Après les polémiques sur l’homophobie, Le Mans FC ouvre son capital à Idrissa Gueye

L’ancien joueur du PSG, au cœur d’une controverse après ses absences lors de journées de Ligue 1 consacrées à la lutte contre l’homophobie, rejoint le groupe d’investisseurs du Mans FC. Ce choix interroge les engagements du club face aux discriminations.

Le Mans FC a annoncé, mercredi 23 septembre, l’arrivée d’Idrissa Gana Gueye et de l’ancien international brésilien Lucas Leiva dans son groupe d’investisseurs. Promu en Ligue 1, le club entend notamment s’appuyer sur l’expérience et les réseaux de Gueye pour renforcer ses liens avec le football ouest-africain, particulièrement au Sénégal.

L’ancien joueur du LOSC, d’Everton et du Paris Saint-Germain rejoint un groupe d’actionnaires composé de plusieurs personnalités du sport international. Le club le présente comme un « profil stratégique » pour accompagner son développement. Mais cette arrivée ravive une controverse qui remonte à 2021.

Le précédent

En mai 2021, alors joueur du PSG, Gueye avait été absent lors de la journée de mobilisation de la LFP contre l’homophobie. Son entourage avait évoqué une gastro-entérite.

Un an plus tard, il avait de nouveau été absent lors d’une opération similaire. Le 14 mai 2022, face à Montpellier, les joueurs parisiens portaient un maillot aux numéros floqués aux couleurs de l’arc-en-ciel. Gueye, présent dans le groupe, n’avait pas participé à la rencontre. Mauricio Pochettino avait indiqué qu’il n’était pas blessé et évoqué des « raisons personnelles ».

Son absence avait alors été interprétée comme un refus de participer à l’opération. Le Conseil national de l’éthique de la FFF lui avait demandé de s’expliquer, le soupçonnant d’avoir refusé de jouer en raison du flocage arc-en-ciel.

Gueye n’a jamais publiquement confirmé cette interprétation, et son entourage l’avait contestée. L’absence, elle, est établie.

En 2026, ce n’est plus seulement le choix d’un joueur

L’enjeu dépasse la question d’un maillot. Cette campagne portait un message de lutte contre les discriminations, et la répétition des absences avait donné à l’affaire une portée particulière.

Au Sénégal, la question avait également suscité un débat important, alors que Macky Sall avait publiquement soutenu le joueur au nom de ses « convictions religieuses ».

Quatre ans plus tard, le contexte est radicalement différent.

Idrissa Gana Gueye n’est plus seulement un joueur : il entre au capital du Mans FC et doit contribuer, selon le club lui-même, à développer ses liens avec le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest.

Or le Sénégal traverse aujourd’hui une période de répression particulièrement préoccupante. Une loi adoptée en mars 2026 a durci la pénalisation des relations homosexuelles, avec des peines pouvant atteindre cinq à dix ans d’emprisonnement. Au 31 juillet, plus d’une centaine d’hommes avaient été arrêtés depuis l’adoption de cette loi, tandis que des femmes ont également commencé à être ciblées par des arrestations.

Dans ce contexte, choisir Idrissa Gana Gueye pour renforcer les liens du Mans FC avec le Sénégal n’est pas un choix anodin.

Nous ne prétendons pas qu’une absence en 2022 suffise à établir qu’Idrissa Gueye serait personnellement homophobe. Les faits disponibles ne permettent pas de l’affirmer. Mais il serait tout aussi contestable de faire comme si cette controverse n’avait jamais existé.

La réaction d’Homogène, association LGBTI+ mancelle, témoigne d’ailleurs des interrogations suscitées localement par cette décision. Un collectif national d’associations LGBT+ et de lutte contre les discriminations a également appelé au boycott du club après son entrée au capital.

Le Mans FC doit s’expliquer

Le football professionnel dispose d’une audience considérable, notamment auprès des jeunes. Les clubs ont donc une responsabilité dans les messages qu’ils portent et dans les personnalités auxquelles ils choisissent d’associer leur projet.

En 2022, c’était le choix d’un joueur. En 2026, c’est celui d’un club.

Le Mans FC ne peut pas à la fois faire de la lutte contre les discriminations une valeur et considérer comme secondaire le parcours d’une personnalité à laquelle il confie désormais une fonction stratégique dans son développement international.

Nous demandons donc au club d’expliquer ce choix et de préciser les engagements concrets qu’il entend prendre contre les LGBTphobies, en France comme dans les territoires où il souhaite développer son influence.

La lutte contre les LGBTphobies ne peut pas être une valeur à géométrie variable.