La rhétorique de la « civilisation » utilisée contre les personnes LGBT+ dans plusieurs pays africains

Dans plusieurs pays africains, les personnes LGBT+ sont régulièrement prises dans des discours politiques qui dépassent la seule question des droits individuels. L’homosexualité y est souvent présentée comme une menace pour la « civilisation », ou comme une pratique importée de l’Occident, opposée aux « valeurs traditionnelles ». Cette rhétorique, analysée par des chercheurs, s’inscrit dans des stratégies politiques plus larges, mêlant enjeux identitaires et héritages postcoloniaux.

Une analyse diffusée par Radio France sur France Culture, dans l’émission Les Chantiers de la recherche, éclaire ce phénomène. La chercheuse Zoé Quétu y décrit l’usage croissant du registre « civilisationnel » pour construire une opposition entre identité nationale et influence occidentale, les personnes LGBT+ devenant un marqueur symbolique de cette confrontation.

Une rhétorique politique largement partagée

Ce type de discours ne se limite pas à un seul pays. Dans plusieurs États, comme l’Ouganda, le Sénégal ou le Zimbabwe, des responsables politiques ont déjà décrit l’homosexualité comme une pratique étrangère ou contraire aux valeurs locales.

Dès les années 1990, l’ancien président zimbabwéen Robert Mugabe qualifiait déjà l’homosexualité de phénomène « importé », contribuant à diffuser une grille de lecture opposant identité africaine et normes occidentales.

Dans ce cadre, certains dirigeants utilisent la question LGBT+ comme un outil politique : elle permet de mobiliser l’opinion publique, d’affirmer une souveraineté culturelle et de détourner l’attention de tensions internes.

Durcissement législatif et inquiétudes internationales

Dans plusieurs pays, ces discours s’accompagnent d’un durcissement des législations. L’Ouganda a adopté en 2023 une loi prévoyant des sanctions particulièrement lourdes, allant jusqu’à la peine de mort dans certains cas qualifiés « d’homosexualité aggravée ».

Pour les organisations de défense des droits humains comme Amnesty International et Human Rights Watch, ces évolutions traduisent une dégradation préoccupante de la situation des personnes LGBT+, exposées à une hausse des violences, des arrestations et de la stigmatisation.

Des situations nationales très contrastées

Les chercheurs insistent toutefois sur le fait que ces dynamiques ne sont ni uniformes ni généralisables à l’ensemble du continent africain.

L’Afrique du Sud constitue un contre-exemple majeur, avec une Constitution qui protège explicitement contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle depuis les années 1990.

Par ailleurs, de nombreux militants et chercheurs africains contestent la lecture selon laquelle l’homosexualité serait une importation occidentale. Ils rappellent que, dans de nombreux cas, les lois criminalisant les relations entre personnes de même sexe trouvent leur origine dans les législations coloniales.

Un enjeu de droits fondamentaux

Au-delà des discours politiques, les effets de cette rhétorique sont très concrets pour les personnes concernées. Elle contribue à renforcer les discriminations, à légitimer certaines violences et à fragiliser l’accès aux droits.

Dans ce contexte, les mobilisations locales et internationales continuent de défendre une approche fondée sur les droits humains. Elles rappellent que la question LGBT+ ne relève pas d’un affrontement culturel, mais de la protection des libertés fondamentales, indépendamment des contextes politiques ou des discours qui cherchent à les remettre en cause.