Cinéma. "Free Fall" de Stephan Lacant ou La passion brûlante entre deux CRS

Cinéma. "Free Fall" de Stephan Lacant ou La passion brûlante entre deux CRS

Ce mercredi sort en salles le long métrage allemand « Free Fall » de Stephan Lacant, porté par les comédiens Hanno Koffler et Max Riemelt : Marc semble avoir une vie toute tracée : une belle carrière dans la police, une femme aimante et un bébé à venir. Un jour, il rencontre Kay, un nouveau collègue qui vient de rejoindre son unité. La complicité entre les deux hommes vient rapidement à dépasser le cadre de leur travail… et cette amitié se transforme en intense histoire d’amour. Marc est ainsi partagé entre sa femme et son enfant qui vient de naître et sa passion pour Kay. Bettina soupçonne son mari de voir une autre femme. La mère de Marc s’en mêle pour remettre son fils sur le droit chemin. De son côté, Kay aimerait faire sa vie avec Marc…

La réponse allemande au « Secret de Brokeback Mountain » ?

A l’instar du film d’Ang Lee, cette passion entre flics s’affranchit littéralement des stéréotypes qui gangrènent les œuvres abordant, de près ou de loin, de l’homosexualité. Très réaliste dans son traitement, le cinéaste Stephan Lacant nous donne à vivre et à comprendre les tourments d’un héros prisonnier d’un triangle amoureux infernal. Tiraillé entre une épouse qui porte son enfant et un homme qui lui remue les tripes comme personne ne l’avait jamais fait. Porté par deux acteurs exemplaires de sobriété, le résultat dépasse les frontières de son sujet pour vers les contrées passionnantes de la quête d’une identité propre.

>> Le film a été projeté hier au MK2 Beaubourg en partenariat avec l’association FLAG, et suivi d’un débat animé par Grégoire Marchal.

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

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Pouvez-vous nous parler de la genèse du film et de la volonté d’écrire, pour votre premier film, une histoire sur l’homosexualité ?

Lorsque que j’ai rencontré Karsten Dahlem – mon co-auteur – il y a quatre ans, il m’a parlé des expériences qu’il a vécues quand il travaillait comme CRS. J’ai été tout de suite intrigué, cela a été un point de départ. Quelques jours après, nous nous sommes à nouveau rencontrés et nous avons commencé à travailler sur ce récit. Au début, nous nous sommes concentrés sur l’homophobie au sein de la police, avant que l’histoire d’amour ne prenne de plus en plus d’importance.

Pendant les trois premières années de développement du script, nous avons effectué de nombreuses recherches. Nous avons parlé avec des policiers – qu’ils soient homosexuels ou non –, à des hommes ; pères de familles, tombés amoureux d’autres hommes plus tard dans leur vie, et à des mères dont les fils étaient homosexuels. Nous avons été impressionnés de découvrir que notre société « moderne » est toujours très intolérante sur le sujet de l’homosexualité.

Il nous est paru plus que jamais essentiel de faire ce film.

Pourquoi avez-vous choisi le titre FREE FALL ?

Le titre m’est venu pendant une promenade en forêt – ce même lieu qui figure dans l’une des premières scènes entre les deux personnages – et j’ai tout de suite su qu’il correspondait au film. D’un côté, « freier fall » est une expression allemande très courante, d’un autre côté, elle traduit bien la situation de notre protagoniste ; il chute mais cette « chute libre » lui fait connaître une nouvelle forme de liberté.

Pourquoi avez-vous choisi de placer cette histoire d’amour entre deux hommes qui évoluent dans cet univers très masculin et violent qu’est celui des CRS ?

Le processus d’écriture du film a toujours été en lien avec la propre expérience de Karsten au sein des CRS. Pour nous, il était clair dès le départ que l’histoire se tiendrait dans cet univers. En Allemagne, il y a cette idée reçue que la police est un « miroir de la société », j’ai immédiatement su que c’était le monde dans lequel FREE FALL évoluerait. De plus, sur un terrain aussi masculin et dominateur comme le football ou la police, l’homophobie est très présente.

Le film présente un intérêt universel : il aborde la question de renoncer à son couple pour une autre personne. Auriez-vous pu écrire la même histoire entre un homme et une femme ?

Il était très important de ne pas faire un film pour une niche de spectateurs. Nous voulions atteindre un public plus grand car il est crucial que les gens sachent que l’homophobie est toujours un problème.

Bien sur, FREE FALL est l’histoire d’un homme tombant amoureux d’un autre homme, mais notre approche était de nous libérer de stéréotypes comme penser uniquement en terme « gay/hétéro ». C’est une histoire d’amour. On ne devrait pas se soucier de savoir si c’est une relation gay ou hétéro.

Max Riemelt et Hanno Koffler – qui jouent les deux personnages principaux – sont des acteurs connus en Allemagne. Dans le film, ils partagent une grande complicité. Comment avez-vous travaillé avec eux pour créer une telle relation ?

Il était clair dès le début que FREE FALL était un « film d’acteurs ». Trouver le bon casting était crucial pour que le film fonctionne. Il nous a fallu un long processus pour choisir ceux qui correspondraient aux personnages. Après avoir trouvé Hanno Koffler pour le rôle principal, nous étions très heureux lorsque nous avons choisi Max et Katharina pour jouer Kay et Bettina. Le jeu entre eux était si intense que le choix de ces trois acteurs était évident. Tous les quatre, nous avons beaucoup parlé du scénario. Ensemble, nous avons analysé chaque scène, chaque dialogue, chaque personnage. Après cela, nous avons revu le script avec Karsten. Il était très important pour moi que les acteurs se sentent à l’aise et fassent de ce rôle le leur.

Pour les scènes de sexe, nous avons fonctionné de la même façon. Ce type de séquence est toujours difficile – que ce soit entre un homme et une femme ou un couple de même sexe. Sur le plateau, nous avons fait en sorte de réduire le nombre de personnes au maximum afin de créer une atmosphère intime et ainsi, permettre aux acteurs se s’immerger totalement dans la scène. De plus Hanno et Max avaient déjà tourné un film ensemble au Maroc. Le fait qu’ils soient amis nous a beaucoup aidés.

L’homosexualité comme sujet du film fait naturellement penser au film BROKEBACK MOUNTAIN d’Ang Lee. Que pensez-vous de cette comparaison ?

Lorsque nous avons écrit FREE FALL avec Karsten Dahlem, nous n’avions pas ce film en tête. S’il nous a influencés, ce fut de manière inconsciente – de la même façon que de nombreuses créations nous guident de manière subliminale lorsque nous créons quelque chose.

Mais notre film est un triangle amoureux ; la relation que Marc entretient avec sa femme joue un rôle aussi important que celle qu’il connaît avec Kay. Il est écartelé entre deux rôles incompatibles : sa vie bien rangée avec sa famille et ses sentiments naissants pour son collègue Kay. Par ailleurs, le film traite de manière ouverte et honnête la sexualité entre les deux hommes.

Quelles ont été les réactions des spectateurs et de la presse lors de la sortie de FREE FALL en Allemagne ?

Le film a eu un accueil critique et public excellent et est toujours à l’affiche après 35 semaines d’exploitation. Pendant la promotion du film à travers l’Allemagne et dans les festivals de New York et Madrid, nous avons eu de longues et intenses discussions avec les spectateurs après les projections, ce qui prouve que l’homophobie est toujours un sujet d’actualité en 2014, dans notre société dite « libérale ».

J’ai également pu dialoguer avec des policiers qui ont vu le film et qui l’ont beaucoup aimé. Ils m’ont dit avoir trouvé l’œuvre très réaliste.

Merci à Flag asso <3

@stop_homophobie