Acteur transgenre, Scott Turner Schofield raconte son combat pour « devenir un homme »

Acteur transgenre, Scott Turner Schofield raconte son combat pour « devenir un homme »

Après bientôt 28 ans d’existence, « Top Models » veut continuer à être le feuilleton qui participe à l’évolution des mentalités. Les scénaristes ont toujours voulu repousser les limites de ce qui est généralement montré sur le petit écran. Aujourd’hui, « Top Models » est la première série quotidienne à engager un acteur transgenre. Scott Turner Schofield, qui s’appelait Katie à sa naissance, s'est confié dans une interview sur lematin.ch.

Comment expliquer votre arrivée dans «Top Models»?

Dans le scénario, le personnage de Maya Forrester a révélé il y a quelques mois qu’elle était transgenre. L’actrice Karla Mosley, qui joue Maya, est géniale dans ce rôle qui soutient la communauté LGBT. Mais elle n’est pas transgenre dans la vraie vie. Le grand patron de la série, Brad Bell, a voulu aller plus loin et engager un vrai comédien transgenre pour jouer le meilleur ami de Maya. J’incarne donc Nick que l’on découvre lors du mariage de Maya et Rick Forrester puisque c’est moi qui préside cette union.

Comment avez-vous été choisi?

Mon nom était sur la liste d’une dizaine d’acteurs transgenres à Los Angeles. Cela fait une douzaine d’années que je fais ce métier. J’ai rencontré la responsable des castings et le courant est immédiatement passé. Les autres acteurs m’ont accueilli à bras ouverts. J’avais peur que mon personnage soit un cliché comme on en voit trop souvent, mais il n’en est rien. Souvent les homos ou les trans jouent des meurtriers, des dingues à la télé. Alors que Nick est presque le gars le plus banal de « Top Models », au milieu des drames des autres. (Rires.) Sa seule particularité est d’être né avec un sexe de fille. Et c’est aussi ma vérité.

Justement parlons de vous puisqu’on vous découvre en ce moment sur la RTS.

J’ai grandi dans un village du Canada où le mot transgenre n’existait pas. J’ai dû attendre d’avoir 20 ans pour savoir qu’il y avait d’autres personnes comme moi et qu’il était possible de changer de sexe. Enfant, je disais que j’étais un garçon. Mais on me répondait: « Non, tu es une fille. » Entre 20 et 25 ans, j’ai suivi les traitements pour que mon apparence soit en accord avec l’homme que j’ai toujours été dans ma tête. On me disait alors que je ressemblais à Julie Andrews dans « Victor, Victoria » ou à Peter Pan, on m’appelait Madame, on me chassait des toilettes des hommes. Des tas de choses stupides qui vous affectent. Il m’a fallu des années avant d’avoir de la barbe et que mon visage devienne plus masculin. Tout a changé lorsque ma transition a été terminée. Je suis entré dans un bar gay et un homme a commencé à me draguer. J’ai pensé: « Si un homosexuel te prend pour un homme, c’est gagné! »

Vous semblez aujourd’hui totalement en accord avec vous-même.

Savoir qui j’étais vraiment m’a pris des années. J’ai traîné dans des bars, touché à l’alcool et à la drogue, mais je gardais une lueur d’espoir qui m’a permis de me ressaisir. Pour la plupart des gens, la question de leur sexe ne se pose pas. Alors que moi, j’ai eu des années de doute, de lutte intérieure pour me découvrir. Etre un homme est le résultat d’années difficiles, mais je suis en paix désormais car j’ai réussi à m’assumer.

Qualifieriez-vous cette période de cauchemar?

Non parce que j’ai mis ces années à profit pour écrire mes spectacles. J’ai écrit trois shows qui m’ont permis de me produire dans le monde. Dans « Devenir un homme en 127 étapes faciles », j’ai pris le parti de faire rire en racontant mon histoire. C’est grâce à ça que j’ai pu me produire au Festival d’Avignon en 2012 avec la troupe d’Eric Vigner et le Théâtre de Lorient. J’ai vécu une année à Paris.

Quelles ont été les réactions des fans de la série en découvrant votre personnage?

Je n’ai pas reçu une seule remarque négative… Même s’il existe forcément des gens que cela dérange. Mais la vérité est que tout le monde a un gay ou une lesbienne dans son entourage. De plus en plus de personnes sont aussi confrontées à une personne transgenre. Ne serait-ce que Caitlyn Jenner, ex-beau-père de Kim Kardashian, devenu un phénomène médiatique depuis son changement de sexe.

Avez-vous reçu des messages personnels?

Oui, j’ai reçu beaucoup de messages sur ma page Facebook de gens touchés par mon personnage. Un infirmier d’une maison de retraite m’a remercié car il a toujours vécu sa sexualité en cachette. Mais comme ses patients regardent tous « Top Models », la discussion a pu s’installer. Et la quasi-totalité des retraités lui ont dit qu’un transgenre était une personne comme les autres. J’ai aussi eu un contact avec un jeune qui avait été rejeté par sa mère après être devenu un homme. Comme elle regarde « Top Models », elle a été touchée par notre histoire et a repris contact avec lui. Si ma présence dans la série et mon histoire personnelle peuvent aider d’autres personnes, c’est formidable.

Des inconnus, mais aussi des stars comme Angelina Jolie et Brad Pitt, ont des enfants qui semblent mal à l’aise avec leur identité sexuelle. Quels conseils leur donneriez-vous?

Je tire mon chapeau à Brad et Angelina car ils soutiennent totalement leurs enfants et on voit qu’ils les aiment tous. Si un jeune semble mal à l’aise dans son corps, cela ne sert à rien de vouloir le brusquer. Je dis souvent aux parents: ne soyez pas le premier à terroriser votre enfant. Il aura suffisamment de copains à l’école pour se moquer de lui et le traumatiser. Un jeune qui veut changer de sexe n’est pas un pervers. Il faut discuter avec lui ou elle pour savoir ce qu’il se passe réellement dans sa tête.