Carcassonne : des policiers municipaux suspendus après des propos racistes, LGBTphobes et misogynes

Une vidéo enregistrée lors d’une patrouille de la police municipale de Carcassonne en novembre 2025 révèle des propos racistes, homophobes, transphobes et misogynes tenus par plusieurs agents. Rendue publique mardi 8 septembre par Midi Libre, elle a conduit le parquet de Carcassonne à ouvrir une enquête. Les policiers concernés ont depuis été suspendus.

Les propos sont tenus dans un véhicule de la police municipale, alors que les agents sont en patrouille dans les rues de Carcassonne. La caméra-piéton d’un des policiers, que celui-ci pensait avoir éteinte, a continué à enregistrer pendant plusieurs heures.

Au fil de la séquence, plusieurs agents tiennent des propos visant des personnes en raison de leur origine réelle ou supposée. L’un d’eux évoque notamment des personnes d’origine maghrébine ou africaine avec des insultes racistes répétées. Un autre policier qualifie également un passant de « bougnoule qui pue le kebab ».

Les propos visent aussi les personnes migrantes. À la suite d’un appel signalant qu’une automobiliste aurait percuté un animal, l’un des agents plaisante sur l’éventualité qu’il puisse s’agir d’un enfant ou d’un migrant, avant de tenir des propos caricaturaux sur une personne présentée comme un « petit Kirikou ».

Des propos également homophobes et transphobes

La vidéo ne se limite pas aux propos racistes. L’un des policiers reprend notamment une théorie complotiste visant Brigitte Macron et affirme qu’une prétendue identité transgenre serait volontairement dissimulée au public.

Ces propos s’ajoutent à d’autres commentaires misogynes et à des propos particulièrement violents sur la guerre d’Algérie, la colonisation et le recours à la torture.

La nature de ces propos ne peut être dissociée de la fonction exercée par ceux qui les tiennent. Les policiers municipaux sont chargés d’une mission de sécurité et de protection de la population. Lorsque des propos LGBT+phobes sont tenus par des agents investis de cette autorité, ils ne peuvent à nouveau que fragiliser la confiance des personnes LGBTQIA+ envers les services censés les protéger.

La question est d’autant plus importante que les personnes LGBTQIA+ victimes de violences ou de discriminations doivent pouvoir signaler les faits et demander de l’aide sans craindre d’être jugées, méprisées ou discriminées à leur tour.

Les policiers suspendus, l’enquête se poursuit

Le parquet de Carcassonne a annoncé le 9 septembre la suspension des policiers concernés. Il estime que les faits révélés sont « manifestement incompatibles avec l’exercice des fonctions de policier municipal ».

Une enquête judiciaire est toujours en cours. Le parquet précise que plusieurs témoins doivent encore être entendus et que d’éventuelles victimes doivent être identifiées. La mairie de Carcassonne a également engagé une procédure administrative.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a par ailleurs annoncé un contrôle de la police municipale de Carcassonne par l’Inspection générale de l’administration (IGA).

L’enregistrement avait été découvert quelques jours après les faits. Selon le parquet, le chef de patrouille a déposé plainte le 31 décembre 2025 pour atteinte à l’intimité de la vie privée, après que des collègues ont retrouvé la vidéo en cherchant à vider la mémoire de la caméra-piéton.

Un agent engagé auprès du RN

L’un des policiers qui intervient le plus dans l’enregistrement était également engagé au Rassemblement national. Midi Libre rappelle en outre qu’il avait participé au service d’ordre du parti et assuré la protection de Jordan Bardella lors d’un déplacement du président du RN à Carcassonne, en février 2026.

La direction du RN a condamné les propos enregistrés et annoncé son exclusion du parti ainsi que sa radiation du service d’ordre.

Cette dimension politique a suscité de nombreuses réactions, mais elle ne doit pas faire oublier l’essentiel : l’enquête porte d’abord sur des propos tenus par des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions et sur leur compatibilité avec les exigences attachées à celles-ci.

L’enjeu est également celui de la confiance. Les personnes lesbiennes, gays, bi, trans et intersexes doivent pouvoir compter sur les institutions et les professionnels chargés de leur sécurité. Les LGBT+phobies ne deviennent pas moins graves lorsqu’elles sont exprimées à huis clos, et encore moins lorsqu’elles viennent de personnes auxquelles la société confie une mission d’autorité.

La suspension des agents constitue une première réponse. Les suites de l’enquête judiciaire et des procédures administratives devront désormais permettre d’établir les responsabilités de chacun et de déterminer les mesures qui s’imposent.