Un couple homosexuel « embrouillé » par la BAC Place de la République : « il te baise hein ton copain, pédé »

Ce jeudi 21 juillet, peu après minuit Victor et Maxime, scooter à l’arrêt, attendent Place de la République que le feu passe au vert. Juste derrière eux, les occupants d’une voiture s’excitent sur deux cyclistes.

« Ils leur hurlaient dessus, alors j’ai crié « ta gueule » », raconte Victor sur le site Streetpress. Il connaît l’un des hommes. Mais en se retournant Maxime, son copain, aperçoit « un flingue » accroché sur le torse d’un des automobilistes. « Il comprend qu’il a affaire à des policiers en civil ». Il rentre la tête dans les épaules, « en espérant qu’ils laissent passer », mais gyrophare à l’appui, s’en suit au contraire un contrôle musclé, d’abord dans les règles, jusqu’à ce que l’un des trois agents interroge Victor sur les liens qui unissent les deux jeunes : « Il m’a demandé si c’était mon frère, je lui ai dit que non, c’était mon copain. » Et c’est parti : « Pédé ! Il te défonce ton copain ? Tu le suces ? », auraient ainsi rétorqué les fonctionnaires, avant de demander à Victor de mettre les mains derrière le dos, en menaçant de le coller 72 heures en garde à vue.

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L’étudiant de 18 ans est « tétanisé » : « Ils étaient bouillants. Je baissais les yeux et je n’osais pas répondre. » Pendant la « fouille », l’un des agents lui aurait aussi violemment pressé le plexus au point de lui « couper la respiration » : « Ils faisaient exprès de me faire mal », insiste t-il. Mais si Maxime n’assiste pas à la scène, les deux hommes étant alors dos à dos, il entend néanmoins les insultes, notamment proférées à son encontre :

« Si vous étiez des loulous dans les cités, ça ne se serait pas passé comme ça, vous seriez morts. Mais vous êtes des petits bobos parisiens… », lui assène d’ailleurs l’un des agents.

victor-maxime-couple-gayVictor finit par indiquer que son compagnon est collaborateur de l’adjoint au maire communiste Ian Brossat. Les agents vont alors rapidement changer de ton pour tenter de minimiser la situation : « Ils sentaient qu’ils avaient déconné », explique Victor. « Et au bout de quelques minutes, l’escadron décolle. Comme si de rien n’était. »

Précisons qu’il pourrait toutefois ne pas s’agir de la « BAC » mais d’un autre service ou agents qui travaillaient cette nuit-là en civil. Le couple compte bien évidemment signaler auprès de l’IGPN, la police des polices, le comportement de ces trois présumés « policiers », mais sans trop d’espoir quant aux suites possibles : « Ils n’avaient pas de matricule et dans cette situation on n’a pas pensé à relever la plaque d’immatriculation », ajoute Maxime.

S’ils ont reçu de nombreux messages de soutien, les injures n’ont pas non plus tari depuis qu’ils ont évoqué leur agression sur les réseaux sociaux. Et ce n’était pas la première.

« On croit souvent qu’être homosexuel à Paris est plus facile. Parce que Paris est une des villes comptant la plus forte population homosexuelle, parce qu’elle a été l’une des premières capitales à avoir un maire ouvertement gay. Mais ce n’est pas forcément vrai », confie le couple. « Rien que ces derniers mois, on s’est pris une baffe en s’embrassant Gare du Nord, on s’est fait demander qui « enculait l’autre » à St-Michel parce qu’on se tenait la main, on s’est fait menacer dans un square en plein troisième arrondissement sous prétexte que « des enfants pouvaient nous voir ». Il y a dix jours, l’un de nous, en compagnie d’un ami, s’est même fait poursuivre dans notre quartier du Sentier par un homme criant « Sales pédés, c’est mal ce que vous faites ! »… D’où l’intérêt d’espaces communautaires, du Marais et de la Gay Pride par exemple, qui nous permettent d’être « normaux parmi les marginaux » (…) Une chose est sûre : homophobie quotidienne, violences policières… nous ne devons pas nous résigner à cet état de fait. Les choses doivent changer. »

D’où l’utilité notamment, s’il était nécessaire de le rappeler, de Flag !, association des gendarmes et policiers LGBT, qui lutte contre l’homophobie au sein de leurs équipes et institutions.

Tout notre soutien aux deux victimes. En attendant la suite de l’enquête.