Tribune : "Je suis homo : qu'est-ce qui vous dérange chez moi... chez nous ?"

Tribune : "Je suis homo : qu'est-ce qui vous dérange chez moi... chez nous ?"

Sur les pages Facebook, dans les commentaires, les messages à l’encontre des homosexuels continuent d’abonder alors que la loi autorisant le mariage gay en France a été définitivement adoptée le 17 mai 2013.
Gaël Lapasset est homosexuel. Il en a marre de ces discours haineux. Il adresse sur « Le Plus » du NouvelObs une lettre ouverte à tous les antis.

Chers anti-mariage pour tous et anti-GPA,

Et je m’adresse plus particulièrement à toute la bande de gens que vous êtes sur la page – ou plutôt les pages Facebook « Non à l’homoparentalité et au mariage gay » – puisque visiblement une seule ne suffit pas.

Avec toutes les choses aberrantes que j’ai pu lire sur vos pages, je ne sais pas par où commencer. Ces mots ignobles, ils viennent de tous vos sympathiques partisans. Près de 4.900 personnes de la France entière semblent cultiver une fermeture d’esprit remarquable et déconcertante (du moins pour celles qui commentent plus ou moins régulièrement tous vos articles). Une dose de haine et de mauvaise foi règne dans chaque ligne de texte.

Pire, votre théorie sur un complot des LGBTs visant « à détruire la famille » en accord avec l’État est tellement consternante qu’il est impossible de vous prendre au sérieux et de prendre en considération vos propos.

Qu’est-ce qui vous dérange chez nous ?

Vous vous attaquez à des gens dont vous ne connaissez rien, mais vous semblez tout connaître d’eux, au point que le moindre commentaire venant de vos opposants se retrouve moqué, puis supprimé.

Vous semblez être des maîtres inconsidérés de la démocratie, comme le sont les gens qui partagent vos idées en politique. Mais, soyons sérieux le temps d’une lettre ouverte : qu’est-ce qui vous dérange chez nous, les gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels ?

Ce qui me dérange par contre, et même plus, ce qui m’agace et me révolte, ce n’est pas tant votre répétition incessante de l’idée du « contre-nature » (parce que visiblement, à vous lire, l’homosexualité n’existe que chez l’être humain et est un choix, ou pire, une dégénération de l’homme programmée par le gouvernement).

Non, ce n’est pas cela qui me met hors de moi ; ce ne sont pas non plus vos vidéos affligeantes, comme celle d’un petit garçon qui dessine une maman, que vous détournez de son sens premier et dont vous vous servez pour promouvoir votre inutile intérêt. Vos représentants de l’opposition en politique font la même chose et sont eux aussi ridiculisés jour après jour.

Nous ne sommes pas des pédophiles exhibitionnistes

Ce qui me donne envie de vous secouer comme il le faut – mais malheureusement ce serait tomber bien plus bas que votre pauvre niveau, et grâce à Dieu je n’en suis pas là –, c’est que vous nous compariez, mes confrères homosexuels et moi, à des pédophiles exhibitionnistes trafiquants d’enfants, et que Facebook vous soutienne en laissant se propager cette idée vieille comme nos parents et démontée depuis 20 ans.

Tellement démontée au point que oui, depuis deux ans, les gays et lesbiennes peuvent se marier en France. Et depuis un mois aux États-Unis, qui je vous le rappelle, représentent 50 états et 318,9 millions d’habitants. Juste ça.

Chers antis, qu’est-ce qui vous dérange chez moi, chez nous ? Qu’est-ce qui fait que vous pensiez à ce point que nous sommes des gens menaçants ?

Vous êtes des ignorants dangereux

Vous êtes, comme le reste d’une mineure partie de la population à qui on donne trop d’intérêt, ignorants. Oui, ignorants, au point de mettre en danger la vie de millions de jeunes qui traînent sur les réseaux sociaux et lisent vos propos et ceux de gens comme vous.

Ces jeunes qui se cherchent, et voient d’un côté un vieux couple d’hommes américains se marier après 50 ans de vie commune, et de l’autre la « théorie du genre », qui est comme une majeure partie de vos propos, infondée.

Et les adolescents qui subissent ce double courant, peu importe leur orientation sexuelle et leur identité, se retrouvent perdus. Pour ceux qui sauront tirer leur épingle du jeu et se faire leur propre opinion, vos propos passeront à la trappe (ou seront la base de leur liberté de penser, malheureusement pour eux) ; pour d’autres, ils seront une raison supplémentaire de mettre fin à leur courte vie. Parce que oui, 30% des homosexuel-le-s de moins de 25 ans tentent chaque année de se suicider, et pour pas mal d’entre eux, ils y arrivent.

Il n’y a rien qui puisse motiver cette envie de supprimer les droits déjà acquis

J’aimerais savoir ce qui motive une telle envie de décrédibiliser l’existence de la population homosexuelle : êtes-vous refoulés ? Avez-vous subi une agression de la part d’une personne homosexuelle ? Une personne homosexuelle vous a-t-elle empêché un jour d’être ce que vous êtes ? Avez-vous dû vous cacher de votre hétérosexualité pendant votre enfance et votre adolescence dans une société gay qui refusait et blâmait l’union d’un homme et d’une femme ?

Bizarrement, lorsque l’on prend la situation actuelle en sens inverse, il n’y a rien qui puisse motiver une telle envie de votre part de supprimer les droits déjà acquis par les personnes homosexuelles et de refuser des droits qui seront acquis dans peu de temps.

C’est un référendum sur la question du mariage pour tous qui vous manque ? Visiblement les résultats du référendum en Irlande (86,8% de catholiques) le 22 Mai dernier ne suffisent pas à stopper votre envie d’annuler une loi qui a marié 17.000 couples en 2013 et 2014.

À en lire les propos de Christine Boutin sur Twitter à ce sujet, vous n’êtes pas prêt de lâcher l’affaire.

La sexualité de chacun est personnelle

C’est la question de l’enfant qui vous gêne ? Sachez que bon nombres de travailleurs dans le social et l’enseignement pour mineurs (professeurs, animateurs en centre de loisirs et organismes de vacances pour enfants, éducateurs spécialisés…) sont homosexuels, et cela depuis toujours, sans que problème se pose.

La sexualité de chacun est personnelle, et le sujet n’est abordé entre jeunes et adultes que de manière générale, sans partage d’une opinion individuelle.

Que je sache, vous ne parlez pas de votre sexualité avec votre partenaire sexuel (ou vos partenaires) avec votre patron ou vos clients, et cela est tout à fait normal et respectable, puisque cela touche votre intimité.

Quant à l’envie d’avoir un enfant et la nécessité vitale de fonder une famille, tout ceci est semblable pour tous les individus, et relève aussi des sphères de l’épanouissement individuel et de l’ambition personnelle, et n’a rien à voir avec la profession.

Il est peut-être temps pour vous de vous poser des questions

En 2015 dans le monde, s’il y a beaucoup de familles homoparentales sans avoir recours à la GPA, c’est qu’il est peut-être temps pour vous de vous poser des questions.

Vous êtes-vous déjà demandés combien de parents de familles que vous appelez « normales » et qui ont divorcé se sont tournés vers l’homosexualité ? Pourtant, l’homosexualité de l’un des parents n’est pas un cas isolé, puisqu’aujourd’hui, juridiquement, la question s’aborde et l’union homosexuelle d’un père ou d’une mère divorcé(e) ne pose aucun problème.

Mais vous préférez aborder l’union d’un trouple lesbien aux États-Unis ou la pédophilie d’un marié homosexuel dans l’Oise pour diviser la foule, et c’est (malheureusement) votre droit.

Nous traiter de pédophiles est condamné par la loi

Sachez, chers mesdames et messieurs les antis, qu’assimiler les homosexuels à des pédophiles par la mésinterprétation d’images et d’histoires lues et vues dans les média est comparable à un lavage de cerveau et est passible d’une amende pour diffamation.

De plus, vous adorez vous servir de la Gay Pride et de photos sulfureuses comme des éléments destructeurs d’arguments en faveur des gays et lesbiennes. Pourtant, cet événement festif et déjanté n’est pas et ne sera jamais une représentation et exhaustive de la situation des homosexuels en France et dans le monde, comme n’importe quelle manifestation publique.

Que je sache, les scandaleuses Manif Pour Tous où les enfants de familles « normales » composées d’un papa et d’une maman servent de bouclier face aux CRS ou finissent bâillonnés ne sont pas une représentation de toutes les familles de France, et heureusement.

Une fois de plus, vos arguments sont bas et n’ont aucun poids.

Pas besoin d’une telle rage !

Alors, dites-nous une bonne fois pour toutes ce qui vous gêne. Est-ce le fait que 45 ans après la « Christopher Street Liberation Parade » à New-York, l’origine de la Gay Pride actuelle, les droits des individus /citoyens homosexuels français sont en voie d’être enfin restaurés ?

Ou alors êtes-vous embarrassés par les costumes hauts en couleurs des personnages qui défilent sur les chars et ne sont qu’un moyen de rendre hommage aux origines de cette marche, comme le sont le carnaval ou les manifestations religieuses locales ?

Ou bien peut-être que vous n’êtes tout simplement pas des personnes épanouies et que le seul moyen de vous venger de cette injustice et de répandre la haine et d’inviter d’autres personnes frustrées à rejoindre vos rangs.

À votre place, j’essaierais de me poser de véritables questions sur le contexte mondial et français actuel et je remettrais en cause toutes mes priorités de combat.

À l’heure où la crise économique européenne achève un pays et en détruit 27 autres, où le réchauffement climatique remet en question le nucléaire, où les guerres religieuses tuent des millions de gens, et où le manque important de dons de sang pour des transfusions atteint des records et n’est pas prêt de s’arranger avec l’interdiction aux personnes homosexuelles de donner leur sang, peut-être qu’il n’est pas nécessaire d’entretenir une rage contre une partie de la population qui ne demande simplement qu’à être considérée comme le reste.

Par Gaël Lapasset
Graphiste