Ciné et visibilité lesbienne au Printemps des assoces

Le Dimanche 30 mars dernier, au Printemps des Assoces, l’association Cineffable animait un atelier sur la visibilité lesbienne dans l’histoire du cinéma.

Cineffable, organisatrice du festival annuel de films lesbiens et féministes de Paris, proposait cette rencontre. C’est à Anne Delabre que l’association a fait appel pour l’animer. Cette journaliste de formation a co-rédigé Le Cinéma français et l’homosexualité avec Didier Roth-Bettoni. Elle dirige également le ciné-club « 7e genre » qui décrypte les représentations LGBT au cinéma. Œil vert et regard enjoué, se définissant comme “cinéphile” et “autodidacte”, Anne Delabre a su proposer un panorama clair et concis sur la place des lesbiennes dans le cinéma. Pour elle, “le cinéma a un passé, l’histoire ne s’est pas faite en 5 ans !”. D’où l’importance d’englober tout le xxe siècle, sans exclure les films muets ou en noir et blanc.

Censure et sous-entendus

Ça commence mal en 1920, lorsque L’Homme du large et sa première lesbienne du cinéma français est censuré pour outrages aux mœurs. Le personnage est doublement sulfureux pour l’époque: homosexuelle et patronne de cabaret. Dans l’entre-deux-guerres cinématographique, les lesbiennes évoluent dans des lieux fermés (prison, pension de jeunes filles). L’homosexualité est présentée comme un non-choix car découlant de la promiscuité féminine et de l’absence d’hommes.

Les années 1940 et 1950 font place à des adaptations de romans. La littérature sert alors de caution à des films qui sans cela auraient pu être censurés. Quai des Orfèvres (1947) en est un bon exemple: rien n’est clairement exprimé, mais de nombreux sous-entendus font comprendre qu’une des héroïnes du film, photographe, est homosexuelle. Regards langoureux pour les femmes, photographies de nus féminins, sacrifice final pour celle qu’elle aime… Anne Delabre précise que lors de sa sortie, peu de gens ont vu l’homosexualité du personnage. Ce sont nos yeux dessillés de 2014 qui comprennent le message subliminal.

Lesbienne prédatrice, lesbienne malheureuse

Vampires lesbiens, dangereuses prédatrices, érotisme et fantastique… Révolution des mœurs oblige, dans les années 60 puis 70, des films transgressifs et non moralisateurs sont présentés au public.

Dans les années 80 apparaissent des films plus édulcorés ainsi qu’un certain nombre de films crypto-lesbiens.

Une particularité subsiste: la lesbienne de film est dépressive souvent, criminelle parfois, malheureuse tout le temps. La comédie est réservée aux gays. On se moque d’eux, ils font rire, tandis que les lesbiennes font peur.

Les années 90 changent la donne. Pourquoi pas Moi (1998) mais surtout Gazon Maudit (1994) font rire le grand public. Cette période voit également la multiplication de films sur la découverte de la sexualité et le coming-out.

Banalisation de l’homosexualité

Dans les années 2000, de plus en plus de personnages lesbiens sont intégrés à des scénarios. C’est ce qu’Anne Delabre appelle « la période de banalisation ». Dans des films tels que Oublier Cheyenne (2004), La Naissance des pieuvres (2007), l’homosexualité est une des composantes des personnages mais n’est pas au centre de l’histoire.Mais ce n’est sûrement pas un hasard si l’on doit ces films à des réalisatrices engagées !

Une image « positive » des lesbiennes ?

Anne Delabre soulève une question récurrente : le cinéma doit-il donner une image « positive » des lesbiennes ? Gazon maudit a été encensé autant que décrié puisque donnant une image caricaturale des lesbiennes. La Vie d’Adèle a autant été haï qu’adoré. Anne Delabre balaye ces polémiques :

“Un film est une œuvre d’art avant tout, il n’est pas un tract politique, il raconte une histoire et porte la subjectivité de celle ou celui qui l’a réalisé et sa réception dépend de celle et ceux qui vont le voir”.

La période de « banalisation de l’homosexualité » des années 2000 répond d’une certaine manière à la question. Les lesbiennes y sont de plus en plus représentées dans leur complexité comme tout autre personnage. Les lesbiennes peuvent aussi être des criminelles ! Par ailleurs, ce qui est qualifié de « positif » par certain-e-s ne le sera pas pour d’autre.

Transgression des genres

La représentation des lesbiennes au cinéma semble avoir atteint une forme de maturité à l’aube du xxie siècle. La transgression des genres est ce qui gène chez les lesbiennes, plus que leur homosexualité elle-même.

C’est cette interrogation sur les genres qui sera probablement le sujet le plus transgressif et décrié de ces prochaines années, comme le montre la récente polémique autour de Tomboy (2011).

Visibilité lesbienne

Si un film est une œuvre d’art, on ne peut nier son impact sur l’imaginaire des spectateurs. La question n’est pas tant de donner une image positive ou négative que de sortir du prisme des fantasmes que les réalisateurs projettent sur ce qu’est ou non une lesbienne. Et il n’y a pas LA lesbienne comme il n’y a pas LA femme. Quoi de mieux pour déconstruire cela que les lesbiennes elles-mêmes prennent la caméra !

Au-delà de la visibilité lesbienne dans le cinéma, qu’en est-il de leur visibilité tout court ? Pour Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT :

“Le bilan du Printemps des Assoces est globalement positif car cette année, c’est l’Inter-LGBT qui a demandé qu’un atelier lesbien ait lieu. En plus, il y avait de nouvelles associations lesbiennes comme FièrEs ou Cineffable.”

Noémi M.

Pour celles qui regrettent de n’être pas venues, Chrystèle Marie de Cineffable a annoncé que le même atelier aura lieu lors d’un prochain “Vendredi des femmes” du Centre LGBT Paris-Ile de France.

Pour toutes celles qui s’intéressent à ces problématiques, penchez-vous aussi sur la programmation de “7e genre” du cinéma Le Brady, dirigée par Anne Delabre : http://www.lebrady.fr/cine-club-7-genre/

Et bien sûr rendez-vous du 30 octobre au 2 novembre 2014 pour la 26e édition du Festival du film lesbien et féministe de Paris Cineffable : http://www.cineffable.fr/fr/edito.htm