Indonésie : « Il n'y a pas de place pour la prolifération du mouvement LGBT », selon les autorités (VIDEO)

Indonésie : « Il n'y a pas de place pour la prolifération du mouvement LGBT », selon les autorités (VIDEO)

>> There is « no room » for the gay community, Indonesia says

Human Rights Watch a publié un rapport mercredi, dénonçant la campagne discriminatoire sans précédent, menée depuis le début de l'année par le gouvernement indonésien. Un document de 56 pages pour « expliquer comment les déclarations fallacieuses et tendancieuses des autorités contre la communauté LGBT ont engendré une sanction sociale favorisant le harcèlement et les actes de violence », et même des menaces de mort de la part de militants islamistes.

Des discours de haine qui auront « révélé la réticence du gouvernement à s’interposer entre une minorité marginalisée et ses détracteurs, manquant au devoir élémentaire de protection, comme ce fut le cas récemment vis-à-vis des minorités religieuses en Indonésie », a déclaré Kyle Knight, chercheur à Human Rights Watch et auteur du rapport, intitulé « "These Political Games Ruin Our Lives": Indonesia’s LGBT Community Under Threat » (« "Ces jeux politiques ruinent nos vies" : La communauté LGBT menacée en Indonésie »).

Dès le lendemain de la publication du document, le porte-parole de la présidence indonésienne Johan Budi a réagi en indiquant que « les droits des citoyens comme celui d'aller à l'école et d'obtenir une carte d'identité sont protégés, mais qu'il n'y avait pas de place en Indonésie pour la prolifération du mouvement LGBT ».

Des propos immédiatement condamnés par les États-Unis, qui encouragent l'Indonésie, forte de « sa diversité et de sa tolérance, à respecter et à maintenir les droits et règlements internationaux en assurant une équité des droits et des protections pour tous ses citoyens », a déclaré Elizabeth Trudeau, porte-parole du département d'Etat à la presse, avant d'ajouter : Washington « surveille de près les informations concernant de possibles mesures en Indonésie qui restreindraient la liberté d'expression des personnes LGBTI ».

Le rapport d'Human Rights Watch repose sur 70 entretiens menés auprès de minorités sexuelles et de genre indonésiennes, de militants pour les droits humains et autres représentants de la société civile dans toute l’Indonésie entre janvier et juin 2016.

La série des remarques anti-LGBT a commencé le 24 janvier, lorsque le ministre de l’Éducation supérieure Muhammad Nasir a annoncé qu’il souhaitait interdire les associations étudiantes LGBT sur les campus universitaires. En réaction à la formation d’un groupe organisant des débats intellectuels sur le genre et la sexualité à l’Université de Jakarta, il a déclaré que de telles associations n’étaient pas « conformes aux valeurs et à la morale de l’Indonésie ».

Indonésie - « Il n'y a pas de place pour la prolifération du mouvement LGBT », selon les autorités (VIDEO)En quelques semaines, des déclarations allant de l’absurde à l’apocalyptique ont fait écho dans tous les médias nationaux.

Le ministre de la Défense Ryamizard Ryacudu a qualifié le militantisme pour les droits des LGBT de « guerre par procuration contre la nation, menée par des marginaux, plus dangereuse qu’une bombe nucléaire ».
Lors d’une conférence sur la santé maternelle, le maire d’une ville a même prodigué quelques conseils à des jeunes mères pour éviter que leurs enfants « ne deviennent gay ». Des groupes religieux populaires majoritaires tels que la Nadhlatul Ulama (NU), l’organisation musulmane la plus importante du pays, qui bénéficie de fonds humanitaires étrangers pour travailler avec les populations LGBT, ont par ailleurs demandé la pénalisation des comportements et du militantisme homosexuel, ainsi que la « réadaptation » forcée des personnes LGBT. Et l’Association psychiatrique indonésienne a rejoint la rengaine, proclamant l’orientation homosexuelle et les identités transgenres des « maladies mentales », en recommandant une « rééducation » psychologique.

« De manière générale, le gouvernement du président Joko Widodo a gardé le silence. »

Dans une rétractation à mi-chemin troublante, le ministre coordinateur des Affaires politiques, juridiques et de sécurité, Luhut Pandjaitan, a déclaré en février que, bien qu’il comprenne que l’homosexualité soit interdite par la religion, « pour moi, les personnes LGBT ont des droits humains en tant que citoyens indonésiens ». Mais, loin d’accorder une réelle grâce, Luhut Pandjaitan a ajouté qu’il fallait savoir qu’« il n’y a aucune garantie qu’une famille normale puisse éviter [d’avoir un enfant LGBT] » et que l’homosexualité « est une maladie chromosomique qui devrait être traitée ».

Une semaine plus tard, la police a réprimé sévèrement et violemment une manifestation de solidarité pacifique, à Yogyakarta, tout en ignorant des menaces de mort proférées à l’encontre de groupes et de personnes LGBT par des groupes militants islamistes ayant dirigé des contre-manifestations dans toute la ville.

« Je ne me sens pas en sécurité lorsque je vois toutes les déclarations appelant à en finir avec les LGBT sur les réseaux sociaux », a déclaré un jeune homme gay de 25 ans à Human Rights Watch dans la province de Sulawesi du Sud. « J’ai l’impression d’être un chien. La police et le gouvernement devraient nous protéger et non participer à tout cela. »

La Commission nationale indonésienne pour les droits humains a affirmé que les déclarations comme celles du ministre Mohammed Nasir « ne sont pas en accord avec la doctrine Nawa Cita de l’administration de Jokowi, qui soutient la diversité et le pluralisme de l’Indonésie », appelant à la tolérance et à la création d’un espace favorisant le dialogue entre les citoyens.

Bien que divers arrêtés locaux soient discriminatoires contre les personnes LGBT, HRW rappelle néanmoins que les lois nationales de l’Indonésie n’ont jamais pénalisé l’homosexualité.

Mais un groupe de professeurs a initié devant la Cour constitutionnelle une affaire ayant pour objectif de modifier le code pénal du pays afin de « pénaliser les rapports consensuels entre adultes du même sexe », avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. Le Président de la Commission nationale de protection des enfants devrait comparaître lors d’une audition prévue pour le 23 août. Étant donné que son organisation a fait des déclarations anti-LGBT dans le cadre de cette récente campagne homophobe, il est difficile de prévoir quel rôle jouera le Président et s’il prendra en compte que « son mandat est de protéger tous les enfants indonésiens sans discrimination », s'inquiète l'ONG, soulignant que le pays n’avait pas non plus instauré de protections légales spécifiques en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre, « laissant ainsi les personnes LGBT à la merci d’abus et sans aucun recours à leur disposition. »

Le gouvernement devrait condamner immédiatement et publiquement ces déclarations des représentants publics et des commissions d’État, et veiller à l’absence de discrimination dans ses opérations de santé, d’information publique et de sécurité publique :

« Au moment où les LGBT indonésiens ont eu besoin de protection et de soutien public, le gouvernement de Jokowi a battu en retraite face aux militants islamistes », a conclu Kyle Knight. « Le gouvernement doit montrer son engagement à protéger les citoyens contre la violence et la discrimination en abrogeant les décrets discriminatoires, en rejetant les propositions de loi anti-LGBT et en faisant gage de soutien public à la liberté d’expression et la diversité. »

Anne V. Besnard
stophomophobie.org
avec sources HRW.

>> Indonesia said wednesday there was « no room » for the gay community in the world’s most populous Muslim-majority country, as activists blasted officials for an unprecedented series of LGBT attacks.

A wave of angry rhetoric directed at homosexuals earlier this year – including a call to ban them from university campuses – was the first time senior officials had publicly attacked the Southeast Asian nation’s gay community, Human Rights Watch said in a report released on Thursday.

Indonesia’s lesbian, gay, bisexual, and transgender (LGBT) citizens have long been targeted by vigilante Islamist groups.

But the community experienced an « immediate deterioration » in their rights following a sustained assault by ministers, religious hardliners and influential Islamic organisations over a two-month period, HRW said.

In response, the government said protecting LGBT rights was not a priority.

« Rights of citizens like going to school and getting an ID card are protected, but there is no room in Indonesia for the proliferation of the LGBT movement, » presidential spokesman Johan Budi said.

Some of the most high-profile figures making anti-gay statements during the backlash – which activists believe may have been triggered by media coverage of the US decision to legalise same-sex marriage – were government ministers.

The higher education minister called for a ban on LGBT organisations on university campuses, while the defence minister likened homosexual rights groups to a « type of modern warfare ».

In their report, HRW said that « what began as public condemnation quickly grew into calls for criminalisation and ‘cures’, laying bare the depth and breadth of officials’ individual prejudices ».

The spike in anti-LGBT vitriol, predominantly during January and February this year, has intensified violence against sexual minorities throughout Indonesia, the report said.

Indonesia’s largest Muslim group, Nahdlatul Ulama, in February described gay lifestyles as perverted and a desecration of human dignity. In Aceh, the only Indonesian province that applies Islamic law, the local government urged business owners to refuse to hire gay citizens.

Joko Widodo urged to stand up for LGBT rights after Indonesian government cracks down on ‘gay emoticons’ in messaging apps

In interviews with activist groups, HRW reported gay rights organisations shut their offices and even hid staff as threats mounted against them.

In Yogyakarta, an Islamist group forced the closure of a transgender Islamic boarding school, while a peaceful rally in the same Central Javan city in support of Indonesia’s LGBT community was shut down.

« The impact of anti-LGBT rhetoric from government officials is enormous for us as individuals. For those of us who have worked so hard and risked so much to come out, it is a major step backward, » a lesbian activist in eastern Indonesia told HRW.

Islamic activists have also filed a judicial review at the Constitutional Court aimed at making gay sex a crime. The court is currently holding hearings into the case.

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