Sérophobie : Aurore Bergé s’engage à renforcer la lutte contre les discriminations liées au VIH

Reçus mercredi 2 septembre par Aurore Bergé, Christophe Paco et Nicolas Aragona, alias Supersero, ont pu présenter leurs revendications et les situations vécues par les personnes vivant avec le VIH. La ministre s’est engagée à renforcer la formation, l’accès aux soins, la prévention et la lutte contre les haines et les discriminations. Un nouveau rendez-vous est prévu avant la fin du mois.

Après neuf jours de grève de la faim, un premier dialogue s’est ouvert avec le gouvernement.

Christophe Paco et Nicolas Aragona, alias Supersero, ont été reçus mercredi 2 septembre par Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. La réunion s’est tenue au ministère, en présence notamment de représentants de la DILCRAH, du Défenseur des droits et du ministère de la Santé. L’agenda officiel de la ministre confirmait la tenue de cette réunion consacrée à la sérophobie.

STOP homophobie participait également aux échanges, aux côtés d’autres associations engagées dans la lutte contre le VIH et les discriminations.

Une ministre « à l’écoute »

Pendant plus de deux heures, les militants ont exposé leurs parcours et les difficultés rencontrées par les personnes vivant avec le VIH : révélation non consentie du statut sérologique, harcèlement, menaces, discriminations et difficultés à faire reconnaître ou sanctionner certains faits.

La rencontre s’est déroulée dans un climat particulièrement constructif. La ministre s’est montrée attentive aux témoignages comme aux propositions présentées.

Dans un message publié à l’issue de la réunion, Aurore Bergé a reconnu la spécificité de la sérophobie, qui peut « isoler », « instiller la peur » et « marginaliser ». Elle a également évoqué les situations de personnes contraintes de cacher leur traitement, inquiètes pour leur sécurité ou craignant que leur employeur découvre leur état de santé.

« Nous allons tout renforcer : la formation, l’accès aux soins, la prévention, la lutte contre la haine et les discriminations », a-t-elle annoncé, avant de préciser : « Je m’y engage. »

La ministre a également annoncé la tenue d’un nouveau rendez-vous avant la fin du mois de septembre, signe que la réunion du 2 septembre doit ouvrir un travail dans la durée.

Des engagements qui devront maintenant devenir concrets

Pour STOP homophobie, ces annonces constituent une première avancée. Elles devront désormais être traduites en mesures précises, avec un calendrier et des responsabilités clairement identifiées.

La question de la formation est notamment essentielle. Les professionnels de santé, les acteurs sociaux, les employeurs et les institutions susceptibles de recevoir des victimes doivent pouvoir mieux identifier les situations de sérophobie et connaître les droits des personnes vivant avec le VIH.

L’accès aux soins constitue un autre enjeu. La peur d’être discriminé ou de voir son statut sérologique révélé peut conduire certaines personnes à renoncer à parler de leur situation ou à retarder certaines démarches.

La prévention reste également nécessaire, notamment pour mieux faire connaître les réalités médicales du VIH. Une personne vivant avec le VIH sous traitement efficace et avec une charge virale indétectable ne transmet pas le virus par voie sexuelle. Ce principe, résumé par I=I – Indétectable = Intransmissible, demeure pourtant insuffisamment connu.

La question du droit reste ouverte

La mobilisation portait également sur une évolution du cadre juridique.

Le droit français interdit déjà les discriminations fondées notamment sur l’état de santé. Mais Christophe Paco et Nicolas Aragona demandent que la sérophobie soit mieux identifiée et que les personnes qui en sont victimes puissent bénéficier d’une protection et de recours réellement accessibles.

Une piste défendue par les militants et STOP homophobie consiste notamment à étudier l’inscription explicite du statut sérologique, réel ou supposé, parmi les critères de discrimination.

Cette évolution devra être examinée juridiquement afin de déterminer ce qu’elle apporterait au regard des protections existantes. L’objectif est de ne pas créer une disposition symbolique supplémentaire, mais de vérifier si le droit actuel répond effectivement aux situations vécues et, lorsque ce n’est pas le cas, de corriger ses éventuelles lacunes.

Une mobilisation qui a permis d’ouvrir une porte

La rencontre avec le gouvernement intervient après une mobilisation commencée le 24 août devant le palais de justice de Reims. Christophe Paco et Nicolas Aragona avaient choisi la grève de la faim pour attirer l’attention sur la sérophobie et demander une réponse politique.

Leur action a rapidement dépassé leurs seules situations personnelles. Une pétition lancée par Christophe Paco a recueilli plusieurs milliers de signatures et des rassemblements ont été organisés devant des palais de justice.

La perspective d’un nouveau rendez-vous avant la fin septembre marque désormais une nouvelle étape.

Pour STOP homophobie, l’enjeu est clair : transformer l’écoute en actes. La lutte contre la sérophobie ne peut reposer uniquement sur des campagnes d’information. Elle doit aussi garantir aux personnes vivant avec le VIH une protection effective, des recours accessibles et un accompagnement lorsqu’elles sont victimes de discrimination, de harcèlement ou de violences.

Le rendez-vous du 2 septembre n’est donc pas un aboutissement. C’est le début d’un travail avec les pouvoirs publics. À eux désormais de donner un contenu concret aux engagements annoncés.