers les archives et la parole d’Hélène Hazera, il fait revivre plusieurs décennies de contre-culture et de luttes LGBT+, tout en donnant à entendre une femme qui raconte son histoire avec ses propres mots.

Judith Abitbol y revient sur les années du FHAR et des Gazolines, le travail à Libération, l’engagement auprès d’Act Up, mais aussi sur les différentes vies d’Hélène Hazera : journaliste, artiste, militante et travailleuse du sexe.

Le documentaire permet surtout de mesurer le chemin parcouru, mais aussi ce qui demeure. Hélène Hazera y parle de sa transition, de la visibilité des personnes trans, de la prostitution, du sida et de ses engagements avec une parole sans détour, parfois drôle, parfois dure, mais toujours profondément personnelle.

Sa sortie en salles, quelques mois seulement avant sa disparition, donne aujourd’hui au film une résonance particulière. Il reste le témoignage d’une femme qui a choisi de raconter elle-même son parcours et une part de l’histoire des luttes LGBT+ françaises auxquelles elle avait consacré une grande partie de sa vie.

Hélène Hazera aura été de celles qui ont ouvert des portes avant qu’elles ne deviennent évidentes. Elle a pris la parole à une époque où être une personne trans visible dans les médias, dans le militantisme ou dans la vie publique exposait encore à une forte marginalisation. Elle l’a fait sans renoncer à sa liberté, à son humour ni à ses contradictions.

C’est une voix singulière de l’histoire LGBT+ française qui s’éteint. Une voix qui aura accompagné plusieurs générations et contribué à rendre visibles des vies, des parcours et des combats longtemps relégués au silence.

STOP homophobie adresse ses pensées à ses proches, à ses ami·es, à ses compagnons et compagnes de lutte, ainsi qu’à toutes celles et ceux qu’Hélène Hazera aura inspirés, accompagnés ou touchés par sa parole.

Merci, Hélène.