La haine anti-LGBT « plus marquée en Outre-mer » que dans le territoire national, selon un rapport parlementaire (VIDEOS)

Les député.e.s Laurence Vanceneubrock-Mialon (Allier), Raphaël Gérard (Charente-Maritime) et Gabriel Serville (Guyane) ont présenté ce 19 juin les résultats de leur enquête sur la situation des personnes LGBT en Outre-mer : « l'écho d'une réalité qui commence toujours par des mots, des insultes, pour se muer très vite en harcèlement, discrimination ou agression et parfois en meurtre, soumis à l'injonction du silence », a souligné Raphaël Gérard (LREM), en présentant le rapport de 80 pages et 29 recommandations.

« D'où l'importance de mesurer le poids de sa parole sur le sujet, qui manque par ailleurs de données statistiques, que ce soit en matière de plaintes, d'agressions recensées, témoignages de discriminations ou nombre d'unions de même sexe », insiste le député. Un travail pionnier donc, « qu’il faudra voir suivre de mesures très concrètes pour garantir la dignité humaine de tous nos concitoyens partout sur le territoire ».

Antillais, Guyanais ou Réunionnais seraient ainsi plus virulents dans l'expression de leur haine, renforcée par « le poids de la famille, de la religion, des préjugés sexistes et de l'insularité », et le manque d'anonymat.

Un « constat cruel », qui fait état de « multiples actes de violence », comme l'agression d’un jeune Guadeloupéen séquestré puis torturé pendant plusieurs jours en janvier 2016 par un groupe d'autres jeunes, avec un fer à repasser ou encore Julia, Réunionnaise licenciée pour avoir embrassé sa compagne sur le parking de son entreprise.

Les rapporteurs notent aussi « des violences intrafamiliales répandues » (rupture des liens de filiation, interdits d'exprimer son homosexualité, menaces de mort), avec une violence homophobe « culturellement admise », et « de fréquentes expulsions du domicile familial », incitant les personnes LGBT à la clandestinité et à un « exode vers l’Hexagone pour pouvoir vivre librement leur identité sexuelle ou de genre ».

La colonisation et l'évangélisation ont « systématisé l'homophobie dans les sociétés ultramarines », poursuit Laurence Vanceneubrock-Mialon (LREM).

Paradoxalement, dans ces territoires, l’homosexualité est aujourd'hui souvent « perçue comme une donnée culturelle exogène », les populations caribéennes ou afro-descendantes l’imputant à « quelque chose qui appartiendrait à la "civilisation blanche" », notent les auteurs. Ils évoquent également « de graves atteintes aux droits », notamment sur le plan de la justice (difficulté à porter plainte, de la santé ou du droit d’asile), et des « formes insidieuses de discriminations » (harcèlement à l'école, marginalisation, etc.).

Les auteurs plaident pour un renforcement du tissu associatif local et un accompagnement accru de la part des pouvoirs publics et des élus locaux. « La teneur des discours de certains participe parfois à la légitimation de violences homophobes ».

Le président de la délégation Olivier Serva, député LREM de Guadeloupe, qui lors de la campagne des législatives de 2012 avait qualifié l'homosexualité d'« abomination », a d'ailleurs réitéré ses excuses, pour « le mal que ses propos ont pu causer ».

En conclusion, le rapport, adopté à l’unanimité, préconise une meilleure documentation des LGBTphobies en Outre-mer, un renforcement de la « prévention en milieu scolaire », sensibiliser le grand public et « libérer la parole » pour que les victimes puissent s'exprimer, faire part de leur ressenti, et que la situation évolue.

« Mais le chemin qui reste à faire est difficile tant les préjugés sont prégnants », a reconnu Gabriel Serville (Parti socialiste guyanais).

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